analyse

La mort des grands tour-opérateurs n'est pas programmée

©AFP

L’endettement de Thomas Cook UK est sans doute l'une des causes de sa dégringolade. Les incertitudes de la clientèle britannique quant à l’issue du Brexit ont probablement joué sur les réservations. Plus généralement, il est possible que l’individualisme des nouvelles générations demande de nouvelles orientations.

La faillite du premier concepteur des voyages organisés – sauf erreur –, cela fait quand même mal. D’autant que Thomas Cook a pu se restructurer à plusieurs reprises, s’adapter, garantir des commissions aux intermédiaires (contrairement au groupe TUI avec ses chiffres d’affaires planchers obligatoires) et, en définitive, pouvoir concilier ventes via des indépendants (avec commissions), via ses agences (Neckermann) et en ligne.

Nous parlons ici de la Belgique où Thomas Cook est actif depuis quarante ans, avec une certaine rentabilité depuis trois ans, mais avec des marges en baisse, malgré un volume en croissance. "Des volumes qui ne compenseront jamais les marges", disait, il y a peu, dans Travel Magazine, Jan Dekeyser, managing director de Thomas Cook Belgium.

Alors, qu’est-ce qui coince? Pour les financiers spécialistes du secteur, ce qui frappe surtout, c’est l’importance de l’endettement. "Un besoin immédiat de 227 millions d’euros, c’est rare", nous disait ce lundi un observateur du milieu touristique. C’est d’autant plus rare que, normalement, c’est la période où les voyagistes thésaurisent pour les voyages d’hiver et même de l’été prochain: "Les voyageurs réservent pour les meilleures offres, avec de la place pour les enfants en famille, aux meilleures dates et aux meilleurs prix." Sauf que…

Brexit?

Sauf qu’au Royaume-Uni, il est difficile de savoir de quoi l’avenir sera fait. Si, le "Brexit dur" est imposé le 31 octobre, que coûteront les voyages du Royaume-Uni vers le continent? Quelles taxes supplémentaires? Des visas? On ne sait rien et Boris Johnson n’apporte pas d’éclairage. Déjà aujourd’hui, les résidents britanniques du sud de la France qui avaient acheté des résidences bon marché les vendent et le marché est en baisse. Les commerçants de Carcassonne s’inquiètent, eh oui. Les pensions en "pounds" seront plus basses; les vols de Ryanair peut-être plus chers.

Bref, les Britanniques attendent de voir. Et les voyagistes britanniques ne voient donc (financièrement) rien venir. D’où des besoins en liquidités.

Maintenant, si le tour-opérateur historique rencontre des difficultés, peut-être est-ce aussi par absence de bonnes stratégies. "Céder ses activités aériennes en Belgique à Brussels Airlines était peut-être une bonne idée, mais TUI Belgium gagne avec ses avions, malgré l’immobilisation de quatre Boeing 737 Max", nous confiait Jean-Luc Hans, porte-parole de l’Association belge des tour-opérateurs (Abto).

Trop gros?

Il y a des consolidateurs de vols ou de voyages et maintenant, on voit apparaître des ‘consolidateurs’ de consolidateurs.
Jean-Luc Hans
porte-parole de l’Association belge des tour-opérateurs (Abto)

Maintenant, toute la question est de savoir si "big is beautiful". On parle souvent de consolidation, mais, en aviation comme dans le secteur du tourisme, ce sont tout à coup des acteurs de niche qui font la différence. Et même des écornifleurs de talent qui vont piquer dans une assiette TUI un produit "vol unique" et dans une assiette Thomas Cook un hôtel de charme et puis emballer le tout. Les "brokers", comme on les appelle, sont de plus en plus performants et leur souplesse attire la clientèle. "Il y a des consolidateurs de vols ou de voyages et maintenant, on voit apparaître des ‘consolidateurs’ de consolidateurs", s’amuse Jean-Luc Hans.

Les derniers commentaires qui circulent, qui explique(raie)nt la perte de marché des grands T-O, évoquent des nécessités de diversification, de voyages plus centrés vers l’écologie, les randonnées, la culture et on en passe. Oui, peut-être, dans certaines tranches d’âges qui "connaissent mieux". On retrouve ces tendances dans les années 1970 avec l’émergence des charters hyper-inconfortables. Mais les jeunes vieillissent et, de temps en temps, se disent que quinze jours en "all in", finalement, c’est assez reposant. Et plus facile à organiser.

Dès lors, oui, s’organiser tout seul, montrer qu’on peut mieux faire et puis se planter, c’est le privilège, disons, plutôt de la jeunesse. Et puis, viennent des voyages organisés pour la famille et le reste au fil de la vie. Les tour-opérateurs voient que les jeunes s’organisent pour leurs voyages, essayent de s’adapter. Et parfois, passent à côté des anciens.

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