Le nœud gordien que vit Brussels Airlines

©REUTERS

Entre une aide d’État qui traîne faute de garanties, une maison mère fébrile en assemblée générale et des partenaires sociaux (très) hésitants, Brussels Airlines louvoie dans un (pas si) drôle de labyrinthe.

Ce lundi, direction et syndicats de Brussels Airlines se sont retrouvés pour aboutir à un accord social pour l’avenir de la compagnie. À l’issue de la réunion, les réactions étaient plus que mitigées. Selon Didier Lebbe, représentant de la CNE, si quelques points étaient acceptables sur le social ou les salaires, il en allait tout autrement sur la flexibilité et la productivité : "Nous allons proposer un texte – quand nous en aurons un – aux affiliés, mais je ne peux pas garantir que ça passera." Surtout, le syndicaliste reproche la méthode de négociation: "C’est du style 'si vous ne signez pas, c’est la faillite, faute de financement', c’est inacceptable. Dans les autres pays, on finance et puis on restructure. Ici, non."

Il a adressé à son personnel un courrier qui se veut rassurant. Quoi qu’il arrive, tout le monde sera payé le 25 juin comme prévu.
Dieter Vranckx
CEO de Brussels Airlines

La veille, Dieter Vranckx, CEO de Brussels Airlines (SN), a adressé à son personnel un courrier qui se veut rassurant. Quoi qu’il arrive, tout le monde sera payé le 25 juin comme prévu. Pourquoi cette précision? Parce que des inquiétudes se font jour à propos de l’assemblée générale de Lufthansa (qui a 100% des parts de SN) qui pourrait refuser le plan de refinancement par l’État allemand. Il faut admettre que cela pourrait changer la donne pour toutes les filiales, dont SN.

Quoi qu’il en soit, les jours qui viennent seront importants. Rappelons qu’il y a (au moins) deux dossiers importants sur la table :

1. L’aide de l’État belge à SN de l’ordre de 300 millions qui devrait faire l’objet de garanties pour l’emploi belge et assortie de sanctions en cas de non-respect.

2. Des accords de restructuration avec les syndicats et les unions professionnelles, une exigence de Lufthansa.

La négociation avec Brussels Airlines, "c’est du style "si vous ne signez pas, c’est la faillite, faute de financement", c’est inacceptable. Dans les autres pays, on finance et puis on restructure. Ici, non".
Didier Lebbe
représentant de la CNE

Dans le même temps, Brussels Airlines doit redémarrer ses opérations dans les conditions que l’on connaît avec des coûts importants et des rentrées insuffisantes. Non, les passagers ne sont pas au rendez-vous. Et on n’est pas encore en juillet non plus. D’autant plus que des rumeurs dans certains journaux d’un lâchage de SN par Lufthansa n’incitent pas les passagers à réserver.

Situation critique

Le problème est qu’on se trouve aussi en "procédure Renault". Après de premières discussions, il faut une dizaine de jours pour "informer" et puis attendre encore autant pour écouter des "contre-propositions". Oui mais n’avons-nous pas entendu qu’au 15 juin (c’est passé, oui), Brussels Airlines serait à court de liquidités? Maintenant on parle du 30 juin, mais c’est pareil; la procédure Renault nous amène en juillet.

Et donc, dans le même temps, Brussels Airlines doit redécoller au plus vite sur ses marchés. Franchement, est-ce que cela attire la confiance? Et puis, tiens, encore une escarbille pour faire souffrir. Il nous revient que le business plan de Brussels Airlines ne plaît pas à Lufthansa. S’il ne plaît pas à la maison mère et à certains syndicats, c’est déjà ennuyeux.

Comme on l’aura compris, le dossier est inextricable. Tout le monde regarde tout le monde en attendant que quelque chose bouge. SN aurait intérêt à se montrer belle avant l’assemblée générale de Lufthansa jeudi, mais cela semble compliqué. Et si la compagnie allemande veut les millions de la Belgique, elle devra d’abord le faire accepter par ses actionnaires. Rien, mais alors rien, n’est gagné et ça risque de coûter cher.

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