L'étonnante opération de Dassault sur le belge Sabca

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Dassault rachète la participation du néerlandais Fokker dans le groupe aérospatial belge Sabca. Une opération qui étonne, le secteur s’attendait plutôt à un retrait de l’avionneur français. Autre surprise: le prix extrêmement bas de ce rachat.

Le groupe néerlandais Fokker a vendu sa participation de 43,57% dans Sabca au français Dassault pour 7,5 millions d’euros, a-t-on appris mardi matin. "Vous êtes sûre qu’il n’y a pas une faute de frappe sur votre site? Ce montant est totalement incroyable! Cela valorise l’entreprise à 17 millions d’euros seulement!" réagit un spécialiste du secteur qui ne souhaite pas être identifié. La transaction se fait à 7,17 euros par action, alors que le dernier cours de Bourse de l’équipementier aéronautique belge s’élevait à 23 euros.

"Vous êtes sûre qu’il n’y a pas une faute de frappe sur votre site? Ce montant est totalement incroyable! Cela valorise l’entreprise à 17 millions d’euros seulement!"

Plusieurs facteurs expliquent un montant peu élevé. D’abord, 3,15% seulement des actions de Sabca sont cotées en Bourse, ce qui en fait une des actions les moins liquides de la Bourse de Bruxelles. Ensuite, vendre à un industriel une participation minoritaire de cette importance, face à un Dassault qui a clairement le pouvoir avec 52,96% du capital, n’était pas chose facile. Qui plus est, même si le plan stratégique en cours a permis à Sabca de revenir dans le vert au premier semestre 2018, avec un résultat d’exploitation de 2,2 millions d’euros, l’entreprise a connu quatre années de pertes consécutives et n’est pas au mieux de sa forme. Enfin, Fokker avait annoncé depuis plus d’un an son intention de se défaire d’une série d’actifs, dont Sabca, et a sans doute été plus pressé de finaliser l’opération que d’en tirer le maximum.

"Je ne ferai pas de commentaire sur le montant de la transaction, réagit Bernard Delvaux, CEO du groupe Sonaca, l’autre acteur historique dans l’aéronautique en Wallonie. Concernant l’opération elle-même, Fokker et sa maison-mère GKN voulaient vendre depuis longtemps: je ne suis donc pas surpris. Par contre, je ne vois pas très bien comment cette acquisition va s’intégrer dans la future stratégie de Dassault."

"Après la décision du gouvernement belge de ne pas choisir le Rafale pour remplacer les F-35, on s’attendait plutôt à ce que Dassault se défasse de sa participation dans Sabca."

Le groupe français n’a pas répondu à nos questions. Le communiqué, envoyé par l’intermédiaire de Sabca, ne dit rien sur cette stratégie. Il précise seulement que Dassault maintiendra la cotation de Sabca, et qu’il "n’a actuellement pas l’intention de lancer une offre publique de reprise".

"Après la décision du gouvernement belge de ne pas choisir le Rafale pour remplacer les F-35, on s’attendait plutôt à ce que Dassault se défasse de sa participation dans Sabca", remarque un observateur averti. Une participation qui remonte à la fin des années 60, quand l’armée belge a commandé à Dassault 106 Mirage, et qui a toujours été gérée de manière distante par le groupe.

Acheter pour revendre?

"Ma mission est de piloter et de défendre au mieux l’intérêt de Sabca, et j’ai toute confiance que Dassault a les mêmes intérêts."
Thibauld Jongen
CEO de Sabca

Peut-on dès lors imaginer une opération en deux temps, le rachat des parts de Fokker d’abord, puis la cession de l’ensemble à un autre acteur, ensuite? "Je ne vais pas m’exprimer à la place de l’actionnaire principal, mais un certain nombre de configurations restent ouvertes. Plusieurs scénarios sont possibles, confirme Thibauld Jongen, le patron de Sabca, qui se veut toutefois serein. Ma mission est de piloter et de défendre au mieux l’intérêt de Sabca, et j’ai toute confiance que Dassault a les mêmes intérêts."

Selon lui, puisque Dassault était déjà actionnaire majoritaire, la reprise de la participation de Fokker ne devrait changer ni la stratégie, ni la vision, ni le positionnement de Sabca, qui emploie un petit millier de personnes sur trois sites en Belgique – les plus importants étant Bruxelles et Charleroi – ainsi qu’à Casablanca.

"Nous sommes dans la deuxième année de notre plan stratégique en trois ans, qui a pour ambition de faire de Sabca une entreprise plus robuste et plus profitable. Et les choses avancent bien", affirme Thibauld Jongen.

"En aérostructure, par exemple, Sabca fait beaucoup de choses différentes, alors que Sonaca est clairement identifiée aux bords d’attaque des ailes."

La partie n’est toutefois pas facile. "En aérostructure, par exemple, Sabca fait beaucoup de choses différentes, alors que Sonaca est clairement identifiée aux bords d’attaque des ailes, ou Safran Aero Booster aux compresseurs basse pression. Cela rend plus compliquée la démarche commerciale de Sabca", analyse un spécialiste.

Dans l’aviation civile, l’arrêt de l’Airbus A380 risque de peser sur le volume d’activité. Dans le domaine spatial, Sabca, qui fournissait des éléments de structure à Ariane 5, sera moins présent sur Ariane 6. Et dans le militaire, il reste fort dépendant du programme d’entretien des F-16, bientôt à la retraite. "Dans ce domaine, nous nous attachons à transformer certaines promesses concernant les F-35 en garanties concrètes, répond Thibaud Jongen. Il y a des pistes que nous sommes en train de confirmer avec Lockheed Martin, en répondant à certains appels d’offres. Nous ne sommes pas euphoriques, mais cela avance."

Sabca explore aussi depuis un an un nouveau marché: le développement de solutions pour des drones pour l’industrie. "Que l’on parle des ‘utilities’, du transport d’énergie ou de la maintenance, les marchés sont gigantesques. C’est un secteur dans lequel nous espérons vraiment trouver un moteur de croissance, explique Thibaud Jongen. Notre fourchette d’ambition peut aller d’une belle mise en valeur de nos technologies jusqu’à un chiffre d’affaires à la hauteur de nos autres activités. Et nous avons signé en janvier un accord avec General Atomic dans le domaine des drones militaires, pour lequel un contrat important est déjà en place."

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