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Les pilotes lâchent du lest pour sauver Brussels Airlines

Les pilotes de Brussels Airlines sont prêts à accepter des réductions de temps de travail, et de salaire jusqu'à 45%, et ce, jusqu'en 2023. ©RV DOC

Les pilotes sont prêts à sacrifier une partie de leurs revenus jusqu'en 2023 pour garder tout le monde à bord au sein de Brussels Airlines. La direction de la compagnie, elle, rappelle qu'elle planche sur des "solutions structurelles".

"Il faut se rendre compte de l'effort. C'est comme si des chirurgiens proposaient de réduire leur salaire pour sauvegarder le job d'infirmières", pointe Didier Lebbe, permanent à la CNE. 

100 millions
d'euros
D'après les syndicats, la réduction de salaires représenterait jusqu’à 100 millions d’euros économisés d’ici 2023.

Le geste des pilotes de Brussels Airlines d'accepter des réductions de temps de travail, et donc de salaire jusqu'à 45%, est en effet plutôt historique. La proposition est certes temporaire (jusqu'en 2023), mais un capitaine se doit de montrer l'exemple en temps de crise. Dans les faits, cette réduction sonne comme un geste de solidarité envers le personnel de cabine. "L’attachement des pilotes de Brussels Airlines à leur compagnie est réel", souligne Alain Vanalderweireldt, le président de la Belgian Cockpit Association (BeCA).

Les pilotes en sont persuadés, le trafic aérien reviendra à la normale en 2023 et trouver un emploi, si ce n'est pas chez Brussels Airlines, ne devrait pas constituer un souci d'ici-là. Même s'ils risquaient de mettre du temps à retrouver un emploi. Mais leur priorité est ailleurs. Il s'agit de sauver Brussels Airlines.

Pilotes et syndicats, main dans la main

Cette proposition des pilotes a donc été faite main dans la main avec les syndicats pour sauver tous les emplois. "Les économies proposées sont suffisantes pour maintenir tous les pilotes à bord et même le personnel de cabine, et cela évitera de payer dans l’immédiat plus de 22 millions d’euros de frais de licenciement pour les 191 membres du personnel navigant potentiellement concernés. La réduction de salaire, quant à elle, représente jusqu’à 100 millions d’euros économisés d’ici 2023", communiquent les syndicats en front commun.

Syndicats et pilotes ne veulent pas entendre parler du système de plan cafétéria de la direction utilisé de "manière abusive". Cela "représenterait un manque à gagner de plus de 10 millions d’euros d’ici 2023 pour la sécurité sociale et imposerait aux pilotes de se voir offrir une voiture de société! Tout ceci n’est vraiment plus dans l’air du temps et n’est pas responsable ni socialement ni écologiquement".

Tous low cost?

La direction a bien entendu les propositions et dit apprécier que les discussions puissent commencer. Mais elle précise qu'elle privilégie les "solutions structurelles" aux "mesures temporaires". "Pour atteindre une rentabilité structurelle et donc une croissance solide, il est nécessaire de réduire les coûts et d'augmenter l'efficacité et la productivité", souligne la compagnie aérienne.

"Brussels Airlines reste dans le dialogue social. Chez Ryanair, c'est une autre philosophie et on retombe vite dans les mauvaises habitudes."
Alain Vanalderweireldt
président de la Belgian Cockpit Association

Pour Didier Lebbe, "diminuer les coûts tout en augmentant la rentabilité, c'est la recette Ryanair". Il soupçonne les compagnies aériennes de profiter de la crise pour transformer leurs sociétés vers des modèles low cost pour tous les vols européens. "Transformer Brussels Airlines vers un low cost, c'est le but de Lufthansa depuis 4 ans et ça devient visible", insiste-t-il. Mettre dans la balance des réductions de salaire ou des licenciements, "c'est exactement une méthode Ryanair", peste-t-il.

Mais les pilotes font encore la distinction entre Brussels Airlines et Ryanair. "Brussels Airlines reste dans le dialogue social. Chez Ryanair, c'est une autre philosophie et on retombe vite dans les mauvaises habitudes", dit ainsi Alain Vanalderweireldt.

Il ne croit pas vraiment que le tout low-cost va s'imposer en Europe. "Si la demande de transport est toujours existante, on va se retrouver dans une situation oligopolistique qui poussera finalement les prix vers le haut", dit-il. Le plus important, pour lui, reste de "garder l'outil de travail prêt à redémarrer". Au niveau business, "le télétravail n’est pas un vrai substitut. Ce besoin de se déplacer restera", pense-t-il.

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