Face au Covid, l'aéroport de Charleroi veut diversifier ses revenus

Philippe Verdonck n'oublie pas que l'année qui a suivi les attentats du 11 septembre a battu des records. Il veut être prêt pour la reprise. ©Photo News

Suite à la demande de son ministre de tutelle, le CEO Philippe Verdonck propose un plan de diversification des revenus tout en se préparant au mieux à une reprise des activités.

Le message du ministre Jean-Luc Crucke a été reçu cinq sur cinq, nous assure Philippe Verdonck, le CEO de l’aéroport de Charleroi (BSCA). Depuis fin août, le ministre libéral des aéroports demande un nouveau plan stratégique au CEO avec insistance. Il l’avait déjà fait dans nos colonnes le 20 août dernier. Le Soir de mardi écrivait que le ministre s’impatientait. Un comité stratégique avait lieu dans la foulée mardi.

Philippe Verdonck nous dévoile les orientations stratégiques qu’il prévoit pour l’aéroport carolo. Le mot d’ordre est d’avoir un plan à 10 ans avec un concept clé : la diversification des revenus. "La plupart des aéroports travaillent sur des plans à 18 mois face à l’incertitude. Il nous a été demandé de travailler sur un business plan de 10 ans. C’est tout à fait justifiable. Mais comme nous sommes dans un monde qui change du jour au lendemain, il n’est pas exclu que l’on doive le revoir dans les 6 mois", explique le CEO de l’aéroport.

A court terme, l’aéroport devra faire face à une situation à nouveau très compliquée. Après une certaine reprise de l’activité en juillet-août, "septembre est très difficile", avoue le CEO. Le manque à gagner est important, car de nombreuses zones sont devenues rouges pour le voyage. D’autres destinations repoussent sans cesse leur réouverture. "Le Maroc a déjà décalé plusieurs fois. Il est possible qu’il ne rouvre pas en 2020", donne en exemple le patron.

"30% de no shows"

Le taux de "no shows", ces voyageurs qui ne se présentent pas pour prendre leur vol, est à nouveau très élevé. "Avant la crise, il était de 10% en moyenne, maintenant un taux de 30% est normal", explique le patron. "Avant, nous avions des garanties sur le planning des vols pour 6 mois. Maintenant, le planning est modulable chaque mois, voire chaque semaine, et il dépend des décisions de chaque Etat. Aujourd’hui, nous avons tous les jours des annulations de vols. L’instabilité est absolue", détaille-t-il.

La question est donc de savoir s’il faut en tenir compte ou pas pour la quantité de personnel mobilisé sur l’aéroport. Actuellement 250 des 750 travailleurs sont au "chômage corona" par rotation. L’ambition du patron reste d’éviter à tout prix les licenciements.      

Il espère donc que les mesures de chômage seront prolongées jusque fin 2021, comme dans d’autres pays. Si ce n’est pas le cas, "nous chercherons toute solution possible pour ne pas aller vers les licenciements. Nous travaillons là-dessus avec les syndicats. Il y a d’autres systèmes de chômage que l’on pourrait mettre en place et on pourrait adapter les rotations. C’est grâce au personnel que l’on sortira de la crise et nous devons être prêts quand la reprise arrivera. Après les attentats du 11 septembre, tout  le monde prédisait que plus personne ne voudrait voler. L’année d’après, l’aviation battait tous les records, il faut se le rappeler", insiste le CEO.

10
millions D'euros
L'aéroport est en discussions avec la SRIW et la Sogepa pour sa recapitalisation. Une somme de 10 millions d'euros avec la Sogepa est une base de discussion.

Pour 2020, les finances de l’aéroport sont suffisantes. La question se pose pour 2021 et les années suivantes.

Comme l’apprend L’Echo, l’aéroport de Charleroi a demandé une aide à la Sogepa de 10 millions d’euros, dans un courrier, il y a quelques semaines. Philippe Verdonck nous confirme que les discussions sont en cours avec la Sogepa. Quant au montant de 10 millions d’euros, "cela pourrait être plus, cela pourrait être moins, cela dépend des discussions en cours notamment avec les banques", explique Philippe Verdonck.

Sur la question de tests Covid à l’aéroport, "nous avons lancé un marché public, mais le CNS a changé les mesures. Le test n’est plus obligatoire directement mais à 5 jours, ce qui change la donne. On ne pense pas que les gens voudront venir plus tôt avant de partir pour se faire tester, mais pour les retours on pourrait établir une zone plus large, en collaboration avec les hôpitaux de la région, pour faire le test à l’aéroport", détaille le patron.

"Après les attentats du 11 septembre, tout le monde prédisait que plus personne ne voudrait voler. L’année d’après, l’aviation battait tous les records, il faut se le rappeler."
Philippe Verdonck
CEO de Brussels South Charleroi Airport

Les projets qui étaient sur la table avant la crise du Covid, eux, continuent. Ainsi, la construction d’un bâtiment de sécurité "precheck",  juste à côté du T1, va débuter en novembre pour un coût d’une vingtaine de millions d’euros. Si la crise laisse le secteur exsangue, elle facilite les chantiers.  "Les événements de Paris nous montrent qu’il n’y a pas que le Covid. La sécurité reste primordiale à plus long terme. C’est un investissement important qui nous positionnera très bien pour la reprise", dit le patron.  Surtout que dans ce nouveau bâtiment se trouveront aussi des espaces commerciaux, importants pour diversifier les revenus.

Dans le même ordre d’idées, la nouvelle piste qui doit permettre les vols long-courriers sera prête après l’été 2021. "C’est possible grâce à un travail de titan de la Sowaer. Malgré la crise, on parle avec des compagnies long-courriers pour des vols de plus de deux heures. Si tout se passe bien, on espère deux à trois compagnies en plus d’Air Belgium pour une dizaine de vols long-courriers d’ici 2022 sur Charleroi."

Nouveau hangar

Les pistes de diversification ne s’arrêtent pas là. BSCA est ainsi en discussions avec Sambrinvest pour la construction d’un nouveau hangar (coût : 3 à 4 millions d'euros) pour l’aviation d’affaires, à la place des vieux hangars. "C’est un département qui tourne bien et les sociétés sont satisfaites de notre service. Nous avons beaucoup de demandes. Avec un nouveau hangar, on pourrait facilement doubler la capacité et atteindre un grosse dizaine d’avions d’affaires basés à Charleroi", détaille Philippe Verdonck.

L’aéroport est aussi en discussions avec la Sabca pour développer une activité de démantèlement d’avions sur le site. Mise en place par le nouveau CEO, la cellule événements, dans l’ancien terminal, a déjà repris ses activités. "Depuis quelques semaines, on a des réservations tous les week-ends."

Philippe Verdonck réfléchit aussi à installer un hôtel sur site, comme on en trouve dans de nombreux aéroports. Le mot d’ordre est clair : face à la crise, il s’agit de diversifier les revenus, avec la limite que l’aéroport ne dispose que de "quelques lopins de terre restants", ajoute le CEO.

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