Le transport aérien s'attend à un ralentissement de sa croissance

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La guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis et le protectionnisme nuiront au développement du cargo aérien. Les perspectives pour 2019 paraissent néanmoins bonnes quoiqu’avec une faible marge bénéficiaire. Les menaces de taxes écologiques incitent les compagnies à mieux communiquer sur leurs réalisations.

Vingt-huit milliards de dollars. Tel devrait être le bénéfice global de l’industrie du transport aérien cette année, selon les chiffres publiés par l’Association du transport aérien international (Iata) dimanche à Séoul (Corée du Sud). Cette prévision est en baisse par rapport à celle de 35,5 milliards annoncée en décembre dernier. Le profit serait également en recul par rapport aux 30 milliards de 2018.

En cause, une augmentation des produits pétroliers et un affaiblissement du commerce mondial. Ainsi, pour Brian Pearce, Économiste en chef de l’Iata, le transport de fret ne connaîtra aucune croissance cette année : "L’Europe en sera affectée, car elle est très sensible aux mouvements du commerce international." À noter toutefois que la région qui connaît le ralentissement le plus sensible depuis 2012 est le Moyen-Orient qui est passé d’une croissance à deux chiffres (+15%) à 5% en 2018 et, incidemment de la première place en croissance à… la dernière.

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Le chiffre d’affaires devrait atteindre 865 milliards de dollars (+6,5%) pour des coûts évalués à 822 milliards (+7,4%). Cela laisse une marge bénéficiaire de 3,2%, "ce qui est loin derrière les 20% ou plus d’entreprises comme Google ou Apple", devait ajouter Alexandre de Juniac, le directeur général de l’Iata. Le bénéfice par passager devrait donc se situer aux alentours de 6,12 dollars, ce qui est moins que les quatre dernières années, mais toujours supérieur aux années d’avant 2015.

Des menaces

Parmi les coûts qui vont grimper, celui du carburant. L’Iata le voit à une moyenne annuelle de 70 dollars le baril, soit 27,5% de plus qu’en 2017. Il devrait compter pour un quart des dépenses opérationnelles des compagnies. Le secteur du cargo devrait en outre être affecté par les menaces de protectionnismes nationaux, mais surtout par la guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis, estime l’Iata. Après une bonne année 2017 (+9,7%), la demande cargo a ralenti à une hausse de 3,4% en 2018 et devrait se situer au niveau zéro cette année (63,1 millions de tonnes pour 63,3 millions l’an dernier).

Côté passagers, ils devraient être de l’ordre de 4,6 milliards en 2019, ce qui représente une hausse de 5% estimée en passagers-kilomètres. Cette tendance haussière devrait être favorisée par un prix moyen relatif du billet d’avion (avant surcharges et taxes) toujours plus bas. Il se situerait cette année autour de 317 dollars aller-retour (-10 dollars par rapport à 2018 en termes réels), soit 61% de moins qu’en 1998 après ajustement de l’inflation.

Alexandre de JUniac, directeur général de l’Iata ©AFP

Le trafic aérien devrait doubler au cours des vingt prochaines années, avec une croissance soutenue dans les pays en voie de développement. La Chine et l’Inde devraient se partager environ 45% de la clientèle additionnelle, selon de Juniac. Dans ce contexte, on peut craindre pour la saturation de l’espace aérien et des aéroports, ainsi que pour l’environnement.

Selon les chiffres d’Eurocontrol, les transporteurs ont souffert en 2018, en Europe, de 19,1 millions de minutes de retards pour le seul trafic en-rout: "Cela représente 36 ans de temps perdu et une addition insupportable de 5,6% de l’empreinte carbone européenne. La cause en est une mauvaise gestion de la capacité et un manque de personnel." Et d’ajouter que la situation est tout aussi préoccupante en Chine, aux États-Unis, dans le Golfe et encore ailleurs.

Ainsi en est-il du Mexique, où le nouveau gouvernement a interrompu la construction d’un bien nécessaire nouvel aéroport pour remplacer l’actuel sursaturé. Parmi les autres aéroports à problèmes, São Paulo, New York, Londres, Amsterdam, Bangkok ou Sydney. Heureusement, il y a le nouvel aéroport d’Istanbul…

Aider au lieu de pénaliser

"L’impact environnemental par passager a été divisé par deux comparé à 1990"
Alexandre de Juniac
Directeur général de l’Iata.

Les questions environnementales demeurent au cœur des préoccupations des compagnies aériennes. Surtout quand le prix du fuel prend une part plus importante dans les dépenses. "L’impact environnemental par passager a été divisé par deux comparé à 1990, a rappelé Alexandre de Juniac : "Et d’ici à 2050, on diminuera de nouveau de moitié nos émissions de carbone, par rapport aux niveaux de 2005." Fort bien, mais comment ?

"Les gouvernements doivent soutenir les recherches pour de nouveaux types de carburant, mais trop nombreux sont ceux qui préfèrent se contenter de taxes environnementales punitives."
Alexandre de Juniac
Directeur général de l’Iata.

De Juniac admet qu’une partie des cartes n’est pas dans son jeu : le contrôle aérien, par exemple. Ou les recherche pour les carburants alternatifs : "Les gouvernements doivent soutenir les recherches pour de nouveaux types de carburant, mais trop nombreux sont ceux qui préfèrent se contenter de taxes environnementales punitives. C’est de l’hypocrisie : mettre de l’argent dans les coffres des gouvernements ne servira en rien à la réduction de l’émission de carbone." Ailleurs, comme en Suède, on propage la notion de "honte de voler". À cet égard, le directeur général de l’Iata nous a confié avoir été auditionné au parlement suédois et qu’il y a rencontré des députés ignorant des bases mêmes du transport aérien. "

D’où, pour lui, l’urgence de communiquer sur ces questions, de faire comprendre ce que fait le transport aérien en matière environnementale et ce qu’il apporte à la planète. Il a raison de parler d’urgence : dimanche à Séoul, la commissaire européenne aux Transports Violeta Bulc s’est fendue d’une petite phrase qui a mal passé la rampe : "Le prix (du billet) des voyageurs en avion couvre grosso modo les frais d’infrastructures, mais pas les coûts environnementaux."

Et pour rester dans l’air du temps, Alexandre de Juniac a plaidé pour une meilleure représentativité des femmes dans le transport aérien qui emploie 10,2 millions de personnes, en majorité masculine. "Les femmes ne sont pas représentées à parts égales dans les fonctions dirigeantes et c’est un gros problème. La diversité est une force. (…) Nous ne prenons pas assez avantage de ce réservoir de talents qui nous seraient utiles pour progresser."

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