Lente reprise de la production chez Asco, victime de cyberattaque

©Dries Luyten

L’unité la plus impactée a été celle de Belgique, où de nombreux travailleurs seront encore au chômage technique jusqu’au week-end.

C’est "le" sujet du moment sur le stand des Belges au Salon du Bourget: l’attaque informatique, dont a été victime l’entreprise flamande Asco le 11 juin dernier et dont les effets se feront encore sentir jusqu’à la fin du week-end, au moins. Cette cyberattaque avec demande de rançon ("ransomware") a touché toutes les usines du groupe, c’est-à-dire celles de Zaventem, mais aussi celles de Gedern (Allemagne), Stillwater (Etats-Unis) et Delta (Vancouver – Canada).

Selon Vicky Welvaert, responsable des ressources humaines et officiant comme porte-parole dans cette situation hors-normes, les usines allemande et américaine ont repris à plein régime, mais des problèmes subsistent encore au Canada et en Belgique, où le chômage technique d’une partie du personnel est maintenu.

Il faut savoir que le redémarrage des systèmes informatiques est une opération très délicate, car il faut progresser précautionneusement pour éviter toute récidive. Par ailleurs, dans le même temps, il faut mener une enquête pour connaître l’origine de la malveillance (si tant est qu’on pourra le savoir un jour). Rappelons que plainte a été déposée à la police fédérale.

Dans ces conditions, y a-t-il un risque de rupture de production ? Il faut savoir qu’Asco pratique le "lean management", ce qui suppose des fournitures à des moments précis pour éviter le stockage des pièces. Dès lors, un grain de sable dans la mécanique peut s’avérer pénalisant. Chez Airbus, au Bourget, on estime que "le problème Asco est résolu". Tant mieux, parce que sur certains produits, comme les rails de bords d’attaque ou de volets, l’entreprise est la source unique d’approvisionnement. "Des risques, il y en a toujours, mais nous nous employons à les mitiger au maximum", consent Welvaert.

Cela dit, d’une manière générale, il est un peu trop tôt pour pouvoir mesurer l’impact sur la production: "Pour le savoir, nous devons pouvoir utiliser l’outil informatique et comme celui-ci est à manier avec précaution à l’heure actuelle…". Logique.

Avec Spirit

Cette attaque est intervenue alors qu’Asco, entreprise de la famille Boas, négocie la reprise du groupe par la société américaine Spirit AeroSystems (pour une somme estimée à 650 millions d’USD). La bonne nouvelle est que les autorités européennes de la concurrence ont donné leur blanc-seing à cette reprise. En toute logique, les tractations devraient être terminées pour cet automne.

L’entreprise emploie 1.500 personnes, dont les deux tiers en Belgique. Sa spécialité, ce sont les métaux durs (titane, etc.) qui doivent allier légèreté (pour limiter le poids des avions) à résistance (pour soutenir les forces qu’exige l’aéronautique). D’où les rails sur lesquels se meuvent les ailes ou des trains d’atterrissage.

Véritable spécialiste mondial, Asco est présente sur la plupart des grands programmes d’Airbus, de Boeing, de Bombardier ou d’Embraer, mais aussi – déjà! – sur le F-35 de Lockheed Martin, via son unité canadienne du côté de Vancouver. Son union avec Spirit ne fera que renforcer son poids à l’échelon mondial.

Pas concernée par le Max 8

Comme on le sait, tous les Boeing 737 Max sont cloués au sol. Suite aux accidents des deux Max 8 de Lion Air (Indonésie) et Ethiopian dans des circonstances identiques, ils attendent d’être recertifiés par la FAA américaine et l’EASA européenne. Un malheur n’arrivant pas seul, Boeing a annoncé qu’un certain nombre de 737 Max produits au cours d’une période présentaient des défauts au niveau des rails de bord d’attaque.

Asco en serait-elle la cause ? Renseignements pris au Bourget, un haut cadre de l’entreprise de Zaventem nous a assuré qu’elle n’était aucunement concernée: "Nous avons effectivement travaillé sur le 737 Max, mais Boeing n’avait pas renouvelé le contrat. Et les appareils concernés ne sont justement pas ceux pour lesquels nous avons fourni des pièces." On serait tenté de dire "ouf !", mais il y a une bonne nouvelle pour Asco: Boeing a repris langue avec la société pour (re)travailler sur le 737 Max. La qualité a un prix.

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