Le prix du fuel impactera les chiffres des compagnies aériennes en 2018

Avec 38 milliards USD de bénéfices, le transport aérien mondial a probablement atteint son pic. L’Iata, en assemblée générale à Sydney jusqu’à aujourd’hui, craint surtout une hausse des prix du carburant. Mais d’autres contraintes se font jour, telle une possible guerre commerciale voulue par les Etats-Unis.

Depuis 2010, les quelque 290 compagnies aériennes (82% du trafic mondial) membres de l’Association du transport aérien international (Iata) réalisent globalement des bénéfices. Et ceux-ci ont progressé régulièrement. C’est peut-être fini (on disait ça déjà l’année dernière), mais il n’y a pas de quoi paniquer, puisque le résultat global devrait tourner cette année-ci autour des 33,8 milliards de dollars. Avec 4,36 milliards de passagers transportés, le profit par voyageur serait donc de 7,76 dollars, soit une marge de 4,1% sur la recette globale de 834 milliards d’USD.

"Tout le monde admettra que c’est très insuffisant pour consentir les investissements futurs et à comparer à d’autres secteurs."
Alexandre de Juniac
directeur général de l’Iata

"Tout le monde admettra que c’est très insuffisant pour consentir les investissements futurs et à comparer à d’autres secteurs", a relevé Alexandre de Juniac, directeur général de l’Iata. Plusieurs facteurs devraient expliquer ce recul du bénéfice: une inflation des dépenses, notamment sur le plan social et en matière de carburant. Sur ce plan, Brian Pearce, Economiste en chef de l’Iata, mise sur un prix moyen de 70 dollars le baril pour l’ensemble de l’année, avec une hausse allant jusqu’à 84 dollars, soit 26% de plus qu’en 2017. Le fuel devrait de nouveau compter pour 24,2% des coûts totaux des compagnies.

D’autres risques

Chiffres clés
  • Bénéfice net attendu pour 2017: 38,0 milliards USD
  • Bénéfice net attendu pour 2018: 33,8 milliards USD
  • Marge bénéficiaire 2018: 4,1%
  • Prix moyen du baril de fuel 2018: 70 USD
  • Différence avec 2017: +27,5%
  • Passagers attendus en 2018: 4,36 milliards (+6,5%)
  • Volume de cargo 2018: 63,6 millions de tonnes (+4%)
  • Avions à livrer en 2018: 1.900
  • Compagnies membres de l’Iata: 290 (82% du trafic mondial)

 

A Sydney, on perçoit tout de même une certaine fébrilité. La géopolitique réserve souvent des surprises, mais dans le cas présent, les interrogations sont nombreuses. Par exemple à propos de la guerre commerciale qui menace les relations entre les Etats-Unis et le reste du monde. "Nous avons toujours été pour la suppression des barrières", a rappelé de Juniac, tout en reconnaissant que, pour l’instant, il n’y a pas eu d’"effet Trump" ni en passagers, ni en fret.

Autre interrogation, le Brexit. Là aussi, le patron de l’Iata rappelle que le slogan de l’association est le "Business de la liberté". "Ça vaut aussi bien pour le Qatar (sous embargo de ses voisins) que pour le Brexit. À l’Iata, nous ne faisons pas de politique, nous ne voulons que faire valoir nos besoins. La seule chose concernant le Brexit est que nous aimerions être prévenus six mois à l’avance de ce qu’on nous réserve." C’est-à-dire, au plus tard à l’automne, quand on prépare les horaires et les fréquences de la saison d’été. En tout cas, ce n’est pas gagné.

Pour le reste, l’Iata combat toujours ses mêmes ennemis: les taxes de plus en plus élevées, la sous-capacité aéroportuaire, les demandes syndicales (que de Juniac a bien connues chez Air France), les réglementations aberrantes et sans concertation (mettre les appareils électroniques en soute; les mesures américaines anti-immigration…) ou des initiatives curieuses, telle celle qu’étudie le Sénat américain pour fixer les tarifs pour les annulations, changements de réservation, sélections de sièges, etc.

Faciliter la vie des passagers

Au lieu de cela, l’Iata suggère que l’on facilite la vie des passagers. Par exemple, en ne leur imposant pas des contrôles à répétition, comme dans des aéroports de transit. Très clairement, la balle est ici dans le camp des gouvernements. Lesquels sont d’ailleurs interpellés par les compagnies aériennes pour résister à la tentation de privatiser les aéroports, sans plus exercer de droit de regard. "Parmi les six aéroports les plus prisés par les passagers (Singapour, Incheon, Hong Kong, Munich, Doha), un seul (Tokyo Haneda) est privé", a relevé Nick Careen, responsable des aéroports à l’Iata.

"Parmi les six aéroports les plus prisés par les passagers (Singapour, Incheon, Hong Kong, Munich, Doha), un seul (Tokyo Haneda) est privé."
Nick Careen
responsable des aéroports à l’Iata

Ce que craignent les transporteurs, évidemment, c’est la recherche du profit rapide sur leur dos. Et pour elles, l’argument de la concurrence ne joue pas. "Peut-être lorsqu’un voyageur peut choisir par quel aéroport il va transiter en escale, mais pas lorsqu’il doit se rendre dans telle ou telle ville", a insisté Goh Choon Pong, CEO de Singapore Airlines.

Dans la même veine, l’idée de céder les créneaux aéroportuaires aux enchères paraît être une très mauvaise idée aux yeux de l’Iata : "Les compagnies qui profiteraient de ce système seraient celles aux poches profondes et ce ne serait pas un partage équitable entre compagnies de toutes natures", a martelé Alexandre de Juniac: "Ce dont nous avons besoin, c’est de plus de capacité. Croire que la privatisation serait la solution est une erreur." Bref, l’Iata demande aux gouvernements un maximum de vigilance dans ce dossier.

 

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