Le coronavirus, un énorme manque à gagner pour les compagnies aériennes

La semaine dernière, l'IATA tablait sur une baisse de près de 5% du trafic aérien mondial. C'était avant la contamination de l'Italie.

Le coronavirus pourrait entraîner une baisse de 4,7% du trafic aérien mondial. Il s’agirait du premier recul du trafic depuis 2009.

Tant que l’épidémie (pandémie?) de Covid-19 n’est pas estompée, il est impossible de prédire quel sera son impact sur l’industrie en général, celle du tourisme en particulier. Tout juste les acteurs du terrain peuvent-ils percevoir des tendances. Ainsi, les voyageurs commencent à se demander si se retrouver confiné dans un lieu clos comme un navire de croisière est indiqué. Sur les 3.700 passagers et membres d’équipage du Diamond Princess, 630 ont contracté le Coronavirus.

On sait que Carnival, MSC, Royal Carribean et d’autres ont annulé leurs départs prévus de ports chinois. Mais il suffit d’un seul voyageur contaminé, pas nécessairement chinois, pour qu’il y ait risque de contagion. S’il faut passer sa croisière dans sa chambre… Et un agent de voyage de nous commenter: "En cette saison, ce sont surtout les retraités qui voyagent et, comme on le sait, ce sont les personnes âgées qui sont le plus à risques."

En cette saison, ce sont surtout les retraités qui voyagent et, comme on le sait, ce sont les personnes âgées qui sont le plus à risques.
Un agent de voyage

Dans le même ordre d’idée, l’annulation du Carnaval de Venise va porter un mauvais coup au tourisme local et aux recettes espérées. Ce ne sont que quelques exemples, non chiffrables pour l’heure, mais l’Association du transport aérien international (Iata) est plus précise dans ses prévisions. S’exprimant à New York, Brian Pearce, Chief Economist de l’Iata est resté prudent: "La mauvaise nouvelle est que l’impact financier sera sévère, mais la bonne nouvelle est que lors de la précédente épidémie, il y a eu reprise six mois après le pic de l’infection."

Comme le SRAS?

Pearce faisait référence à l’épidémie de SRAS (Syndrome respiratoire aigu sévère) qui a affecté le transport aérien en 2003/2004. Mais rien ne dit que le Covid-19 se "comportera" de la même manière. Déjà, il a été plus meurtrier et s’est répandu plus vite. Le SRAS, lui, s’était concentré en Asie; ce n’est pas le cas, cette fois.

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D’une manière générale, l’Iata table sur une diminution de 13% de la demande du secteur passagers en Asie-Pacifique cette année.

D’une manière générale, l’Iata table sur une diminution de 13% de la demande du secteur passagers en Asie-Pacifique cette année. Comme la croissance prévue était de 4,8%, la contraction devrait être de 8,2%, occasionnant des pertes de recettes de 27,8 milliards de dollars dans le "Pacific Rim", dont une bonne partie en Chine, où les transporteurs perdraient 12,8 milliards de dollars sur leur seul marché intérieur. Mais toute la région sera touchée, car 42% des revenus des compagnies dans la région viennent des marchés chinois. Air New Zealand a déjà annoncé un avertissement sur résultats avec une diminution de 22 à 47 millions de dollars de ses premières estimations.

"Si le seul foyer infecté d’envergure demeure la Chine, les compagnies non chinoises qui desservent la région devraient subir une perte de recettes de 1,5 milliard de dollars. Au total, le manque à gagner avoisinerait les 29,3 milliards de dollars, ce qui se traduirait par une baisse de 4,7% du trafic mondial", a estimé Alexandre de Juniac, CEO de l’Iata, fin de semaine dernière à New York, lors d’un symposium. Il s’agirait du premier recul du trafic depuis 2009. Il faut aussi désormais tenir compte de la contamination du nord de l’Italie. 

Au total, le manque à gagner avoisinerait les 29,3 milliards de dollars, ce qui se traduirait par une baisse de 4,7% du trafic mondial.
Alexandre de Juniac
CEO de l’Iata

Et c’est la raison pour laquelle les actions de compagnies qui ne desservent pas la Chine (mais bien l’Italie) sont également touchées. C’est le cas, en Europe, des low costs EasyJet (-12%), Ryanair (-10%) ou Wizz Air (-8,5%). Bien entendu, les compagnies intercontinentales sont impactées aussi et toutes bien plus que la baisse moyenne des bourses européennes: Air France-KLM accusait mardi un recul de 9%, SAS (Scandinavie) de 8,5%, Lufthansa de 8%, IAG (British Airways/Iberia/Aer Lingus…) de 7% et TUI Group de 8%. L’affaire de Tenerife ne va rien arranger.

Certaines compagnies perçoivent l’inquiétude de leurs clients et proposent des reports de voyages sans frais. C’est par exemple le cas de la compagnie grecque Aegean pour tous ses clients qui ont réservé des vols jusqu’au 20 mars.

Mauvaises surprises…

Il faut dire aussi qu’au-delà du fait de se retrouver confiné dans une chambre d’hôtel ou de bateau, les autorités de certains pays prennent parfois des initiatives inattendues. Ainsi, en est-il de cet avion de Korean Air (KAL) assurant la liaison entre Séoul et Tel Aviv qui a été obligé de rebrousser chemin avec la quasi-totalité de ses passagers. Seuls douze passagers israéliens ont pu débarquer (et ramenés chez eux en ambulance). Les vols de KAL de lundi et de mardi sur Israël ont été annulés. Il semblerait que les frontières du pays soient aussi interdites désormais aux Japonais.

Après la crise économique entre la Chine et les Etats-Unis et l’arrêt des livraisons des Boeing 737 Max, le Covid-19 risque de causer du tort à l’aérien. "Ce sera une année difficile", consent Alexandre de Juniac. Bel euphémisme.

 

CEO de l’Iata

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