Les nuages s'accumulent au-dessus de Boeing

©REUTERS

Livraisons en berne, manque de vigilance des autorités américaines par rapport au système anti-décrochage et guerre commerciale sino-américaine... Boeing continue de prendre des coups.

Boeing reste empêtré dans les problèmes liés au système anti-décrochage de ses appareils 737 MAX. Un défaut dans le système a provoqué le crash de deux appareils en quelques mois. Depuis, tous les avions de ce type sont cloués au sol.

Sur les quatre premiers mois de l'année, Boeing a enregistré une chute de près de 25% des livraisons d'avions civils. Le constructeur a livré 172 avions contre 228 exemplaires à la même époque en 2018, selon des chiffres disponibles sur son site internet. Depuis fin mars, seuls 4 avions 737 ont été livrés.

Quant aux commandes, les annulations s'accumulent. Cet avion représente 79,5% du carnet de commandes (5.582 appareils) au 30 avril. Le groupe a réduit sa production d'environ 20%. Il a aussi suspendu ses objectifs financiers annuels ainsi que les opérations de rachats d'actions prévues pour rémunérer ses actionnaires.

Confiance aveugle dans l'avionneur

Le système anti-décrochage MCA est en passe d'être modifié pour faire lever l'interdiction de vol. Il semble pourtant, selon les conclusions préliminaires d'un audit interne de l'agence fédérale de l'aviation (FAA) sur la certification du 737 MAX, que les autorités américaines n'ont jamais jugé nécessaire d'évaluer de façon indépendante la sécurité de ce système. Ils se sont tout au plus limités à s'appuyer sur les conclusions de l'industriel. 

©REUTERS

The Wall Street Journal affirme que durant la certification du 737 MAX il y a deux ans, Boeing n'a pas clairement indiqué aux autorités qu'un dysfonctionnement du MCAS pourrait s'avérer désastreux. S'il l'avait fait, ceci aurait enclenché un examen approfondi du logiciel, selon l'enquête préliminaire.

Quoi qu'il en soit, à ce jour, Boeing n'a toujours pas soumis aux régulateurs américains la modification du système MAC. Un vol test avec la FAA n'a donc toujours pas eu lieu, empêchant toute visibilité sur un éventuel retour en service des avions. 

La FAA a invité le 22 mai aux États-Unis les autorités de l'aviation civile de différents pays. Objectif: expliquer comment elle a inspecté le 737 MAX modifié. 

Victime collatérale

Et si Boeing peine à sortir de cette crise, la guerre commerciale que se livre la Chine et les États-Unis risque d'envenimer la situation. 

Jusqu'ici les représailles chinoises aux sanctions douanières américaines avaient épargné le carnet de commandes de Boeing. Le rédacteur en chef du journal Global Times, contrôlé par le gouvernement chinois, relance aujourd'hui la possibilité que Boeing soit une victime collatérale de cet affrontement entre les deux géants. La Chine "pourrait cesser d'acheter des produits agricoles et énergétiques américains, réduire des commandes Boeing et limiter les services commerciaux américains avec la Chine", a-t-il tweeté. 

Lors des 5 dernières années, près d'un avion commercial Boeing sur quatre a été livré à un groupe chinois. Le pourcentage est même d'un 737 MAX sur trois. La Chine a généré 13,8 milliards du chiffre d'affaires, soit près de 14% du chiffre d'affaires du groupe (+2%).

Les déboires de Boeing profitent à Airbus . Le grand rival européen est ainsi largement devant en termes de livraisons. Si son carnet de commandes est aussi dans le rouge (-58 exemplaires nets), ses livraisons ont bondi à 232 appareils livrés (+34,9%). L'avionneur européen a aussi enregistré des annulations de quelque 120 commandes de A380 et A350.

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect