La famille Boas doit renoncer au jackpot sur la vente d'Asco

La vente de la société Asco, basée à Zaventem, n'a toujours pas été finalisée. Et si elle se concrétise, ce sera à un prix nettement moindre que prévu. ©asco

La famille Boas encaissera 230 millions de dollars de moins que prévu sur la vente de sa perle aéronautique Asco, basée à Zaventem. Et le deal pourrait même être remis en question.

650 millions de dollars: c’est la somme astronomique que la société aéronautique américaine Spirit AeroSystems avait proposée en 2018 pour le rachat de la société belge Asco. Suite aux besoins en investissement et à l’absence de successeurs prêts à reprendre l’entreprise, la famille Boas, propriétaire du producteur de pièces d’avion, avait décidé d’accepter l’offre.

Asco en bref

  • Producteur de pièces d’avion pour Airbus, Boeing, Embraer et Bombardier
  • Siège social à Zaventem. Filiales en Allemagne, au Canada et aux Etats-Unis
  • Créée en 1954 par Emile Boas
  • En 2018, a été vendue pour 650 millions de dollars à la société américaine cotée Spirit AeroSystems
  • Chiffre d’affaires annuel (2019): 291 millions d’euros
  • Bénéfice d’exploitation: 11 millions d’euros
  • Bénéfice net: 1 million d’euros
  • Emploie 1.450 personnes

Avec la vente d’Asco, c’est une nouvelle perle industrielle belge, créée en 1954, qui allait se retrouver dans des mains étrangères. L’entreprise produit notamment les parties mobiles des ailes d'avion, qui sont déployées lors du décollage et de l’atterrissage. Airbus et Boeing font partie des clients réguliers de l’entreprise. Mais Asco produit également des pièces pour l’avion de combat F-35, dont le gouvernement fédéral a commandé 34 exemplaires.

Mais le contrat de rêve avec Spirit pourrait se transformer en cauchemar. Les Américains n’ont laissé planer aucun doute sur le fait qu’ils n’étaient plus prêts à puiser très profond dans leurs poches. En mai de l’an dernier, ils ont réduit leur offre de 650 à 604 millions de dollars. En octobre, le montant a une nouvelle fois été revu à la baisse (via un communiqué de presse passé inaperçu), pour se situer à 420 millions de dollars, soit 370 millions d’euros. À ce prix, cela signifie que la famille Boas recevra 230 millions de dollars – soit 35% – de moins que si la signature avait eu lieu il y a un an.

Cyberattaque

La principale raison invoquée par le candidat repreneur, c’est la cyberattaque dont Asco a été victime l’an dernier, à savoir un "ransomware" – en d’autres termes, le blocage d’une entreprise par des pirates informatiques avec un chantage à la clé – qui a mis l’usine à l’arrêt. Asco a dû redémarrer tous ses systèmes informatiques.

420 millions
de dollars
En octobre, Spirit AeroSystems a baissé à 420 millions de dollars le montant qu'il mettait sur la table pour racheter Asco.

Selon le rapport annuel publié récemment par Asco, le piratage lui a coûté 15 millions d’euros, en grande partie des frais de consulting. En 2020, la facture s’est alourdie de 5 millions d’euros supplémentaires, nous explique le CEO Christian Boas. "Le coût final est supérieur à nos estimations", reconnaît le petit-fils du fondateur Emile Boas.

Asco a dû, elle-même, couvrir ces frais, vu qu’elle n’était pas assurée contre les cyberattaques. "C’est dommage, explique Boas, mais il est presque impossible de trouver une assurance à prix abordable contre les ransomwares."

Boeing 737

C'est aussi la détérioration du marché qui a poussé l'offre de reprise vers le bas. Alors qu’en 2016, Asco avait réalisé un chiffre d’affaires de près de 400 millions d’euros, ce dernier est retombé à moins de 300 millions l’an dernier. "Airbus a mis fin à la production de l’A380 et nous avons constaté un ralentissement des commandes pour l’A350 et l’A330", poursuit Boas. Ensuite, la production du Boeing 737 MAX a été mise à l’arrêt.

Spirit AeroSystems souffre également de la crise du coronavirus. L’entreprise a fortement réduit sa production et annoncé en mai le licenciement de 1.450 travailleurs.

Depuis, l’entreprise doit faire face à la crise du coronavirus. De nombreuses compagnies aériennes sont en difficulté. Résultat: les avionneurs ont vu leurs carnets de commandes se contracter et les sous-traitants souffrent. Chez Asco, 30% du personnel est encore en chômage temporaire. Et nul ne peut dire de quoi l’avenir sera fait. "Nous recevons peu d’informations de la part de nos clients", constate Boas.

L’acheteur potentiel Spirit AeroSystems souffre également de la crise du coronavirus. L’entreprise a fortement réduit sa production et annoncé en mai le licenciement de 1.450 travailleurs.

Pas encore d'accord ultime

Il faudra donc encore se montrer patient pour savoir si le deal belgo-américain se réalisera, deux ans après l’annonce. Si l’on en croit Christian Boas, les négociations sont "presque terminées". La date butoir pour la signature du contrat a une nouvelle fois été reportée au 1er octobre 2020. Et si Asco et Spirit n’arrivent pas à trouver un accord, la transaction n’aura tout simplement pas lieu.

L’an dernier, Asco a malgré tout réussi à rester dans le vert, grâce à une annulation de 28 millions d’euros de dettes.

Il est possible qu’Asco doive payer à son repreneur une compensation pour les futurs dégâts potentiels liés au piratage informatique. Peu après la découverte de la cyberattaque, Spirit AeroSystems avait menacé de réclamer un dédommagement allant jusqu'à 150 millions de dollars. Elle a indiqué en octobre être prête à réduire ce montant à 80 millions de dollars.

L’an dernier, Asco a malgré tout réussi à rester dans le vert, grâce à une annulation de 28 millions d’euros de dettes. Il s’agissait d’avances reçues de l’État belge pour soutenir des projets de recherche, mais que l’entreprise n’a pas dû rembourser vu qu’aucun projet n’a abouti. Résultat: la famille Boas a pu clôturer en relative beauté l’année catastrophe 2019.

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