La Belgique donne à l'Europe une leçon de "ciel unique"

Depuis ce lundi 2 décembre, on peut dire que skeyes et la Composante Air de la Défense gèrent ensemble l’espace aérien belge. ©BELGA

Depuis ce lundi, les contrôleurs aériens militaires et civils belges coopèrent pour la gestion de l’espace aérien. C’est l’aboutissement d’un long travail, dont tout le monde bénéficiera.

De mémoire, cela fait plus d’une trentaine d’années que les compagnies aériennes pleurent pour un espace aérien "unique" en Europe, à l’image de ce qui se fait aux États-Unis. Là-bas, on vole quasi en direct de Los Angeles à New York avec des procédures et des systèmes de navigation identiques partout. En Europe, les couloirs aériens imposent des zigzags coûteux entre zones militaires et commerciales allongeant les temps de vol de 15% à 20%, avec un impact sur la consommation de carburant et les émissions de CO2. 

Depuis ce lundi 2 décembre, on peut dire que skeyes (ex-Belgocontrol) et la Composante Air de la Défense gèrent ensemble l’espace aérien belge. Un espace complexe, car réduit et quasi embouteillé par les survols, même si cela ne se voit pas de sa fenêtre.

On réserve des blocs opérationnels dans l’espace aérien, mais si l’on comprend qu’on ne les utilisera pas, on les rétrocède au civil.
Frederik Vansina
chef d’Etat-Major de la Force aérienne

Outre les vols "en route" au-dessus de 7.500 mètres (gérés par Eurocontrol), skeyes se charge aussi de la circulation des vols à plus basse altitude et des vols en approche depuis le centre Canac situé à Steenokkerzeel, ainsi que des atterrissages et circulations au sol dans quatre aéroports, depuis les tours de contrôle. Il y a aussi les vols militaires (dont les entraînements des avions de chasse), l’aviation de loisir et – il faudra s’y faire – les drones

Travailler en symbiose

Désormais, le ciel belge est, pour simplifier, à la disposition de tout le monde. Comme nous l’explique le Général-Major Frederik Vansina, chef d’Etat-Major de la Force aérienne, "le principe est celui de la coordination et de la cohabitation: on réserve des blocs opérationnels dans l’espace aérien, mais si l’on comprend qu’on ne les utilisera pas, on les rétrocède au civil. Bien entendu, il est difficile de planifier longtemps à l’avance."

Johan Decuyper, CEO de skeyes, ajoute: "Le système sera à terme plus dynamique: on pourra réagir très vite en donnant plus de capacité au transport aérien en offrant des vols plus directs et donc plus écologiques."

Des contrôleurs aériens militaires dans le centre Canac

La synergie entre skeyes et la Défense était inscrite dans l’accord gouvernemental, mais les deux entités y travaillaient depuis 2003 et même avant. Les choses se sont accélérées depuis 2014, avec divers travaux pointus (y compris pour les échanges météorologiques, par exemple), en matière de budget ou de ressources humaines. "C’est vrai qu’il va y avoir des mutations, admet Vansina. Les contrôleurs de Semmerzake devront venir chez Skeyes à Steenokkerzeel. Pour les plus anciens, c’est plus difficile, mais ils verront qu’ici (l’interview se passe chez Skeyes, NDLR), ils seront dans des installations plus modernes."

Depuis ce lundi, 22 contrôleurs aériens militaires sont dans le centre Canac de Skeyes à Steenokkerzeel. Ils ont une station de travail distincte dans la grande salle opérationnelle; d’autres installations sont prévues, y compris un nouveau simulateur de contrôle. Le coût? 1,5 à 1,8 million d’euros d’ici à 2025, nous dit le général Vansina, "ce qui comprend les formations, les infrastructures, les nouveaux systèmes, etc."

Voyez-vous, aujourd’hui, en navigation aérienne, la capacité est freinée par les procédures actuelles. On ne peut pas autoriser autant d’avions que possible dans l’espace aérien, alors qu’avec l’automatisation, ce sera possible.
Johan Decuyper
CEO de Skeyes

Belgian Airspace Vision 2030

Ce qui est intéressant de noter, c'est qu’au-delà de cette réalisation de "Ciel unique", la Belgique conduit depuis quelque temps sa "Belgian Airspace Vision 2030" de concert avec Skeyes, la DGTA (l’Administration de l’aéronautique), Eurocontrol (Maastricht) et la Défense. Les Pays-Bas sont dans la même mouvance et, une nouvelle fois, le Benelux fait partie des bons élèves de l’Europe.

Mais, pour que les bonnes idées d’ici soient généralisées, il faudra sans doute du temps. Johan Decuyper: "Voyez-vous, aujourd’hui, en navigation aérienne, la capacité est freinée par les procédures actuelles. On ne peut pas autoriser autant d’avions que possible dans l’espace aérien, alors qu’avec l’automatisation, ce sera possible."

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