Grève chez Ryanair: "Tant qu'on n'aura pas coupé la tête du patron..."

©© Jan Fritz

La grève du personnel de cabine de Ryanair affectera près de 23.500 passagers rien qu’en Belgique. Quatre pays seront touchés, mais en réalité plus en raison de l’annulation de vols vers certaines escales. Le mouvement des hôtesses et stewards risque d’être suivi par les pilotes.

Au propre comme au figuré, aujourd’hui et demain seront chauds aux aéroports de Charleroi et de Bruxelles. En cause, la grève annoncée du personnel de cabine de la compagnie Ryanair. Une grève qui s’étend à l’Espagne, au Portugal et à l’Italie. 600 vols devraient être annulés, touchant une centaine de milliers de passagers. Rien qu’à Bruxelles, sur 22 vols prévus, 14 seront supprimés ce mercredi et 16 ce jeudi. Allers comme retours, bien entendu. À Charleroi, sur une centaine de vols quotidiens, 50 devraient être annulés aujourd’hui et 54 ce jeudi. 

En principe, tous les passagers affectés par les annulations – on parle de 23.500 passagers – ont été prévenus par mail ou SMS. Mais certains, non contactés, s’inquiètent, telle cette lectrice luxembourgeoise qui nous a demandé si son vol sur Porto était assuré: "Comment savoir si mon vol a été annulé par la grève au Portugal?" En cas de doute, mieux vaut se rendre à l’aéroport. Selon Ryanair, "90% des passagers concernés ont été transférés sur un autre vol". Certes, mais pour les dépenses annexes (hôtels, croisières, locations de voitures…), qui rembourse?

→ Au total, huit travailleurs sur dix de la compagnie aérienne font grève ce mercredi, à Brussels Airport, a indiqué Hans Else, secrétaire du syndicat chrétien LBC-NVK (CNE) qui prévient déjà que ce sera aussi le cas demain, jeudi. La LBC a par ailleurs appris que 25 travailleurs polonais ont été envoyés à Bruxelles pour combler des manques de personnel. 

→ A Charleroi, 60% des vols sont annulés ce mercredi, "ce qui sera aussi le cas jeudi", a précisé le secrétaire permanent CNE Yves Lambot.

Les pilotes embrayent

Il y a bien des questions auxquelles il va falloir répondre avant de réserver à l’avenir sur Ryanair, car la grève de 48 heures ne sera pas un "single shot". D’abord, elle fait suite, mardi, au troisième jour d’action des pilotes irlandais (patrie de Ryanair), après les 12 et 20 juillet et avant celle que concoctent les pilotes européens, au nombre desquels des Belges. "Tant qu’on n’aura pas coupé la tête du patron de la compagnie, on restera sous l’emprise de ce dictateur, nous confie un commandant de bord (1). Huit mois de négociations n’ont servi à rien; le respect des équipages n’existe pas. Pilotes et personnel de cabine doivent continuer à payer pour avoir de l’eau!"

"Tant qu’on n’aura pas coupé la tête du patron, on restera sous l’emprise de ce dictateur."
un commandant de bord de Ryanair

Que pense-t-il de la menace de supprimer des vols – et donc du personnel – à cause des performances financières amoindries? "C’est évidemment un bel alibi, alors qu’après le rachat de Nikki, Ryanair a besoin d’équipages pour faire fonctionner LaudaMotion." Même partition pour Babette, cheffe de cabine: "C’est un air connu: Charleroi est un très gros marché et les actionnaires n’accepteront pas si facilement." De fait, Michael O’Leary n’est pas toujours d’accord avec David Bonderman. La réduction de vols sur Marseille n’a pas duré longtemps.

900 euros net par mois

Nous avons déjà dénoncé dans ces pages les conditions difficiles des pilotes, mais celle des équipages de cabine est encore moins enviable car la formation prend moins de temps et la demande est importante. On connaît les conditions difficiles du personnel de cabine qui allient prestations supplémentaires (nettoyage de la cabine, par exemple), horaires difficiles, obligation de payer son uniforme"mais après un an, on reçoit 30 euros par mois de dédommagement mensuel pour nettoyer nos uniformes", sourit Babette, comme si un uniforme pouvait "tenir" un mois! –, résidence à moins d’une heure de l’aéroport – "de toute façon, à cinq heures du matin, il n’y a pas beaucoup de trafic; l’après-midi, en revanche…" – et on en passe.

"Dans les locaux que doit gérer Ryanair, le personnel de cabine a payé lui-même les sofas!"
Un pilote de Ryanair

Non, encore une, toujours à propos de l’eau à payer: "Dans notre salle de repos, on remplit nos bouteilles d’eau, mais des consœurs ont eu des problèmes aux reins, alors on évite." Un pilote confirme: "Salle de repos? On n’est pas chez EasyJet! Dans les locaux que doit gérer Ryanair, le personnel de cabine a payé lui-même les sofas!" Didi, un steward, confirme: "Quand j’ai été engagé, j’ai été ravi de pouvoir voler. Mais aujourd’hui, avec 900 euros net par mois, mon père me demande si un jour je pourrai m’installer." Si la grève est un succès, O’Leary aura du souci à se faire.

(1) Contractuellement, le personnel de Ryanair n’a pas le droit de s’adresser à la presse, sous peine de licenciement pour faute grave.

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