Jusqu'à quand Boeing va-t-il résister à la pression?

©REUTERS

Le groupe Boeing présente ce mercredi Des résultats trimestriels réduits. Néanmoins, une seule question se pose: combien de temps encore l'avionneur va-t-il résister à l'immobilisation de ses 737 MAX.

Chaque semaine apporte chez Boeing son lot de révélations, mais toujours aucun drapeau vert pour le redécollage des modèles 737 MAX. Les appareils en question sont, pour rappel, cloués au sol à travers le monde depuis mars à cause d'un défaut du système anti-décrochage MCAS -qui a provoqué le crash de deux appareils. Boeing espérait le retour dans le ciel de ses avions au quatrième trimestre. La chose semble plus que compromise. Le directeur exécutif de l'Agence européenne de la sécurité aérienne (AESA) a affirmé cette semaine ne pas s'attendre à une autorisation de la reprise des vols avant janvier, au plus tôt.

Chez Boeing pourtant, on indique faire des progrès vers un retour dans les airs. Les autorités américaines de la Federal Aviation Administration (FAA) disent, elles, avoir besoin de davantage de temps pour analyser les corrections apportées au système. "L'agence a reçu le téléchargement du logiciel final et procède à l'analyse complète du système", a expliqué Steve Dickson, administrateur de la FAA.

Des tests sont ainsi effectués en simulateur avant la rédaction de scénarios nécessaires pour appréhender les besoins en formation des pilotes. L'ultime étape sera un vol test de certification. "Cela prendra plusieurs semaines pour effectuer l'ensemble du processus. Nous avons encore un travail considérable à effectuer", poursuit Dickson.

Reste donc à savoir, combien de temps Boeing va-t-il pouvoir survivre à cette immobilisation? Début de réponse, ce mercredi avec la publication des résultats trimestriels

Un bénéfice divisé par deux pour Boeing

La crise du 737 MAX, une des plus graves dans les 103 ans d'existence de Boeing, continue de se ressentir dans les résultats.

Le bénéfice net a été divisé par deux (-50,6%) à 1,17 milliard de dollars au troisième trimestre, ce qui s'est traduit par un bénéfice par action ajusté, référence en Amérique du Nord, de 1,45 dollar, nettement inférieur aux 2,09 dollars escomptés en moyenne par les analystes financiers. 

Plombé par une chute de 67% des livraisons d'avions commerciaux, le chiffre d'affaires a plongé de 20,5% à 19,98 milliards de dollars.

Si Boeing n'a pas inscrit de charges dans les comptes, il a indiqué que les coûts liés au 737 MAX, dont il a suspendu les livraisons, avaient augmenté de 900 millions de dollars durant le trimestre. La facture totale, estimée à 8 milliards en juillet grimpe encore à 9,3 milliards de dollars entre les perturbations causés par l'immobilisation au sol de l'avion et les différentes indemnités que Boeing va verser aux compagnies aériennes.

Elle ne comprend, en revanche, ni les possibles indemnisations des familles des victimes, qui ont déjà porté plainte, ni les possibles amendes des autorités américaines, qui enquêtent sur le développement du 737 MAX.

La trésorerie est passée dans le rouge, affichant un déficit de 2,89 milliards de dollars.

Des échanges à peine retrouvés par Boeing

La pression est en effet maximale:

> Financièrement d'abord:  L'immobilisation des 737 MAX coûte cher à Boeing, très cher. Le groupe estime désormais la facture de la crise à plus de 9 milliards de dollars"Dans le cas d’une prolongation de l’interdiction du vol jusqu’à la fin de l’année, le nombre de MAX stockés par Boeing pourrait atteindre 400 avions, soit 20 milliards de dollars à la valeur de marché des appareils", pointe un observateur. "C’est du jamais-vu."

20 milliards
dollars
Dans le cas d’une prolongation de l’interdiction du vol jusqu’à la fin de l’année, le nombre de MAX stockés par Boeing pourrait atteindre 400 avions, soit 20 milliards de dollars à la valeur de marché des appareils.

> Avec le régulateur: En coulisse, la guerre entre les autorités et l'avionneur fait toujours rage. L'agence dénonce le manque de transparence du groupe avec notamment des échanges inquiétants énoncés en 2016 entre deux pilotes lors des essais du 737 MAX et du MCAS. Ces échanges viennent seulement d'être transmis à la FAA. Boeing affirmant les avoir à peine retrouvés.

Le groupe est aussi bien décidé à ne pas porter seul toute responsabilité. Il affirme que les équipes de la FAA ont été impliquées aux différentes étapes du processus. 

Gouvernance revisitée

> Sur l'image: Le groupe fait aussi le nettoyage dans sa gouvernance. Dennis Muilenburg a ainsi été "soulagé" de son titre de président du conseil d'administration qu'il détenait depuis juillet 2015. Directeur général à temps plein, il peut ainsi se concentrer pleinement à la crise du 737 MAX.

Kevin McAllister était à la tête de la division aviation commerciale. ©REUTERS
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Le 737 MAX représente deux tiers du carnet de commandes de Boeing

McAllister n'était certes pas à la tête de la division au moment des crashs du 737 MAX. Selon des sources internes, on apprend que les critiques s'étaient multipliées ces dernières semaines à son encontre. On lui reprochait notamment de ne pas avoir rassuré le grand public, les compagnies aériennes et les salariés dans cette crise du 737 MAX; un avion qui représente quand même plus de deux tiers du carnet de commandes de Boeing. D'après certains observateurs, d'autres limogeages pourraient suivre pour "créer l'électrochoc dont Boeing a besoin pour surmonter cette crise".

Muilenburg face aux élus

> Avec les dirigeants politiques: Dennis Muilenburg est lui aussi sous pression. Il sera, pour la première fois, auditionné le 30 octobre prochain par des élus américains. Une audition cruciale. Le dirigeant devrait notamment être interrogé sur des échanges troublants entre deux de ses pilotes d'essai sur les possibles dysfonctionnements du MCAS.

Dennis Muilenburg sera pour la première fois auditionné la semaine prochaine par le Congrès. ©REUTERS

> Les soucis des autres modèles: Cerise sur le gâteau, la FAA a ordonné au début du mois une inspection de près de 2.000 Boeing 737 NG. Des "fissures structurelles" ont été découvertes sur un exemplaire en Chine.

Boeing annonce lui le report à début 2021 de son 777X. Les premières livraisons étaient prévues en 2020 mais des problèmes sont survenus lors des tests du nouveau moteur développé par General Electric.

Quant au 787 "Dreamliner", tensions commerciales sino-américaines obligent, le constructeur affirme qu'il ne produira plus que 12 appareils 787 par mois, et ce à partir de fin 2020 pendant "environ deux ans". Le taux de production actuel est de 14.

 

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