Le transport aérien mondial perdra près de 120 milliards de dollars en 2020

Le défi des compagnies aériennes? Retrouver la confiance des voyageurs selon l'Iata. ©Photo News

Le transport aérien mondial ne se porte pas bien et c’est un euphémisme. Malgré 173 milliards de dollars d’aides dans le monde, il vacille et les perspectives sont inquiétantes.

C’est une première depuis sa création après la guerre, l’assemblée générale de l’Association du transport aérien international (Iata) s’est tenue mardi "à Amsterdam" en téléconférence. Pas de networking, donc, de bons dîners de gala organisés par Airbus ou Boeing, ni de balades dans les rues d’Amsterdam.

Il faut dire que, coronavirus obligeant, la situation est exceptionnelle et risque bien de perdurer. Brian Pearce, économiste en chef de l’Iata, indiquait mardi matin qu’il faudra s’attendre à une perte globale de l’industrie de 118,5 milliards (oui, milliards) de dollars pour 2020, soit plus que les 84,3 milliards prévus en juin et encore une perte (au mieux) de 38,7 milliards en 2021, pour autant qu’il y ait eu reprise des activités.

"Financièrement, 2020 sera la pire année de l’histoire de l’Iata et 2021, la deuxième pire année."
Alexandre de Juniac
Directeur général de l’Iata

Rien n’est garanti. S’exprimant pour la dernière fois comme directeur général de l’Iata (il sera remplacé en avril prochain par Willie Walsh, ex-Aer Lingus et British Airways) devant l’assemblée générale, Alexandre de Juniac a rappelé que, malgré une compression des coûts de 45,8%, les transporteurs ont subi une chute des revenus de 60,9%, "soit une perte de 66 dollars par passager transporté cette année". Et d’ajouter: "Financièrement, 2020 sera la pire année de l’histoire de l’Iata et 2021, la deuxième pire année." Et ceci en dépit de subsides publics qui, dans le monde, se sont déjà élevés à 173 milliards de dollars "sans lesquels, plusieurs compagnies seraient déjà en faillite".

Trafic réduit de moitié

Les compagnies ne transporteront que 1,8 milliard de passagers cette année, soit 60,5% de moins que les 4,5 milliards de 2019 (soit autant qu’en 2013). Quant aux recettes, elles vont tomber à 191 milliards de dollars, moins d’un tiers des 612 milliards de l’an dernier. Les seuls marchés qui vont tirer (un peu) leur épingle du jeu seront ceux qui disposent d’un vaste réseau domestique, telles la Chine et la Russie, dont la baisse devrait tout de même atteindre 49%.

1,8 milliard
de passagers transportés
En 2019, les compagnies n'auront transporté que 1,8 milliard de passagers, soit 60,5% de moins qu'en 2019

Le cargo peut-il venir à la rescousse? C’est vrai qu’on va avoir besoin de quelque 8.000 gros-porteurs style 747 (dont on se débarrasse…) pour acheminer les vaccins, mais ce seront surtout des Full Cargo équipés des équipements de conservation adéquats. Mais, malgré cela, même si le cargo représentait 12% du chiffre d’affaires des compagnies en 2019 et atteindra 36% en 2020, les 54,2 millions de tonnes transportées cette année demeurent inférieures aux 61,3 millions de tonnes de 2019.

Rétablir la confiance des voyageurs

L’Iata a martelé une fois de plus l’importance des tests anti-Covid 19 avant embarquement, plutôt que les quarantaines à destination, ainsi que l’ouverture des frontières et si cela se réalise à la mi-2021 (ce n’est pas gagné, malgré le vaccin), le chiffre d’affaires de l’année qui vient pourrait monter à 459 milliards de dollars (838 milliards en 2019 pour rappel) et le nombre de passagers monter à 2,8 milliards.

Mais tout ceci est de la théorie, voire de la spéculation. Car, en définitive, tout dépendra de l’évolution de la pandémie, de son évolution dans les différentes régions du monde, des règles disparates selon les pays (c’est pourquoi l’Iata demande une harmonisation mondiale avec tests y compris pour les vaccinés) et surtout – surtout! – de la confiance des voyageurs. Mis à mal par des annulations, des bons à valoir impossibles à transférer, voire des changements de réglementation alors qu’ils sont à l’étranger, ceux-ci se méfient aujourd’hui. Voyager huit heures avec un masque? Non merci. Arriver à l’aéroport et se voir refuser l’embarquement? Le passager a perdu confiance. La lui redonner sera un travail de longue haleine.

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