Les compagnies européennes s'insurgent contre les écotaxes

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Pour le ministre Bellot, si écotaxes il doit y avoir, elles doivent être européennes. Les compagnies européennes payeront déjà 590 millions d’euros en quotas carbone cette année. Des compagnies hors-UE sont prêtes, par le jeu des escales, à pervertir le système. Le Brexit pourrait même les aider.

Comme c’est la tradition, Airline For Europe (A4E, qui regroupe les grands groupes Lufthansa, IAG, Air France-KLM, Ryanair, easyJet…) tenait sa réunion de fin d’année ce mercredi, rue du Luxembourg. L’occasion de faire le point sur les grands dossiers, dont le contrôle aérien. Mais, cette fois, ce sont les écotaxes qui ont monopolisé l’attention, surtout depuis la décision française, mardi, de taxer les compagnies aériennes, de 1,5 à 18 euros selon les distances et les classes en cabine, au départ des aéroports français. L’intention n’est pas de consacrer cette manne – on parle de 182 millions d’euros par an – à l’amélioration de l’empreinte sonore aérienne, mais aux routes et au rail. Autant dire, à la concurrence, sur le réseau domestique français.

"Si chacun commence à appliquer des taxes dans son coin, comme les vignettes dans les villes françaises, ça va être un capharnaüm pas possible."
françois bellot ministre de la mobilité

"Cela signifie simplement réduire nos capacités d’investissements pour des vols plus propres", s’est insurgé, ce mercredi à Bruxelles, Willie Walsh, patron du groupe IAG (British Airways, Iberia, Vueling, etc.) De surcroît, Thomas Reynaert, directeur d’A4E, rappelle que le transport aérien européen est soumis à la règle des quotas carbone ETS (Emission Trading Scheme) et qu’il s’est déjà acquitté de 1,3 milliard d’euros entre 2013 et 2018. Cette année, la somme devrait avoisiner les 590 millions d’euros (soit 59% de plus qu’en 2018). De son côté, Michael O’Leary, CEO de Ryanair, considère que "le passager (Ryanair) paye déjà 10% du prix de son billet en taxes diverses".

Et tous insistent sur le fait que des écotaxes qui vont s’ajouter à celles existantes ou à venir limiteront les volontés de perfectionnement. Or, ils prévoient pas moins de 169 milliards d’euros en matériels éco-compatibles, dont 800 avions neufs. Ryanair, à elle seule, a commandé 200 Boeing 737 Max 200 (pour plus de 20 milliards d’euros) pour remplacer des avions plus anciens. Avec pour conséquence une réduction de 16% des émissions de dioxyde de carbone au siège.

Viser l’Europe

Le ministre de la Mobilité (en affaires courantes), François Bellot, nous expliquait ce mercredi que toute taxe à caractère écologique doit être étudiée et appliquée en même temps à l’échelle de l’Europe: "Si chacun commence à appliquer des taxes dans son coin, comme les vignettes dans les villes françaises, ça va être un capharnaüm pas possible." Et de rappeler qu’un système mondial (désigné Corsia par l’Organisation de l’aviation civile internationale) est à l’étude et devrait être appliqué assez rapidement.

Mais, en nous commentant la décision française, il ne pouvait pas s’empêcher d’ajouter: "Des compagnies américaines m’ont expliqué qu’il n’y a rien de plus facile que d’aller atterrir, mettons à Tanger, après un vol transatlantique, et puis de repartir de là vers la France, pour minimiser l’impact financier d’une écotaxe long-courrier par passager. Évidemment, d’un point de vue écologique, c’est plus dommageable." Et d’ajouter: "Et après le Brexit, de nouvelles opportunités se présenteront évidemment au Royaume-Uni." Comme quoi, en voulant frotter le bras aux écologistes, Emmanuel Macron va peut-être entraîner des situations aberrantes.

En somme, les compagnies aériennes ne sont pas opposées à des écotaxes – seront-elles répercutées sur le prix du billet?, ceci est une autre question –, mais pour autant qu’elles reviennent à l’aviation ou, spécifiquement, à l’aéronautique pour que l’industrie conçoive des appareils moins gourmands. Tout le monde aura à y gagner, y compris les transporteurs eux-mêmes, puisque les frais en carburant seront réduits d’autant.

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