La curatelle de Sabena veut faire passer Airbus à la caisse

La curatelle de la Sabena estime que la commande de 34 Airbus a coulé la compagnie aérienne belge. ©Photo News

La curatelle de la Sabena estime que c’est la commande ferme de 34 Airbus qui a coulé la Sabena. Aujourd’hui, elle demande réparation et exige plus de 95 millions d’euros de dommages.

La curatelle de la Sabena, qui n’a jamais réellement baissé les bras, repart au combat. Cette fois, elle a saisi le tribunal de commerce de Bruxelles pour réclamer plus de 95 millions d’euros à Airbus. Les curateurs estiment que l’avionneur européen est coresponsable de la faillite de la Sabena. C’est à ce titre qu’ils réclament des dommages et intérêts.

Acte anormal

Au cours d’une matinée d’audience qui s’est tenue hier matin devant le tribunal de commerce de Bruxelles, Sylvie Van Ommeslaghe, au nom de la curatelle, s’est employée à démontrer qu’il y avait une fraude paulienne dans le chef d’Airbus. La curatelle estime que c’est une commande ferme portant sur le renouvellement total de la flotte de la Sabena par 34 Airbus flambant neufs qui a précipité la faillite de la Sabena. "La Sabena, poussée dans le dos par Swissair, son dirigeant de fait, s’est entendue avec Airbus pour passer une commande de 34 Airbus sans fonds propres et sans soutien financier ni de la part de Swissair ni de la part d’Airbus", a plaidé Sylvie Van Ommeslaghe.

Pour cette dernière, la décision de procéder à un renouvellement complet de flotte au terme d’une commande ferme en retenant des avions plus chers que les Boeing et avec un délai de livraison étalé sur quatre ans est un acte anormal. "Swissair s’est d’abord mise d’accord avec Airbus sur un scénario caché à la Sabena", a expliqué l’avocate. "C’est surprenant parce qu’à la Sabena, on ignorait tout de cette décision".

En 1997, les dirigeants de Swissair, qui gèrent la Sabena, décident de renouveler la flotte de la compagnie aérienne belge.

Le choix des Suisses se portera sur Airbus. Une commande ferme de 34 avions sera passée pour un montant de plus d’un milliard de dollars.

En interne, à la Sabena, on privilégiait la piste des Boeing.

Retraçant une chronologie précise des événements qui ont précédé la commande des Airbus, l’avocate de la curatelle s’est employée à dénoncer les anomalies du dossier. D’après certaines pièces sorties des différentes procédures judiciaires, il est apparu que les principaux dirigeants de la Sabena avaient toujours été favorables à l’achat de Boeing. Des avions qu’ils connaissaient et surtout qui représentaient des frais de maintenance moins élevés. Et si le montant exact de cette économie potentielle n’était pas connu à l’époque, on parle tout de même de 613 millions de francs belges par an.

C’est donc avec une certaine raison que les dirigeants de la Sabena avaient défendu la piste des Boeing jusqu’à se retrouver devant le fait accompli, assure aujourd’hui la curatelle de la Sabena. Un tour de passe-passe effectué entre Swissair et Airbus permettra à l’avionneur européen de respecter des délais de livraison que Boeing n’aurait pas pu tenir, a encore expliqué l’avocate. "Lors du conseil d’administration, on fera passer l’option Airbus comme une recommandation unanime du management de Sabena, mais on verra par la suite qu’ils ont été contraints de s’aligner", a plaidé l’avocate de la curatelle.

Dommages et intérêts

Pour la curatelle, les choses sont claires. En poussant la commande des Airbus, tant Swissair qu’Airbus savaient que la compagnie belge n’avait pas les fonds propres pour réaliser l’opération. Et, contrairement aux promesses, personne n’avait apporté de garantie financière à l’opération. Qui a coulé la Sabena. CQFD.

95,8 millions €
Le montant que la curatelle de la Sabena veut récupérer sous forme de dommages et intérêts auprès de l’avionneur Airbus.

Hier, devant le tribunal de commerce, la curatelle a réclamé l’annulation de la commande de la moitié des 34 avions, un préjudice qu’elle a évalué à 78 millions de dollars. Ce montant et d’autres remboursements de leasing débouchent sur un préjudice total estimé à 95,8 millions d’euros.

Les avocats d’Airbus plaideront la semaine prochaine.

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