analyse

Les 737 MAX cloués au sol en Europe mais pas aux USA

©AFP

L’Europe a suspendu à son tour ce mardi les vols de Boeing 737 MAX, emboîtant le pas à plusieurs pays asiatiques après la catastrophe aérienne en Éthiopie.

Deux jours après le crash d’un Boeing 737-8 MAX d’Ethiopian Airlines, la liste des pays et des compagnies aériennes ayant décidé de clouer les appareils du même modèle s’est très sérieusement allongée, laissant entrevoir une impression de panique dans le monde du transport aérien.

Bien qu’aucun élément précis n’ait encore permis de déterminer les causes de l’accident, la probabilité que celui-ci ait été provoqué par un problème de conception au niveau des logiciels de commande a poussé de nombreux pays, notamment européens, à bannir ce mardi l’appareil de Boeing de leurs cieux.

A vendre

Boeing dégradé

À Wall Street, DZ Bank est devenu le premier intermédiaire en près de deux ans à dégrader Boeing à "vendre", avec un objectif de cours ramené à 333 dollars – le plus bas des analystes de la place. Depuis le crash de dimanche qui a fait 157 morts, au moins sept des 24 analystes de Wall Street qui couvrent Boeing ont revu leur évaluation, mais seulement deux ont abaissé leur recommandation et un seul a réduit son objectif de cours, selon les données Refinitiv. L’opinion médiane de Wall Street reste acheteuse, comme il y a un mois, et l’objectif de cours moyen est un dollar plus haut qu’il y a un mois. L’action a poursuivi sa chute à New York ce mardi après un recul de 5,4% lundi.

Interdire à un avion de voler est une décision qui ne relève pas d’une seule autorité. Elle peut d’abord être le fait d’un transporteur aérien lui-même. C’est ce qu’ont notamment fait dans le cas présent Ethiopian Airlines (la principale concernée) mais aussi Turkish Airlines, Icelandair, Norwegian Air Shuttle ou le groupe TUI, dont la flotte comprend 4 appareils de la société belge TUI fly.

Par le passé, l’australienne Qantas avait arrêté quelques jours ses A380 suite à la défaillance d’un moteur sur un appareil.

Cette avalanche d’interdictions de vol, tant par des pays que par des compagnies aériennes, est inédite.

La Belgique s’aligne

L’interdiction peut aussi venir d’une autorité nationale de l’aviation civile. Ce sont elles qui sont montées au créneau ce mardi dans la journée au Royaume-Uni, en France, en Allemagne, en Italie, en Irlande ou aux Pays-Bas, bannissant les Boeing 737 MAX de l’espace aérien de tous ces pays. La veille, plusieurs pays d’Asie, d’Océanie et du Golfe avaient déjà pris les devants. En fin de journée, le ministre de la Mobilité François Bellot a annoncé que la Belgique ferait de même.

Troisième acteur potentiel: l’autorité qui a délivré le certificat de type, un document qui certifie que l’appareil répond à des spécifications assurant sa navigabilité. Pour les Etats-Unis, c’est la Federal Aviation Administration (FAA). Son alter ego en Europe est l’Agence européenne de la sécurité aérienne (Aesa), une agence de l’Union européenne. Celle-ci a mis tout le monde d’accord en annonçant en fin de journée ce mardi un bannissement général de l’appareil de Boeing de l’espace aérien européen.

La FAA temporise

De son côté, la FAA s’était contentée lundi de demander à Boeing des changements logiciels et sur le système de contrôle pour éviter les décrochages (MCAS). Une attitude qui contraste avec la vague de défiance manifestée par le reste du monde. Il est vrai que la FAA ne sort pas facilement l’artillerie lourde: ces quatre dernières décennies, elle n’a cloué au sol une flotte complète d’avions qu’à deux reprises, notamment début 2013, suite à une série exceptionnelle d’incidents sur les batteries des 787 Dreamliner de Boeing. Le poids de Boeing dans l’économie américaine – 150.000 employés – n’est sans doute pas totalement étranger à cette attitude.

Cette avalanche d’interdictions de vol visant un modèle d’avion, tant par des pays que par des compagnies aériennes, est inédite dans l’histoire de l’aviation civile. Signe de cette inquiétude hors norme, la panique a gagné les personnels navigants et les passagers, dont un grand nombre refusent désormais d’embarquer à bord de l’avion.

Cet enchaînement d’événements constitue surtout un coup très dur pour Boeing. Une modification du Boeing 737 MAX pourrait prendre en effet plusieurs mois, suivant son importance, surtout s’il s’avère nécessaire de procéder à des essais additionnels et à de nouvelles certifications. Or, l’appareil représente 64% de la production totale du constructeur américain jusqu’en 2032, avec des marges opérationnelles significatives. À condition de tenir les cadences, ce qui ne sera sans doute plus possible.

Enfin, dernier signe que Boeing n’a pas fini de manger son pain noir, les premières rumeurs d’annulation de commande ont commencé à circuler. La plus sérieuse concerne la compagnie indonésienne Lion Air, dont un 737 identique s’est écrasé il y a plusieurs mois. Celle -ci envisagerait d’annuler une grosse commande avec Boeing pour se tourner vers son concurrent Airbus.

3 questions à

Christina Foerster, CEO de Brussels Airlines

Ce qui arrive à Ethiopian Airlines, c’est un peu le cauchemar de tout patron d’une compagnie aérienne, non?

Évidement. Toutes nos pensées sont avec eux. J’ai beaucoup de considération pour Ethiopian Airlines et Tewolde (Gebremariam, le CEO d’Ethiopian, NDLR). C’est horrible. C’est une compagnie bien gérée et on ne souhaite cela à personne. Tous ceux qui travaillent dans cette industrie connaissent bien la responsabilité qui vient avec le job et nous faisons tout notre possible pour la sécurité.

Ethiopian fait partie de Star Alliance comme Brussels Airlines. Y aura-t-il des conséquences pour vos activités?

Non. Heureusement, nous n’avons pas cet avion dans nos flottes, car l’attention se porte sur cet avion pour le moment, même si on n’est pas encore sûr de la cause de l’accident. Nous n’avons pas de Boeing, que des Airbus. Nous n’avons pas non plus de partage de code avec Ethiopian, nous ne travaillions avec eux que pour les vols locaux.

Quelle est la bonne chose à faire dans une situation aérienne telle que celle-là pour une compagnie?

Il y a un très bon cadre réglementaire dans l’industrie. Des mesures de précautions sont prises. Les procédures sont fortes et la situation sera analysée de fond en comble. Ce n’est pas mon boulot de leur donner des recommandations. 

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