Les pilotes de drones craignent les nouveaux tarifs belges

La formation en ligne voulue par l'Europe va faire souffrir les nombreuses écoles de drones qui vont devoir se réinventer pour passer le cap.

L'Echo a pu consulter un projet d'arrêté royal sur les tarifs pour opérer des vols de drones en Belgique. Les pilotes craignent des tarifs qui risquent de "clouer le secteur au sol".

Dire que les pilotes de drone belges craignent la nouvelle réglementation sur l’accès à cette activité est un euphémisme. "On est face à un projet d’arrêté royal qui tue toute initiative au niveau wallon", entend-on dans le secteur du drone.

Le projet d’arrêté royal que L’Echo a pu consulter chiffre plusieurs éléments. Les prix des enregistrements de drones, de la formation, des permis, etc. varient de 25 à 5.000 euros selon les postes (voir encadré). "Quand on a vu ce draft, on était estomaqué de voir les tarifs proposés", abonde Patrick Mascart, le gestionnaire de projet d’ID2Move, l’incubateur de drones à Nivelles. On parle en effet de plusieurs milliers d'euros pour pouvoir exploiter des vols et ce, alors que le matériel en lui-même pour un entrepreneur est au moins de 10.000 euros. De nombreuses jeunes entreprises du secteur ne pourraient tout bonnement pas se permettre ce genre de dépenses, alors qu'elles auraient déjà du mal à joindre les deux bouts.

Projet de prix pour voler en drone dans le draft d’arrêté royal
  • Enregistrement d’un exploitant : 25 euros
  • Immatriculation d’un drone : 125 euros
  • Formation en ligne : 125 euros
  • Formation en ligne pour exploitant + attestation : 150 euros
  • Déclaration d’exploitation : 250 euros
  • Autorisation d’exploitation : 1500 euros
  • Surveillance des activités d’exploitation : 750 euros
  • Modification d’autorisation d’exploitation : 150 euros
  • Autorisation pour un européen d’opérer en Belgique : 500 euros
  • Certificat allégé d’exploitant : 5000 euros
  • Surveillance des activités d’un titulaire de certificat allégé : 1500 euros
  • Modification d’un certificat allégé : 500 euros
  • Reconnaissance des entités de formation : 2500 euros
  • Renouvellement de cette reconnaissance : 750 euros
  • Modification de reconnaissance : 300 euros

 

Pourtant, les autorités qu'il s'agisse de la DGTA (Direction générale Transport aérien) ou du ministre de la Mobilité, François Bellot sont bien conscients de l’enjeu que représentent les drones pour l’économie dans le futur. Contacté, le cabinet nous présente également le texte comme un "projet". Il est trop tôt pour communiquer, car les "travaux sont en cours", abonde Jasper Pillen, chef de cabinet de François Bellot. "Ces prix ont déjà changé et vont encore changer. Il y a encore des questions qui ont été posées sur ces prix il y a quelques jours. Ces chiffres ne sont pas actualisés", assure-t-il. Dans le secteur, une source nous explique aussi qu'un deuxième draft circulerait, mais sans avoir vu l'ampleur des changements sur les prix.

A la DGTA aussi, on nous confirme que les tarifs n'étaient qu'une proposition qui a été discutée au sein du Belgian Civil Drone Council. "Ils ont convenu que les tarifs étaient trop élevés", nous y dit-on .

Le secteur redoute un problème d’ordre budgétaire. "La DGTA est un peu entre le marteau et l'enclume. Ils sont de bonne volonté, mais ils n'ont pas de budget", nous explique-t-on. Deux sources du secteur ont en effet calculé que l’activité des drones coûtera à la grosse louche entre 500.000 et 800.000 euros à l’État, notamment en ce qui concerne la sécurité de cette activité. On parle de huit équivalents temps plein en plus des systèmes informatiques "On pense que l’on a appliqué une simple règle de trois pour les tarifs", nous dit une source du secteur. Pour cette première proposition de prix, les autorités auraient divisé le montant total entre le nombre de drones, de pilotes, de licence, etc. pour couvrir les coûts.

"Les propositions de tarifs ne correspondent pas au terrain. On espère que les pouvoirs publics vont revoir leur copie et ne pas clouer le secteur au sol."
Patrick Mascart
Gestionnaire de projet d'ID2Move

Avec des tarifs élevés, la crainte est de voir des pilotes décider de ne plus respecter les règles et de voler illégalement. L’autre risque pointé par le secteur est de voir l’activité se délocaliser. Toujours selon ce projet de texte, des pilotes européens en règle sur leur territoire peuvent en effet voler en Belgique moyennant 500 euros. Ce qui reviendrait beaucoup moins cher pour un pilote français par exemple de voler en Belgique que pour un pilote belge.

Écoles en difficulté

En plus de tout ceci, à partir de juillet, la législation européenne entre en vigueur pour pouvoir opérer des vols en Belgique. Il n’y aura donc plus de licences selon l’ancienne réglementation. "Les missions drones seront divisées en sous-catégories, la catégorie open avec une formation en ligne pour les vols avec le risque plus bas, la catégorie spécifique et la catégorie certifiée. Cette dernière catégorie concerne des vols transfrontaliers ou des taxis volants par exemple et est donc mise de côté pour le moment", nous détaille Mathieu Gerard de Deltacopter et directeur commercial de la Belgian Drone School.

"La manière dont la transition est gérée est problématique. Aucune communication n’est faite", accuse Gerard. Une critique que l'on balaye du côté du cabinet Bellot où l'on rappelle que le ministre a mis en place le Belgian Civil Drone Council pour justement entendre ce que le secteur du drone au sens large avait à dire. "Quant au volet formation, c'est une compétence européenne", insiste-t-on.

La formation en ligne voulue par l'Europe va faire souffrir les nombreuses écoles de drones qui vont devoir se réinventer pour passer le cap. "Certains concurrents vendent des cours pour la catégorie open alors que les élèves vont redevoir payer des cours en ligne. Ils vendent aussi des cours sur la catégorie spécifique alors qu’on ne connait pas encore les détails de celle-ci. C’est un peu le Far West comme au début de la législation belge. Les gens font tout et n’importe quoi et vendent tout", regrette ainsi Mathieu Gerard.

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés