L'arrivée d'Alibaba à Liege Airport est-elle bloquée par Fedex?

©Bloomberg

Les représentants d’Aéroports de Paris au conseil d’administration s’opposeront-ils ce jeudi au vote qui doit dégager la voie pour l’arrivée des Chinois à l’aéroport de Liège? Les paris sont ouverts.

Deux réunions importantissimes auront lieu jeudi à l’aéroport de Liège. Le conseil d’administration de la Sowaer, la société publique de la Région wallonne qui détient un quart du capital de Liege Airport, tiendra une séance extraordinaire. A l’ordre du jour, l’approbation de la conclusion d’un bail emphytéotique avec la société d’exploitation de l’aéroport, afin que ce dernier dispose du terrain prévu pour accueillir les installations du géant chinois de l’internet Alibaba. Et la société Liege Airport réunira, elle aussi, ses administrateurs pour leur présenter le dossier Alibaba, et ce… pour la troisième fois, selon nos informations.

"La décision d’accueillir Alibaba pourra être prise formelle-ment par le conseil. Si là, cela coince, il y aura un vrai problème."
Une source proche du dossier

Lors des deux précédentes séances, les représentants de la société Aéroports de Paris (ADP), qui possède un peu plus de 25% du capital de Liege Airport, auraient refusé d’approuver le point. Pour quelle raison? Sans que personne ne veuille s’exprimer "on the record" à ce sujet, on nous affirme, dans les milieux gravitant autour de l’infrastructure aéroportuaire, que l’actionnaire français exercerait sa minorité de blocage au profit du groupe américain Fedex.

Lobbying

Cela peut paraître surprenant car, a priori, aucun lien de capital ou d’intérêt ne lie ADP au géant de la livraison de colis américain. L’hypothèse formulée dans les mêmes cénacles est que Fedex dispose d’un hub important à Paris et qu’il pourrait, grâce à cela, exercer du lobbying auprès de ses partenaires parisiens avec un certain succès. Contacté, Fedex n’a pas souhaité répondre à nos questions. "No comment" aussi à Liege Airport et à la Région wallonne. ADP, quant à elle, n’a pas répondu aux sollicitations de l’agence Belga.

©BELGA

S’il est vrai que l’actionnaire français de Liege Airport roule pour Fedex, on ne voit pas bien ce qui pourrait le faire changer de position ce jeudi. Pourtant, du côté wallon, on se montrait relativement confiant hier. Les autres actionnaires de l’aéroport sont, pour rappel, la Sowaer, avec un peu moins de 25%, et NEB Participations (Nethys, Ethias, Belfius…) pour 50%.

Dans les couloirs de la Sowaer, on n’entend pas dramatiser: "Jusqu’ici, Liege Airport ne disposait pas des terrains pour accueillir Alibaba et son entrepôt. La Sowaer doit leur accorder un droit réel sur ces terrains et c’est pour cela que la décision d’accueillir Alibaba n’a pas pu être prise lors du conseil d’administration de Liege Airport qui s’est tenu la semaine dernière, y dit-on. La Sowaer va donner son feu vert demain (jeudi, NDLR). La décision d’accueillir Alibaba pourra donc être prise formellement demain (ce jeudi) par le conseil de Liege Airport. Si là, cela coince, il y aura alors un vrai problème." Cette source établit donc un lien formel, à bon escient ou non, entre les deux décisions.

Reste la grande question: qu’est-ce que Fedex aurait à perdre dans cette aventure? Le repreneur de TNT Express jouissait jusqu’ici d’une quasi-exclusivité de fait sur la logistique et les colis au départ de l’aéroport liégeois. Celle-ci sera mise à mal par l’arrivée du groupe chinois qui a pour habitude de drainer, dans son sillage, sa filiale logistique Cainiao. Ce serait, selon d’aucuns, la raison pour laquelle il tenterait ce jeudi de mettre des bâtons dans les roues de ceux qui poussent le projet. Il est aussi question d’un investissement que le groupe américain voudrait réaliser au nord de l’aéroport, dans la zone justement prévue pour héberger les Chinois. Les deux projets risqueraient de se heurter de front.

Une affaire DHL bis?

D’autres craignent que Fedex ne brandisse carrément la menace de plier bagages. Un risque à ne pas prendre à la légère et que les Belges connaissent bien: allusion à l’affaire DHL qui avait secoué, naguère, l’aéroport de Bruxelles-National quand le groupe allemand avait fait jouer la concurrence entre le site de notre capitale et Leipzig. On sait ce qu’il en est finalement advenu…

©REUTERS

Fedex vient toutefois de donner lui-même, involontairement, un argument contre cette éventualité. Il a en effet déclaré ces derniers jours que les blocages des routes et des stations-service effectués par le mouvement des gilets jaunes lui coûtaient quelque 2,5 millions d’euros par jour. Autrement dit, sa position à Liège est bien rentable.

Bref, la balle est ce jeudi dans le camp des administrateurs de Liege Airport. Vont-ils la laisser au centre sans trouver les moyens de bouger? Ou vont-ils réussir à s’en saisir pour marquer l’essai et dégager la voie pour Ali Baba? Les paris sont ouverts…

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