Eurofighter promet 19 milliards de retombées à la Belgique

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Le consortium européen qui propose l'Eurofighter en remplacement du F-16 estime que ses propositions de retours industriels et technologiques pour la Belgique se montent à 19,3 milliards sur 25 ans et créeraient ou consolideraient 6.785 emplois d’ici 2043. Ce montant, qui inclut le maintien de l’activité actuelle en Belgique de BAE Systems, d’Airbus et de Leonardo, a été évalué par le cabinet de conseil Oxford Economics.

Eurofighter ne s’avoue pas vaincu. Le consortium européen, souvent cité comme un outsider dans la compétition pour le remplacement des F-16 belges, occupe lui aussi le terrain sur le plan des retombées économiques potentielles pour la Belgique si celle devait choisir l’Eurofighter comme prochain avion de combat.

Cette semaine, le groupe britannique BAE Systems , qui fait partie du consortium avec Airbus Defence & Space et l’italien Leonardo, a annoncé avoir signé des accords avec plus d’une vingtaine d’entreprises belges en vue d’explorer les possibilités de collaborations.

Mais BAE Systems, qui soutient le gouvernement britannique au nom des gouvernements allemand, italien et espagnol dans l’offre de l’Eurofighter, a également quantifié les propositions industrielles du consortium pour la Belgique. Il a demandé à un cabinet de conseil indépendant, Oxford Economics, de faire tourner ses calculettes.

"L’industrie belge aura le droit de concourir pour les améliorations futures de l’Eurofighter."
Anthony Gregory
directeur de la campagne pour le marché belge de BAE Systems

À quelques jours de la remise des offres finales pour les deux concurrents encore en lice (Eurofighter donc et le F-35 américain), BAE a rendu publique cette étude. Le document estime qu’en s’appuyant "sur l’empreinte déjà bien établie du consortium Eurofighter en Belgique", les propositions de BAE et ses partenaires généreront une valeur économique supplémentaire estimée à 19,3 milliards d’euros d’ici 2043. À cela il faudrait encore ajouter des effets multiplicateurs induits plus larges, comme les avantages pour les économies locales par le biais des salaires, qui apporteraient 6,2 milliards d’euros supplémentaires. Les économistes d’OE précisent que l’achat de l’Eurofighter pour la composante air belge créerait ou consoliderait au final 6.785 emplois d’ici 2043.

Matériaux de pointe

L’offre de BAE Systems pour la Belgique comprend la création de deux centres nationaux d’innovation en Belgique -l’un en Wallonie, l’autre en Flandre- ainsi que l’établissement d’un "National Network Cyber Centre" en partenariat avec les gouvernements britannique et belge.

Les deux centres d’innovation seront consacrés aux matériaux de pointe (composites, robotique, usine 4.0) et à la fabrication additive (impression 3D). Dans une fourchette basse, ces deux centres pourraient représenter pour l’économie belge environ 870 millions d’euros de chiffre d’affaires et l’équivalent de 110 emplois entre 2020 et 2043.

"Cependant, des centres similaires sur lesquels les centres belges peuvent être modélisés ont connu une croissance beaucoup plus rapide. S’ils atteignent les niveaux de croissance du Advanced Manufacturing Research Centre au Royaume-Uni, les centres belges pourraient atteindre 4,9 milliards d’euros sur la même période et employer 560 collaborateurs."
Anthony Gregory
directeur de la campagne pour le marché belge de BAE Systems

"Cependant, a expliqué à L’Echo le directeur de la campagne pour le marché belge de BAE Systems, Anthony Gregory, des centres similaires sur lesquels les centres belges peuvent être modélisés ont connu une croissance beaucoup plus rapide. S’ils atteignent les niveaux de croissance du Advanced Manufacturing Research Centre au Royaume-Uni, les centres belges pourraient atteindre 4,9 milliards d’euros sur la même période et employer 560 collaborateurs".

Selon Anthony Gregory, ces deux centres d’innovation se concentreront sur des technologies utilisées dans l’aéronautique, "mais qui auraient aussi des applications claires dans les secteurs connexes, tels que l’automobile, les énergies renouvelables, les produits chimiques et pharmaceutiques".

Autre avantage de ces deux centres, ils permettraient à la Belgique d’avoir un pied dans les projets de développement futurs de l’Eurofighter mais aussi dans un éventuel programme d’avion de combat européen de prochaine génération.

Evolutions futures

Paris et Berlin (avec Airbus dans ce dernier cas) ont annoncé en 2017 le développement sous leur direction d’un "système de combat aérien européen". La France est aussi engagée avec le Royaume-Uni (donc avec BAE Systems) dans un programme de drone du futur appelé SCAF.

Concernant les évolutions futures de l’Eurofighter, si la Belgique rejoint le programme en achetant l’avion, "cela offrirait aux entreprises belges une opportunité importante au cours des trois prochaines décennies, a encore fait valoir Antony Gregory. Non seulement la composante air belge aura son mot à dire et sera impliquée dans la définition des exigences futures et les améliorations du programme, mais l’industrie belge aura le droit de concourir pour les améliorations futures".

"Non seulement la composante air belge aura son mot à dire et sera impliquée dans la définition des exigences futures et les améliorations du programme, mais l’industrie belge aura le droit de concourir pour les améliorations futures".
Anthony Gregory
directeur de la campagne pour le marché belge de BAE Systems

Les projets d’Eurofighter comprennent encore un projet de centre d’entraînement synthétique, qui créerait une quarantaine d’emplois. Sur la maintenance, les Britanniques proposent dans un premier temps que les entretiens se fassent à la base de la RAF à Coningsby (Lincolnshire), avant que l’industrie belge soit invitée à y participer. Selon les experts d’Oxford Economics, cette activité de maintenance pourrait se traduire pour la Belgique par un chiffre d’affaires de 6,2 milliards d’euros permettant de soutenir 430 emplois pendant toute la durée de vie des appareils, jusqu’en 2058.

Reste qu’en additionnant tous les propositions concrètes de BAE, on n’arrive pas à 19,3 milliards d’euros. Pourquoi? Parce que les Britanniques, à l’instar des Français – qui ont remis une proposition politique élargie hors de l’appel d’offres – ont inclus dans leurs calculs l’activité actuelle des membres du consortium en Belgique, qui s’élève à 600 millions d’euros par an…

C’est ce mercredi 14 février que les représentant des gouvernements britannique et américains doit remettre la "meilleure offre finale" – en jargon "Best and Final Offer" (BaFO) à l’équipe du programme ACCaP (Air Combat Capability Program) qui gère l’acquisition par la Belgique de 34 avions de combat, un marché d’un montant de 3,6 milliards d’euros.

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