Fermetures de bases, pertes d'emplois, réductions salariales... la recette anti-Covid-19 de Ryanair

Ryanair table sur un début de retour du trafic à partir de juillet. ©REUTERS

La compagnie low-cost irlandaise Ryanair fait état d'un bénéfice annuel de plus d'un milliard d'euros, mais s'attend à une perte de plus de 200 millions au premier trimestre de son exercice décalé. Elle prend dès lors des mesures drastiques.

Embourbé dans la crise du Coronavirus, Ryanair prend des mesures pour accroître sa liquidité. La compagnie aérienne low-cost a souscrit un prêt de 600 millions de livres (670 millions d'euros) garanti par l'État. La société fait donc appel au mécanisme public de soutien alors qu'elle envisage une lente reprise qui devrait entraîner une guerre des prix sur un marché du transport aérien très affecté, lit-on dans un communiqué.

"Depuis mi-mars, le groupe a mis en place une série de mesures pour préserver sa trésorerie, réduire les coûts, annuler les rachats d'actions et reporter les dépenses d'investissement opérationnelles et les dépenses d'investissement non essentielles. La consommation moyenne hebdomadaire de cash est ainsi passée de 200 millions d'euros en mars à un peu plus de 60 millions en mai. Cette liquidité nous permettra de passer cette crise et d'en sortir renforcés."

Bases opérationnelles

La crise affecte les bases opérationnelles. Michael O'Leary, CEO du groupe, évoque ainsi une crise existentielle pour la filiale autrichienne Lauda. À cause des restrictions liées au Covid-19, la compagnie est clouée au sol depuis le 17 mars. "Avec des coûts supérieurs aux autres compagnies, dont le principal concurrent ​​Austrian Airlines, Lauda devrait être renflouée à hauteur de 800 millions et devra repenser complètement sa stratégie avec une réduction significative de ses plans de croissance."

60 millions
euros
La consommation moyenne hebdomadaire de cash de Ryanair est passée de 200 millions d'euros en mars à un peu plus de 60 millions en mai.

O'Leary précise, par ailleurs, que des menaces pèsent aussi sur les bases italiennes, belges, d'Europe centrale et de l'Est. La semaine dernière, il avait déjà indiqué que les pertes d'emplois prévues au niveau du groupe affecteraient aussi les salariés belges. Un effort salarial a ainsi été demandé aux pilotes (-20%) et personnels de cabine -10%).

"Nous consultons actuellement les syndicats sur la fermeture de bases, des réductions salariales, des congés sans solde et jusqu'à 3.000 suppressions d'emplois (principalement des pilotes et du personnel de cabine). Nos équipes commerciales sont aussi en discussions avec nos partenaires aéroportuaires." 

Guerre des prix

La compagnie réitère aussi ses critiques quant aux autres acteurs aériens, qui aidés par leurs États, annoncent un retour dans les airs pour juillet. "Le paysage concurrentiel en Europe sera faussé par des montants sans précédent d’aides d’État (en violation des règles de l'UE): plus de 30 milliards d'euros ont été octroyés aux groupes Lufthansa, Air France-KLM, Alitalia, SAS et Norwegian..."  Ryanair ajoute s'attendre, de ce fait, à ce qu'un trafic réduit soit sujet à d'importantes promotions, des prix de vente inférieurs aux coûts de la part de ces acteurs.  Mais la compagnie low-cost l'affirme à nouveau: elle ne fera pas appel à une aide d'État.

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Autre épine dans le pied de Ryanair: la livraison de Boeings suspendue depuis plus d'un an à cause de la crise rencontrée par le constructeur au lendemain de deux crashs de ses appareils MAX 737. "Boeing prévoit un retour en service de ses B737 Max à la fin de l'été aux États-Unis. Nous tablons sur octobre au plus tôt pour recevoir notre premier avion. Nous restons convaincus que ces avions avec 4% de sièges en plus et 16% de consommation de carburant en moins, transformeront la base de coûts de Ryanair pour la prochaine décennie."  

Vers une perte trimestrielle

Au titre de son exercice annuel clôturé fin mars, le transporteur fait état d'un bénéfice net d'un milliard d'euros (+13%). Le groupe prévoit toutefois une perte "supérieure à 200 millions d'euros au premier trimestre".

En incluant les éléments exceptionnels, le bénéfice net part du groupe annuel atteint 648,7 millions d'euros, soit une baisse de 26,7% sur un an. Le chiffre d'affaires (des opérations) a progressé de 10% sur un an, à 8,5 milliards d'euros. La brusque chute du trafic à la fin de l'exercice décalé a réduit le nombre de passagers transportés de 5 millions de personnes et son bénéfice de plus de 40 millions d'euros. 

Il a passé une charge exceptionnelle de 353 millions d'euros due à l'immobilisation des avions à cause de la pandémie.  

Pour le premier trimestre, Ryanair table sur moins de 1% de son programme de vols habituels, avec un début de retour du trafic au deuxième trimestre (de son exercice) à partir de juillet, mais la compagnie à bas coûts ne table désormais plus que sur la réalisation, au mieux, "de 50% de son objectif 2021 de 154 millions de passagers".

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