La Flandre devient actionnaire de Brussels Airport

Avec PMV, son bras financier, et quelques autres investisseurs, le gouvernement flamand a acquis une participation indirecte d’un peu moins de 1,8% dans Brussels Airport. ©REUTERS

Suite à l’entrée de la société d’investissement flamande PMV au capital de Brussels Airport, le gouvernement flamand protège ses intérêts dans le deuxième moteur économique du pays.

Avec PMV, son bras financier, le gouvernement flamand devient actionnaire de l’aéroport national. Avec quelques autres investisseurs, il a acquis une participation indirecte d’un peu moins de 1,8%. Une manière de revenir dans la course, après avoir été évincé lors du rachat par un consortium d’acteurs privés lors de la vente des parts de l’actionnaire australien Macquarie.

À l’époque, Macquarie avait poussé les acheteurs à écarter un acteur régional, de peur de déclencher un incendie communautaire alors qu’un renouvellement de la licence d’aéroport (une compétence fédérale) était dans les cartons. PMV ne fait aucun commentaire sur le montant de sa participation mais, selon nos sources, le fonds aurait participé à un rachat d’un peu plus de 100 millions d’euros.

Intérêt flamand, désintérêt wallon

L’intérêt manifesté par la Flandre pour Zaventem ne tient pas du hasard. L’aéroport national représente, après le port d’Anvers, le deuxième plus important moteur économique du pays. Cet intérêt crée une situation particulièrement délicate au niveau politique, notamment à cause de la localisation de l’aéroport. Lors de l’Expo universelle de 1958, Zaventem a été choisi comme site pour le nouvel aéroport. Aujourd’hui, Brussels Airport se situe en territoire flamand, mais est toujours considéré comme étant l’aéroport national.

©Marijn De Reuse

À cause de cette localisation, les pouvoirs publics wallons se désintéressent de Zaventem et investissent depuis des années dans l’aéroport de transport de fret de Liège et de l’aéroport de transport de personnes de Charleroi. Mais avec 8 millions de passagers transportés l’an dernier, l’aéroport de "Brussels South" était encore trois fois plus petit que Brussels Airport.

L'éternelle querelle autour des nuisances

L’aspect le plus explosif se situe au niveau des routes aériennes autour de Zaventem. La répartition des nuisances fait depuis des années l’objet de dissensions entre les différents gouvernements et les dizaines d’associations de riverains. La situation a atteint un point d’ébullition lorsque l’ancien gouvernement bruxellois a commencé à infliger des amendes aux compagnies aériennes qui ne respectaient pas les très sévères normes de bruit au-dessus de la capitale. La Flandre a même introduit une procédure en conflit d’intérêts contre la perception de ces amendes.

Une nouvelle loi fédérale devrait répartir de manière équitable les nuisances en fixant définitivement les routes aériennes. Mais au cours de la dernière législature, le MR de l’ancien Premier ministre Charles Michel n’a pas osé se lancer dans cet exercice délicat par crainte de réactions des électeurs de Bruxelles et du Brabant wallon. Arnaud Feist, CEO de Brussels Airport, se serait insurgé en interne contre l’arrivée de PMV en tant que nouvel actionnaire.

Le patron de l’aéroport craint que le conflit politique ne soit ravivé. L’investissement de PMV pourrait relancer les querelles entre la Région bruxelloise et la Flandre sur les normes de bruit et le survol de Bruxelles. Mais, plus encore que les généreux dividendes, la Flandre obtient ainsi un pouvoir de décision – même s’il est modeste – sur l’aéroport national.

Un pôle économique incontournable

L'intérêt de la Flandre pour Brussels Airport est largement économique. Il y a quelques années, la valeur ajoutée de l’aéroport a été estimée à 3,2 milliards d’euros. D’après une étude de Hiva-KU Leuven diligentée par Aviato, le centre d’emploi de Brussels Airport, 23.836 personnes – soit 19.739 équivalents temps plein (ETP) – travaillaient à Zaventem à la fin 2017 dans 317 entreprises implantées dans la zone aéroportuaire. 40% de ces emplois sont directement liés à l’aéronautique, 50% sont liés aux activités aéroportuaires, comme la sécurité et le nettoyage industriel. Suite à la croissance attendue du trafic aérien, d’autres emplois devraient être créés. À l’horizon 2040, l’aéroport devrait représenter 120.000 emplois directs et indirects.

De plus, l’aéroport se montre ambitieux en termes de croissance. En 2016, Brussels Airport a présenté sa vision stratégique: d’ici 2040, l’entreprise ambitionne d’accueillir chaque année 40 millions de passagers et de doubler le volume de fret transporté. Pour réaliser cet objectif, l’exploitant de l’aéroport souhaite élargir la piste 25L, ce qui provoque bon nombre de critiques. Encore un dossier qui promet d'être explosif...

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