La Flandre a des vues sur Brussels Airport

©REUTERS

Macquarie vend sa part dans Brussels Airport. La Flandre est intéressée. Un rachat politiquement délicat.

Le groupe australien Macquarie souhaite se défaire de la part de 36% qu’il possède depuis 14 ans dans Brussels Airport. Le gouvernement flamand envisage, via sa société d’investissement PMV, d’acquérir une participation dans Brussels Airport. L’aéroport bruxellois est actuellement détenu par l’État (25% +une action), le fonds de pension canadien OTPP (39%) et l’australien Macquarie (36%), qui souhaite vendre sa part.

On s’attend à ce que la vente soit lancée à l’automne. Et des marques d’intérêt proviennent déjà d’Europe, d’Amérique du Nord, du Moyen-Orient et d’Asie. Rien ne devrait changer dans la position du gouvernement fédéral (25% + une action). Aperçu du deal à venir.

1. Combien cela coûtera-t-il?

Les chiffres clés

24,8 millions

Nombre de passagers

552 millions  d’euros

 Chiffre d’affaires

309 millionsd’euros

Ebitda

La transaction s’annonce d’envergure à l’échelle belge. Dans le cadre de transactions comparables récentes, des aéroports ont été valorisés à jusqu’à vingt fois leur excédent brut d’exploitation (Ebitda) et parfois au-delà encore. L’aéroport de Copenhague a été vendu l’an dernier pour une valorisation de 13 fois l’Ebitda, alors que le même rapport a été de 26,5 pour Leeds-Bradford tandis que Nice a été valorisé l’année d’avant à environ 20 fois son excédent brut d’exploitation.

Brussels Airport a enregistré l’année dernière un Ebitda de 309 millions d’euros; à 20 fois l’Ebitda, il pourrait bien représenter une valeur d’entreprise (dettes comprises) allant jusqu’à 6 milliards.

Si l’on en retire la dette nette (qui tournerait autour de 1,5 milliard), il reste une valeur en actions de 4,5 milliards environ. Autrement dit, les parts de Macquarie (36%) valent – pour ce prix certes théorique – environ 1,5 milliard d’euros.

Lorsque Macquarie a rejoint l’actionnariat de l’aéroport en 2004, il a acheté 70% des parts pour 735 millions d’euros. Un achat largement rentabilisé en l’espace de sept ans, via les généreux dividendes de l’aéroport et via la vente de 39% de Brussels Airport à OTPP en 2011. Les Australiens en auraient retiré 750 millions d’euros.

2. Qui pour entrer en lice?

Le dossier attire surtout des investisseurs étrangers à long terme tels que fonds de pension et d’infrastructures, et assureurs. Les investisseurs de ce type s’associent à des projets d’infrastructure dans une optique de diversification et dans l’espoir d’en retirer davantage de rendement.

Les plans vont bon train en coulisses en vue de former des consortiums. On a ainsi appris que les fonds de pension canadiens Omers, Canada Pension Plan et CDPQ et leurs homologues néerlandais APG et PGGM sont actifs sur le dossier, de même que l’assureur Allianz. On parle également d’intérêt en provenance de Chine. Mais c’est une perspective délicate, s’agissant d’un actif stratégique comme l’aéroport.

Côté belge, les noms des assureurs AG, Ethias et Belfius Insurance sont évoqués, ainsi que celui de PMV. Il est très possible qu’un consortium intégrant un membre belge ou flamand se forme pour s’assurer une longueur d’avance dans ce dossier stratégique. Il n’est pas exclu que plusieurs acteurs sortent du bois dans le même consortium.

3. L’aéroport est-il rentable?

La croissance de Brussels Airport a de quoi faire saliver les investisseurs. À l’époque où Macquarie est entrée dans son capital, en 2004, l’aéroport accueillait 15,6 millions de passagers. L’an dernier, ils ont été 24,8 millions à transiter par Brussels Airport et tout indique que cette croissance se poursuivra.

En 2004, le chiffre d’affaires de l’aéroport s’élevait à 304 millions d’euros et son Ebitda à 136 millions. Ces chiffres étaient respectivement de 552 et 309 millions l’an dernier. Autrement dit, pour chaque dizaine d’euros entrant dans les caisses, l’aéroport bruxellois conserve près de 6 euros en excédent brut.

Cette rentabilité se traduit pour les actionnaires en un flux incessant de dividendes. Depuis 2013, Brussels Airport a ainsi versé plus de 350 millions d’euros, ce qui lui a valu le surnom de "machine à dividendes".

4. Un dossier politiquement délicat

Brussels Airport se situe en Flandre, mais est considéré comme un aéroport belge. Le fait que la Flandre, par le truchement de PMV, se lance dans la course pour une partie de la part Macquarie est symbolique, mais menace toutefois d’être politiquement problématique, à Bruxelles mais aussi au Fédéral.

Le MR, le parti du Premier ministre, acceptera-t-il que la Flandre investisse dans l’aéroport? Il est également bien possible que des critiques soient émises à ce sujet en provenance de la Wallonie. On risque de voir le dossier prendre rapidement un tour communautaire.

Le dossier risque en outre d’aviver le conflit entre la Région bruxelloise et la Flandre à propos des normes en matière de nuisances sonores et des routes aériennes. Quand Bruxelles a renforcé les normes de bruit il y a un temps de cela, elle a suscité le courroux de la Flandre, car c’était mettre en jeu l’avenir de l’aéroport, principal moteur économique du pays avec le port d’Anvers.

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