La bonne santé du transport aérien à l'épreuve

©REUTERS

En présentant hier ses estimations pour 2018 et ses prévisions pour 2019, l’Iata affiche une santé financière insolente, mais ses membres ne sont pas à l’abri de revers de fortune.

Le secteur du transport aérien mondial devrait afficher un bénéfice net de 32,3 milliards de dollars cette année et même de 35,5 milliards l’an prochain, selon les chiffres de l’Association du transport aérien international (Iata), présentés hier à Genève. La marge nette serait donc, en 2019, de 4% (comme en 2018) sur la base d’une recette globale de 885 milliards de dollars, en augmentation de 7,7%. Ce chiffre sera généré par près de 5 milliards de passagers transportés et 65,9 millions de tonnes de fret. Par passager transporté, le bénéfice net serait donc de 7,75 dollars (7,45 dollars en 2018).

"Nous ne sommes pas dans la position d’Apple qui gagne 400 dollars par iPhone XS vendu!"
Alexandre de Juniac
Président de l’Iata

Se déclarant "prudemment optimiste", Alexandre de Juniac, président de l’Iata, a néanmoins mis les analystes en garde: "Une nouvelle taxe, de nouvelles contraintes ou une variation à la hausse du prix du fuel pourraient avaler ce profit en un instant. Nous ne sommes pas dans la position d’Apple qui gagne 400 dollars par iPhone XS vendu!"

Autre facteur déstabilisant, la volatilité des prix pétroliers. L’Iata a établi ses prévisions sur un prix moyen du Brent de 65 dollars le baril en 2019. Des calculs qui nous laissent toujours perplexes, reconnaissons-le. Surtout qu’à côté de contextes géopolitiques, l’Iata est venue hier avec une nouvelle donnée: le prix du pétrole aux standards de l’aviation est traité dans les mêmes raffineries qui produisent le carburant de la marine marchande. Or celle-ci est de plus en plus gourmande et les capacités de raffinage aviation pourraient arriver au second plan. Et coûter plus cher…

Manque de pilotes

Autre écueil, le manque de personnel qualifié. C’est surtout vrai pour le personnel de maîtrise, en particulier les commandants de bord. Où trouver ceux qui ont été formés correctement? Le Brexit aussi demeure une incertitude pénalisante pour l’aérien: "Nous vendons déjà des billets pour l’après-Brexit sans savoir quelles seront les formalités à remplir tant pour nous que pour nos passagers. L’urgence est de mise et nous nous réjouissons que certains pays ont déjà conclu des accords pour l’après 29 mars", a souligné Alexandre de Juniac.

12 millions
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Chaque jour, 12 millions de passagers prennent la voie des airs.

Ce n’est pas tout. Les infrastructures vont finir par manquer à l’appel. Quand on songe qu’il faut au moins dix ans pour construire un aéroport qui réponde à toutes les normes de sécurité et de convivialité, c’est aujourd’hui qu’il faut songer à la croissance du trafic. São Paulo, New York, Francfort, Lagos, Mexico, Bangkok et d’autres sont menacés de saturation.

Idem pour le contrôle aérien. Alexandre de Juniac a donné des chiffres éclairants: "La saison estivale en Europe a été la pire jamais connue dans le transport aérien: les retards ont connu une hausse de 53% par rapport à 2017 pour totaliser 14 millions de minutes. Vous savez ce que représentent 14 millions de minutes? 26 ans!"

"Le pire, a-t-il ajouté, est que les problèmes de navigation aérienne ne concernent plus la seule Europe. La congestion dans le Golfe oblitère les modèles des grands transporteurs de la région et les retards qui apparaissent en Chine commencent à entraver la croissance des transporteurs. Il y a d’autres cas et il est temps que les gouvernements se soucient sérieusement du problème."

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