L'aviation d'affaires s'envole grâce au coronavirus

Philippe Bodson, CEO du groupe ASL, va réaliser une belle année 2020 et ce en pleine crise du coronavirus. ©Brecht Van Maele

La croissance du secteur des jets privés serait de 15 à 20% cette année. Le risque sanitaire et l'absence d'alternative en sont les deux principales raisons.

L’aviation d’affaires. S’il y a bien un secteur qui a compris que dans toute crise naissent des opportunités, c’est celui-là. Alors que sa grande sœur, l’aviation traditionnelle, lutte pour sa survie, l’aviation d’affaires voit ses chiffres s’envoler avec la crise du coronavirus.

Il y a bien eu quelques craintes en début de crise, mais elles se sont vite dissipées. Car confinement ou pas, virus ou non, certains clients avaient toujours besoin de voyager. Ils se sont donc naturellement tournés vers l’aviation d’affaires, qui a bénéficié d’une sorte de publicité à moindre coût.

"Nous avons doublé notre flotte en l’espace de 5 ans. Mais l’engouement a clairement été accéléré par la crise actuelle", confirme Maxime Wauters, ce pilote en charge du marketing, des relations publiques et de la sécurité au sein du groupe ASL.

La société a fait l’actualité en début de semaine en élargissant sa flotte sous gestion de 8 avions pour la porter à plus de 40 avions. Le CEO Philippe Bodson s’est réjoui de pouvoir "continuer à croître" en ces temps difficiles qui "affectent fortement l’industrie du voyage".

10%
des vols
Selon les chiffres de Skeyes, près d'un vol sur dix en août au-dessus du ciel belge était un vol classé dans la catégorie "aviation d'affaires", soit 2.761 vols sur 28.735 vols IFR (règles de vol aux instruments).

Selon les chiffres que L’Echo a obtenus chez Skeyes, les vols d’aviation d’affaires sont en effet en progression. "En chiffres absolus, on peut dire qu’il y a eu plus de vols de ce type cette année que l'année dernière avec 2.761 vols en route en août 2020 contre 2.678 en août 2019", nous dit Audrey Dorigo, porte-parole de Skeyes. En août, un vol sur dix était un vol d'"aviation d'affaires". Un pic a même été enregistré en juin avec 17% des vols IFR (règles de vol aux instruments) qui étaient dans la catégorie "business aviation".

"Nous enregistrons une augmentation moyenne de 15 à 20% en plus que l’année passée et c'est la même chose dans les autres compagnies du secteur."
Maxime Wauters
PR Manager du groupe ASL

A titre de comparaison, ces pourcentages n’étaient que de 6% en janvier et février.  

Mais ces chiffres sont loin de décrire correctement l’ampleur du phénomène, car une série des vols opérés par une société comme ASL sont en fait repris dans les chiffres d’aviation commerciale traditionnelle, nous explique Maxime Wauters. "Nous enregistrons une augmentation moyenne de 15 à 20% en plus que l’année passée. La croissance est sectorielle. On observe la même chose dans les autres compagnies", dit-il. "Dès le début de la crise, il y a eu beaucoup de demandes auxquelles on ne pouvait d'ailleurs pas répondre", ajoute-t-il. Le manque de vols opérés a en effet boosté l’aviation d’affaires, car certaines liaisons possibles auparavant sur la même journée ne sont plus possibles actuellement.

Courtrai et Anvers

Le groupe ASL a donc engagé des pilotes et du personnel en cabine et au sol. Avec sa filiale néerlandaise, il compte maintenant entre 180 et 200 personnes.

En Belgique, les deux aéroports principaux pour ce type d’aviation sont Anvers et Courtrai. C’est donc naturellement les deux bases les plus actives pour ASL. Aujourd’hui, le nombre de vols de lignes classiques limité donne un véritable coup de pouce au secteur.  

"Les clients se sont rendu compte de ce que cette aviation pouvait leur apporter. Nous sommes la démonstration même de la bulle. Nous travaillons avec des terminaux privatifs et sans check-in", rappelle Wauters. Ce qui pourrait en effet valoir un investissement supplémentaire pour des clients qui auraient envie d'allier sécurité et confort. Faut-il rappeler qu'un avion privé vous emmène au plus proche de votre destination et vous attend avant de repartir ?

Le défi pour le secteur va être de fidéliser cette nouvelle clientèle qui arrive grâce à la crise. L'espoir est qu'une certaine clientèle se soit rendu compte qu'un billet sur un jet privé peut parfois rivaliser avec un billet business sur une compagnie classique, ceci avec une dose de luxe en plus.

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