Le ciel belge plus cher, au profit de nos aéroports

Les nouveaux tarifs de skeyes seront d'application dès janvier 2020. ©BELGA

Une plus grande partie des coûts du contrôle aérien sera répercutée dans les redevances "en route" à partir du 1er janvier. Les tarifs pour atterrir et décoller dans les aéroports belges vont donc diminuer. La mesure va notamment impacter Ryanair, le plus gros "client" de skeyes en Belgique.

Dès le 1er janvier prochain, les prix du contrôle aérien vont significativement évoluer en Belgique, a appris L’Echo. L’idée est de rendre plus compétitifs les aéroports belges en rendant les mouvements sur les aéroports moins chers et en reportant une partie des coûts de l’"approche" sur le contrôle aérien des avions "en route" dans le ciel belge.

"C’est un transfert vers l’attractivité des régions payé par tous les avions qui passent en Belgique. Dans la nouvelle méthode, la partie de l’approche sera intégralement intégrée dans le tarif en route et seule la partie vraiment ‘terminal’ sera encore facturée par les tours de contrôle. Cela veut dire que les tarifs pour décoller et atterrir seront plus bas et ceux pour transiter seront plus élevés", explique Johan Decuyper, CEO de skeyes (ex-Belgocontrol).

Seule la partie dans le périmètre direct de l’aéroport sera encore directement facturée pour les vols qui atterrissent et décollent des aéroports belges.

3 phases de contrôle, 2 redevances

Le contrôle aérien est séparé en trois phases. Une phase dans le giron direct des tours de contrôle des aéroports, une phase "en approche" et une dernière phase "en route". En fonction des aéroports, cette phase d’approche est gérée soit directement par les tours de contrôle, comme à Charleroi ou Liège, soit par des contrôleurs dans des salles comme à Steenockerzeel. Peu de gens savent en effet qu’à Zaventem le gros des troupes de contrôleurs aériens ne se situe pas dans la tour de contrôle adjacente à l’aéroport national, mais dans le centre de contrôle aérien, Canac 2.

Un avion qui réalise un Bruxelles-Madrid paiera ainsi 10% de moins dès le 1er janvier.

Deux types de redevances sont payées pour le trafic aérien, la redevance "terminal" et la redevance "en route". Jusqu’ici, une partie de l’approche était facturée aux compagnies qui atterrissaient sur les aéroports belges. C’était tout particulièrement le cas dans les aéroports wallons où tout le contrôle aérien d’approche est réalisé dans les tours de contrôle. En pratique, le Fédéral et la Région wallonne compensent ces coûts de contrôle aérien dans les aéroports wallons. Le contribuable paie en réalité celui-ci. À Zaventem, 25% des coûts du contrôle aérien sont payés par l’État.

Favoriser les aéroports

Dans la nouvelle tarification, l’idée est de mettre l’ensemble des coûts d’approche dans les coûts "en route" et plus rien dans les coûts liés aux terminaux, quel que soit le contrôleur qui s’occupe des avions. Ce faisant, tous les vols qui empruntent le ciel belge vont se partager les coûts de cette portion du contrôle aérien. Seule la partie dans le périmètre direct de l’aéroport sera encore directement facturée pour les vols qui atterrissent et décollent des aéroports belges.

186
euros
Sur un vol européen typique à Charleroi, le coût va passer de 354 euros à 186 euros.

La proportion des redevances payées entre l’"en route" et le terminal dépend beaucoup de la taille de l’espace aérien géré par les tours de contrôle. À Zaventem, à peine 20% de la redevance est facturée par le terminal. À l’inverse, à l’aéroport d’Anvers, 100% des coûts sont liés au terminal. À Charleroi, on parle de 77% pour le terminal et 23% pour l’"en route" et à Liège de 62% pour le terminal et 38% pour l’"en route".

À Zaventem, une partie de l’approche était déjà intégrée aux tarifs "en route". En intégrant la partie restante de l’approche dans l’"en route", cela va se traduire directement par un gain de compétitivité. Un avion qui réalise un Bruxelles-Madrid paiera ainsi 10% de moins dès le 1er janvier.

Dans le cas des aéroports wallons, la part du lion des gains se situe au niveau du contribuable. Pour un Liège-Tel Aviv par exemple, le prix du contrôle aérien coûte plus de 1.000 euros en Belgique. Avec les nouveaux tarifs, il sera divisé par deux. Sur un vol européen typique à Charleroi, le coût va passer de 354 euros à 186 euros. Il faudra donc avoir un débat politique pour savoir qui va bénéficier de la diminution de coûts du contrôle aérien en Belgique. Aujourd’hui, Régions et Fédéral coupent environ la poire en deux dans les aéroports wallons.

Nous sommes un des derniers pays à prendre cette mesure, ce qui permettra de jouer sur un pied d’égalité avec les pays limitrophes.
Johan Decuyper
CEO de skeyes

En attendant l'avis des autorités européennes 

Les nouveaux tarifs auront cours pour la période 2020-2024. "Dans le plan de performance européen, on doit rentrer nos coûts et nos prévisions de trafic. On a donc changé l’analytique des coûts de la partie de l’approche", détaille Geoffray Robert, en charge de la stratégie et de la performance chez skeyes.

Les nouveaux prix ont été proposés aux autorités européennes par la direction générale Transport aérien (DGTA) et son ministre de tutelle, François Bellot (MR). Les autorités européennes doivent se prononcer dès février, mais les tarifs seront d’application dès janvier. Il y a peu de chance que les tarifs soient refusés dans la mesure où cette façon de faire a déjà été actée par plusieurs pays limitrophes.

"Je suis arrivé fin 2013 et les tarifs 2014-2019 étaient déjà introduits et il n’était plus possible de changer. Nous sommes un des derniers pays à prendre cette mesure, ce qui permettra de jouer sur un pied d’égalité avec les pays limitrophes", détaille Decuyper.

L'impact sur Ryanair

Le plus gros "client" de skeyes, à savoir celui qui lui paie le plus d’argent pour le contrôle aérien en Belgique, est Ryanair. La société ne paie pas de redevances à l’aéroport de Charleroi, mais paie de grosses redevances pour tous ses vols qui passent dans le ciel belge et également des redevances à l’aéroport de Bruxelles-National. Avec ce changement tarifaire, Ryanair paiera donc davantage pour le contrôle aérien de ces vols passant dans le ciel belge. Mais la mesure tarifaire de skeyes permet de répercuter les tarifs de l’approche sur un nombre conséquent de vols, y compris les long-courriers. Ce qui fait que l’augmentation unitaire restera raisonnable.

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