analyse

Les doutes sur le B737 MAX précipitent Boeing en zone de turbulences

©REUTERS

Deux crashes rapprochés d’un 737 MAX 8 sèment le doute. Un des modèles phare de l’avionneur américain est cloué au sol dans l’attente d’éclaircissements dans plusieurs pays. Aux Etats-Unis, l'avionneur américain est contraint d'effectuer des changements "au plus tard en avril". L’action Boeing a dégusté.

Deux accidents rapprochés avec un même type d’appareil dans des circonstances comportant de nombreuses similitudes: c’est probablement un des pires scénarios auquel doit faire face depuis ce week-end le géant aéronautique Boeing, après le crash dimanche d’un 737 MAX 8 appartenant à Ethiopian Airlines, qui a fait 157 morts.

L’accident a conduit plusieurs pays, dont la Chine, l’Indonésie et la Corée du Sud, à clouer au sol un des modèles phare de l’avionneur américain. Singapour et l'Australie lui interdissent leur ciel. Et les Etats-Unis? Aucune décision de clouer les avions au sol n'a été prise. Boeing est toutefois contraint à modifier ses appareils 737 MAX. L'agence fédérale de l'aviation (FAA), un des principaux régulateurs du transport aérien, demande donc à l'avionneur américain d'effectuer des changements "au plus tard en avril" sur des logiciels et sur le système de contrôle MCAS conçus pour éviter les décrochages. Boeing doit également actualiser le manuel destiné à la formation des pilotes.

Signe de la gravité de la situation, l’action Boeing  a perdu près de 13% lundi à l’ouverture de Wall Street, avant de se reprendre quelque peu par la suite pour abandonner un peu moins de 7% à la clôture des marchés US. 

Pourquoi une telle panique?

Boeing dispose de plus de 4.600 737 MAX en commande.

Tout simplement parce que même si les causes de l’accident restent pour l’heure inconnues, une partie du monde aéronautique redoute que la fiabilité de l’appareil ne soit mise en cause. C’est que le crash de ce week-end comporte des éléments similaires avec l’accident qui a endeuillé en octobre la compagnie indonésienne Lion Air, dont un B737 MAX s’était écrasé, lui aussi, au large de l’Indonésie, faisant 189 morts. Même appareil (qui plus est tout récent), même séquence (une perte de contrôle au décollage): il n’en fallait pas plus pour semer le doute dans le Landerneau aéronautique.

La famille des moyen-courriers MAX est la version remotorisée du 737, avion le plus vendu de tous les temps avec plus de 10.000 exemplaires produits. Il s’agit d’un programme essentiel pour Boeing car cet appareil bimoteur monocouloir représente 64% de la production totale du constructeur jusqu’en 2032.

Bombardier et Airbus en embuscade 

Boeing dispose de plus de 4.600 737 MAX en commandes, la plus grande part revenant aux 737 MAX 8, même si le constructeur américain ne détaille pas le nombre exact de commandes par modèle. Au prix catalogue, le 737 MAX 8 est vendu 110 millions de dollars mais les compagnies clientes bénéficient de rabais comme c’est la tradition dans le secteur aéronautique.

Le segment des moyen-courriers remotorisés est celui le plus âprement disputé avec l’européen Airbus, qui concurrence Boeing avec son A320 Neo. Un appareil, lui aussi, décliné en plusieurs versions, dont certaines capables d’effectuer des vols transatlantiques. D’autres constructeurs tentent de faire vaciller le duopole Boeing-Airbus sur ce juteux marché en l’attaquant par le bas.

Mais l’expérience du canadien Bombardier, qui a dû céder son programme C-Series à Airbus, a démontré que les deux géants n’entendaient pas faire de la place à un troisième larron. Airbus, quant à lui, pourrait-il profiter du trou d’air de son grand rival? C’est peu probable, selon les spécialistes. Le constructeur européen est lui-même confronté à des difficultés de montée en cadence pour la production de l’A320 Neo.

Les deux boites noires ont été retrouvées et devraient parler

Les deux boîtes noires du 737 MAX 8 d’Ethiopian Airlines qui s’est écrasé dimanche - celle contenant les données techniques du vol et celle enregistrant les discussions dans le cockpit - ont été retrouvées lundi sur le lieu du crash, dans un champ proche du village de Tulu Fara, à environ 60 km au sud-est d'Addis Abeba. "Nous partons du principe que nous trouverons la cause du crash dans les données de la boîte noire", a indiqué Ethiopian Airlines. Réputée sérieuse, la compagnie est détenue à 100% par l'Etat éthiopien et compte plus de 100 appareils, soit la flotte la plus importante d'Afrique. Le commandant de bord, qui possédait la double nationalité éthiopienne et kényane, était un pilote expérimenté avec plus de 8.000 heures de vol.

L'accident de dimanche sur un vol Addis Abeba-Nairobi est un nouveau coup dur pour Boeing, dont le même modèle s'était écrasé lui aussi quelques minutes après le décollage le 29 octobre au large de l'Indonésie, faisant 189 morts.

Une des boîtes noires de l'appareil appartenant à la compagnie indonésienne Lion Air -placée quelques années avant l'accident sur la liste noire européenne- avait signalé des problèmes d'indicateur de vitesse peut-être liés à des mesures erronées fournies par des capteurs. Des défaillances des capteurs donnant l'angle de vol de l'appareil avaient également été évoquées.

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect