interview

Laurent Levaux (Aviapartner): "Cette grève aurait pu être évitée facilement"

©Anthony Dehez

Les bagagistes d’Aviapartner ont avalisé mercredi le préaccord entre syndicats et direction, mettant ainsi un terme au plus long conflit qu’a connu Brussels Airport. Le président du groupe, Laurent Levaux, s’engage à mettre l’accord en œuvre "sans tarder". Mais il regrette qu’il ait fallu attendre six jours pour y arriver. Selon lui, cette grève "aurait pu être évitée facilement si les revendications avaient été formulées à temps".

Les bagagistes de la société Aviapartner (20% des effectifs) ont accepté mercredi matin le préaccord signé à 4h30 entre syndicats et direction. Le retour à la normale était palpable hier midi à l’aéroport de Zaventem et la société a lancé le plan de réacheminement des valises bloquées par les syndicats. Rencontre avec le président du groupe Aviapartner (présent dans 38 aéroports d’Europe, avec 7.000 personnes servant 400 compagnies), Laurent Levaux.

Êtes-vous satisfait de l’accord signé mardi matin?
Même s’il a été signé le couteau sur la gorge, je pense que c’est un bon accord et nous allons le mettre en œuvre dans la confiance et le respect mutuel sans tarder.

"J’ai vu que des syndicalistes arboraient un badge ‘Respect’. Eh bien, je crois que c’est ce qui a manqué dans ce conflit."

Aucune animosité?
Je regrette qu’il ait fallu attendre six jours pour cet accord. Si certaines des revendications avaient été formulées dans un préavis avant la grève, nous les aurions acceptées car elles étaient justifiées. J’ai vu que des syndicalistes arboraient un badge "Respect". Eh bien, je crois que c’est ce qui a manqué dans ce conflit. D’abord, le respect pour les passagers et pour ces vacanciers qui avaient longtemps économisé pour partir cette semaine. Je pense aussi au respect de la loi ou plutôt à son esprit. Comment accepter que des passagers d’EasyJet restent plus de trois heures bloqués dans un avion car ils n’ont pas d’escaliers pour sortir? Comment justifier qu’un avion d’Ethiopian ne soit pas déchargé de fleurs (qui ont pourri) ou empêché de prendre le chemin d’Amsterdam?

Les bagagistes représentent quel pourcentage de vos activités?
20%. Et c’est une partie de ces 20% qui a déclenché la grève. Et je pense avec respect et admiration au personnel en contact direct avec les passagers dans le hall de départ, aux comptoirs des compagnies clientes. Et face à des passagers nerveux et en colère, on peut les comprendre. Le président de la FGTB, Robert Vertenueil, avait dit qu’il allait "pourrir la rentrée qui sera chaude"; on en a eu un aperçu.

©Anthony Dehez

On a un peu l’impression que l’aéroport est particulièrement visé.
C’est parce qu’il offre le plus de visibilité médiatique. Quatre grèves en 60 jours, dont 3 sauvages (Avia, DHL, Swissport… mais le cargo, on en parle moins) et une du zèle (douaniers), je reconnais que c’est beaucoup. Et puis aussi, parce qu’il ne peut pas menacer de se délocaliser: l’emploi restera là.

D’où le sentiment de certains que vous n’attendrez qu’un signal pour vous déclarer en faillite.
Mais c’est ridicule! C’est certain que, de tous les pays où nous travaillons, c’est en Belgique que l’on rencontre le plus de difficultés sociales. Mais si nous avions voulu nous désengager, lors du renouvellement des licences, nous n’aurions pas présenté de dossier et nous aurions été exclus d’office, avec le transfert du personnel chez les autres handlers, ça ne nous aurait rien coûté.

On dit du personnel qu’il est sous-payé.
Nous occupions 880 personnes à Zaventem (moitié ouvriers, moitié employés) au 25 octobre, plus 78 intérimaires. Le salaire net moyen d’un ouvrier qui travaille 33 heures par semaine est de 2.200 euros par mois, ce qui semble être déjà 10% de plus que chez Swissport. Le travail sur le tarmac est pénible et demande beaucoup de flexibilité. Les low cost ont des temps de rotation de 30 minutes. Si l’un arrive en retard et l’autre en avance, il faut changer les équipes. Le lundi, on travaille plus que le mardi; en juillet plus qu’en février ou à la veille des vacances.

On parle aussi de pression sur les prix.
C’est exact. Les tarifs des prestations ont diminué de 30% en dix ans en euros réels. Les compagnies en difficulté font pression (Brussels Airlines a fait baisser les prix de 40% chez Swissport), les low cost font pression et chez nous, la flexibilité légale est plus rigide qu’en Allemagne ou en France. Swissport et Aviapartner ont été en perte en Belgique jusqu’en 2017. Cette année, on a redressé les résultats. Jusqu’à la grève, en tout cas. Six jours sans revenus, mais avec des coûts, on verra la facture. On doit aussi prévoir que le nouvel accord nous coûtera de l’ordre de 1 million d’euros par an en plus.

Et puis, il y a la nouvelle prime antigrèves…
… qui cette fois ne sera pas au prorata des jours prestés. Dont coût, 400.000 euros payables en mars 2019. C’est une sorte d’assurance contre les grèves sauvages.

Quid de votre matériel roulant?
On a dit qu’il est vétuste, mais je rappelle qu’il est audité tous les ans par l’Iata, les compagnies, la Direction générale transport aérien (DGTA). Dans l’accord, on trouve l’investissement pour de nouveaux véhicules électriques décidé avant la grève.

L’accord prévoit enfin un plan de recrutement.
Vingt-sept contrats intérimaires seront transformés en CDD, mais je vous épargne les détails des points de l’accord, sauf un: la loi prévoit qu’après 182 jours, un intérimaire doit avoir un contrat fixe; nous avons signé dans l’accord cette même disposition, mais après 120 jours. Encore une demande syndicale qui, si elle avait été proposée avant la grève, aurait été acceptée sans difficulté.

©Anthony Dehez

Finalement, on a quand même le sentiment que c’est le côté subit de cette grève, au lendemain du payement de la prime négociée en janvier pour garantir la paix sociale, qui vous a le plus heurté.
Oui car rien ne laissait présager cette grève sans préavis et sans cahier de revendication préalable. C’est la raison pour laquelle je préconise une loi en Belgique pour réguler les grèves comme à la SNCB.

Un service minimum?
Plus exactement, un système comme le prévoit la loi Diard en France. Depuis mars 2012, elle oblige en cas de grève dans les transports aériens, tous les salariés qui concourent directement à la réalisation des vols, à se déclarer gréviste au plus tard 48 heures avant. De cette manière, au moins, on peut prévenir les passagers et les compagnies. Maintenant, pourquoi pas aussi un service minimum? En Espagne, la loi prévoit un service minimum dans les secteurs importants comme le transport, les soins de santé ou la fourniture d’eau et d’électricité.

Enfin, l’accord prévoit un suivi "structurel et régulier" de tous les points évoqués, via les organes de concertation sociale.
Cela pour éviter la mauvaise expérience de cette longue grève sauvage, vous l’aurez compris. En améliorant le dialogue social et mieux encore montrer notre respect et notre attente à chaque membre des équipes d’Aviapartner.

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