analyse

Et si c'était la fin du modèle Ryanair?

©AFP

Ryanair supprime 2.000 vols d’ici à fin octobre un peu partout en Europe. Soit plus de 320.000 passagers affectés. Les raisons invoquées ne trompent personne et l’image de la compagnie va prendre un sacré coup. La pénurie de pilotes est un phénomène mondial et les compagnies à forte croissance sont les premières affectées. Surtout les low cost.

Si prompte à dénoncer les grèves du contrôle aérien en France, Ryanair a fait très fort en annonçant la suppression de plus de 2.000 vols d’ici à fin octobre, soit une cinquantaine par semaine. Cela ne représente peut-être que 2% de son trafic, ça fait toujours – au moins ! – 8.500 passagers dans l’embarras chaque jour en Europe, à raison de 50 Boeing 737-800 de 180 places remplis à 97% (chiffres du mois d’août). De futurs adeptes du "plus jamais avec Ryanair!".

La Belgique est concernée aussi. Mardi, à lire le site de la low cost, sera supprimé un vol aller-retour entre Charleroi et Madrid. Mais mercredi, Barcelone (de Bruxelles), Bologne, Copenhague et Bordeaux au départ de et vers Charleroi sont concernés. Après ? On ne sait pas. Bravo l’organisation et la communication. Les aéroports – qui doivent gérer la colère des passagers – réclament des plannings de vols plus précis, mais rien ne vient.

Le site de Ryanair dit aussi que les vols peuvent être modifiés ou remboursés. Bonne nouvelle. Et les chambres d’hôtel, les locations de voiture, les réunions d’affaires, les correspondances avec d’autres moyens de transport? Circulez, cela ne nous concerne pas.

Ryanair avait lancé il y a deux ans son programme "Always Getting Better" avec un certain succès, il faut le reconnaître. "Pourquoi être rustre quand ça rapporte plus d’être gentil?" nous avait dit son CEO, Michael O’Leary. En quelques jours, ces efforts ont été anéantis. En prévenant les passagers la veille de leurs vols qu’ils étaient annulés, Ryanair retrouve ses vieux démons. Le passager, c’est bien du bétail. Quant aux bagages qu’ils pouvaient prendre en cabine, c’est désormais fini aussi, sauf suppléments bien entendu. Chassez le naturel et Michael O’Leary revient au galop. Il est vrai qu’il est propriétaire d’une écurie de course.

Croissance limitée?

Après ce zéro pointé pour la forme, voyons le fond. Peut-être que Ryanair a jugé qu’il valait mieux annuler des vols que les retarder car la loi européenne est sévère en indemnités de retard et les avocats démarcheurs rapides pour épauler les passagers lésés. Il reste que prétendre améliorer ainsi la ponctualité obérée par les grèves de contrôleurs français ou de la météo italienne ne tient pas la route pour les six prochaines semaines. Personne n’est dupe et tout le monde sait que la compagnie manque de pilotes. Surtout que beaucoup sont en vacances, quasi obligées, pour pouvoir en profiter avant la fin de l’année. Une exigence de la législation irlandaise, semble-t-il.

Il ne s’agit probablement pas que d’une mauvaise gestion des plannings de vol. Boeing estimait qu’il faudrait de l’ordre de 250.000 nouveaux pilotes d’ici 20 ans et plus du double pour les dix années suivantes. Les compagnies à forte croissance sont évidemment les plus demandeuses: les low cost en premier. Avec un nouvel avion livré par semaine, Ryanair doit engager entre dix et quinze nouveaux pilotes. Encore faut-il qu’ils soient bons. Les écoles de pilotage qui garantissent une place assurée en fin de parcours (après avoir investi entre 70.000 et 140.000 euros) trompent leurs élèves.

Ryanair, comme d’autres low cost européennes, a un handicap majeur d’un point de vue carrière: elle ne propose que des vols européens. Pas étonnant que les pilotes filent chez Norwegian qui forme des pilotes pour ses long-courriers. Et puis, comme la pénurie de pilotes est bien réelle, les compagnies qui ne lésinent pas sur les moyens, comme dans le Golfe ou en Chine de plus en plus, actionnent les chants de sirènes avec succès.

Ryanair peut-elle être freinée dans sa croissance, faute de pilotes? Il n’est pas interdit de le penser, bien que les conditions de vol aient grandement été améliorées ces dernières années (précisément pour les garder a domo). Dans ce contexte, on comprend l’intérêt de Ryanair pour Air Berlin ou Alitalia. Ce qui intéresse surtout le transporteur irlandais, c’est moins les activités commerciales que les aspects opérationnels: les avions, les créneaux aéroportuaires (slots) et… les pilotes. Ne sous-estimons pas O’Leary, il a de la ressource. Mais pour redresser l’image ternie ces derniers jours, par exemple par des passagers bloqués dans leurs lieux de vacances, il aura du boulot : les réseaux sociaux fonctionnent à plein rendement. Et pas pour dire du bien.

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