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Les aéroports européens devront augmenter leurs tarifs

Les aéroports européens comme celui de Genève ont dû encaisser un choc financier de taille avec la pandémie. ©REUTERS

Massivement endetté à cause de la pandémie, le secteur des aéroports doit aussi massivement investir vers un avenir neutre en carbone. Il a besoin de nouvelles rentrées.

L’aviation n’est pas encore tirée d’affaire, mais les signes encourageants commencent à se faire jour. Le CEO de Lufthansa, Carsten Spohr, a ainsi indiqué au média autrichien Kleine Zeitung que l’aviation d’affaires reprenait plus vite que prévu. La maison-mère de Brussels Airlines s’attend à ce qu’à moyen terme, les voyages d’affaires reviennent à 90% de leur niveau d’avant la pandémie.

Ceci est conjugué à une reprise des vols pour le loisir. À Zaventem, on a indiqué aussi ce mardi que 430.000 voyageurs étaient attendus à l’aéroport pour les vacances de Toussaint, soit plus de 60% du niveau d’avant-crise.

Néanmoins, réunis pour leur assemblée générale à Genève, les aéroports européens ont exposé leur réalité, qui reste très compliquée. Certes, 68% des Européens indiquent vouloir voyager d'ici la fin de l'année, mais le retour à un certain niveau de trafic de point à point en Europe ne devrait pas masquer les difficultés.

"Seul le fret est revenu à son niveau pré-covid et on sait bien que ce ne sont pas les plus grands contributeurs aux revenus des aéroports."
Olivier Jankovec
Directeur général de l'ACI.

Les aéroports ont encore perdu 1,26 milliard de passagers cette année, soit 62% de moins qu’avant la pandémie. Le retour à la normale est anticipé en 2025. "Seul le fret est revenu à son niveau pré-covid et on sait bien que ce ne sont pas les plus grands contributeurs aux revenus des aéroports", a ainsi indiqué à la tribune Olivier Jankovec, le directeur général de ACI Europe.

"Ce sont les hubs qui souffrent le plus", a-t-il ajouté, alors que la reprise se focalise d’abord sur les vols vers des destinations directes et essentiellement en Europe.

"Les destinations les plus prisées pendant les vacances de Toussaint sont les destinations ensoleillées", indique-t-on à Brussels Airport. L'Espagne, le Portugal, l'Italie et la Turquie sont les destinations les plus prisées.

Endettement délicat

Les taxes envisagées sur des vols courte distance, comme celles prévues en Belgique, arrivent à un moment compliqué pour les aéroports qui se sont massivement endettés pendant la crise. La dette des aéroports européens a augmenté de 200% depuis 2019. Un argument que l’ACI a ressorti quand les compagnies aériennes ont demandé que les aéroports les aident pour la reprise.

Les aéroports ont, en outre, besoin d’investir pour rendre leurs activités plus vertes. Ils ont tous signé pour être zéro carbone en 2050, certains avancent cette date à 2030. "Nos revenus sont insuffisants pour couvrir nos investissements", a expliqué Jankovec. "Ce n’est pas tenable, cela ne nous permet pas d’investir dans la digitalisation et la transition écologique", a ajouté Jost Lammers, le CEO de l’aéroport de Munich et président sortant de l’ACI.

Hausse des prix

L’ACI a rappelé que son secteur avait eu droit à très peu d’aide européenne dans le cadre de la pandémie (plus de 31 milliards d'euros pour les compagnies aériennes contre 3 milliards environ pour les aéroports). Si bien qu’avec des revenus qui sont toujours bas, augmenter les tarifs devient, selon l’ACI, la seule solution. Même si beaucoup d'efforts, à Zaventem comme ailleurs, sont entrepris pour diversifier les revenus.

L'aviation risque de faire face à des coûts de plus en plus importants, que ce soit via la taxation, les technologies vertes ou l'inflation. Prendre l'avion pourrait devenir plus cher.

Paradoxalement, le secteur sait que le low cost risque de sortir plus fort de la crise, un low cost connu pour mettre une pression tarifaire très grande sur les aéroports.

"51% des petits aéroports étaient déjà non profitables avant la crise", insiste d'ailleurs Jankovec, qui pense que "la consolidation des compagnies aériennes arrive" et que "c’est inévitable", tranche-t-il.

"Voler via Istanbul plutôt que Munich n'aide pas le climat"

Pour le CEO de l’aéroport de Munich, Jost Lammers, "réduire les vols ultracourts et non nécessaires" est une bonne chose tant qu’"il y a des alternatives". Une réalité qui vaut aussi pour les vols venant de Bruxelles selon lui. "70% de tous nos vols domestiques à Munich ne sont juste là que pour connecter vers des longues distances. Nous sommes en concurrence avec des aéroports hors d’Europe. D’un point de vue de la durabilité, cela n’aide pas si les passagers, plutôt que faire Hambourg-Munich-Bangkok, font désormais Hambourg-Istanbul-Bangkok sans devoir payer cette taxe. Nous voulons devenir verts, mais nous devons être sûrs que les mesures que nous prenons en Europe protègent aussi nos aéroports", dit-il.

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