Les retombées du contrat F-35 commencent à se concrétiser

Plus de quinze ans après la décision du gouvernement Verhofstadt de ne pas rejoindre le programme F-35, les entreprises aéronautiques belges voient arriver des possibilités de coopération pour la fabrication du chasseur de Lockheed Martin. ©REUTERS

Trois accords industriels lient désormais des entreprises de notre pays à Lockheed Martin. Paradoxe du contrat belge: des filiales de groupes français devraient monter à bord du programme F-35.

Près d’un an après la décision du gouvernement belge d’acquérir 34 appareils de combat américains F-35, l’industrie aéronautique belge commence à apercevoir les premiers bénéfices de cette commande. Trois accords industriels ont en effet été conclus par le groupe américain de défense Lockheed Martin avec des entreprises belges dans le cadre de potentielles retombées économiques liées à ce contrat de 3,8 milliards, a indiqué lundi un responsable de Lockheed, Yung Le.

Le groupe Sabca, présent dans les trois Régions du pays et la société bruxelloise Ilias Solutions, spécialisée dans les logiciels logistiques, ont chacun signé dimanche un accord de coopération industrielle avec le géant américain. Une initiative qui leur donne un ticket d’entrée pour rejoindre le programme F-35.

"Certains des projets sont simples, d’autres complexes."
Yung Le
Business Development Director chez Lockheed Martin

Les accords signés ne sont pas encore des contrats en bonne et due forme. Mais ils permettent aux entreprises retenues de se positionner en tant que fournisseurs potentiels de Lockheed, de ses filiales et de ses partenaires. L’accord avec Ilias Solution semble néanmoins le plus avancé, puisque son directeur général, Jean-Pierre Wildschut, a indiqué que son entreprise pouvait espérer conclure des contrats avec Lockheed Martin à hauteur de 5 millions de dollars par an, soit une croissance de 15 à 20% au cours des cinq prochaines années. Ilias Solution, qui a débuté ses activités dans la foulée du contrat du F-16, espère que cet accord avec LM ouvrira la voie à d’autres missions au service des flottes d’autres pays, pour les F-35 et éventuellement d’autres plateformes.

L’accord conclu avec la Sabca porte quant à lui sur des systèmes d’actionnement (servo-commandes), une compétence que le constructeur belge, qui fournit des actuateurs pour les lanceurs spatiaux européens, aimerait développer dans le secteur de l’aviation (lire ci-dessous).

Des projets complexes

En juin, Sabena Aerospace (Zaventem), spécialisée dans la maintenance aéronautique, avait obtenu de Lockheed Martin la prolongation pour dix ans de son statut de centre de service agréé pour l’entretien et la mise à niveau des avions de transport C-130 Hercules, eux aussi contruits par le groupe américain.

À cela, a rappelé Yung Le, il faut ajouter un contrat concret accordé il y a deux ans à Asco – soit avant la décision belge d’opter pour le F-35 – par Fokker Technologies, une entreprise néerlandaise appartenant au groupe britannique GKN Aerospace, pour la fourniture d’ailerons haute vitesse pour le F-35.

"Nous voulons accélérer ces accords" avec d’autres entreprises car dès qu’ils sont conclus, l’industrie belge peut travailler sur le programme F-35, a ajouté Yung Le, en rappelant qu’environ 35 projets de coopération avaient été identifiés dans le cadre de la préservation des "intérêts essentiels de sécurité" invoqués par la Belgique pour obtenir des retombées économiques liées à l’achat du F-35. "Certains de ces projets sont simples, d’autres complexes. Certains concernent des petites entreprises, d’autres des grandes", a commenté le responsable américain, conscient de l’impatience des industriels belges.

L’un des gros contrats attendus concerne Sabca, Sonaca et Asco. Les trois poids lourds belges du secteur sont associés pour tenter de décrocher la fabrication de volets horizontaux mobiles à l’arrière du F-35. "Mais jusqu’ici, on n’a aucune idée de combien de pièces il pourrait s’agir, ni à partir de quand", déplore un responsable d’une des trois entreprises concernées.

De son côté, Safran Aero Boosters, la filiale liégeoise du motoriste français Safran, est engagée dans une dynamique similaire avec Pratt & Whitney, fabricant du moteur F135 qui équipe le chasseur américain. Les deux entreprises ont également signé ces derniers jours un accord actant leur intention de formaliser des opportunités de collaboration – sans les nommer – sur le moteur F135. Paradoxe du contrat belge, des sociétés faisant partie de groupes français (Sabca appartient encore pour l’instant à Dassault, qui souhaite le revendre) devraient donc monter prochainement à bord du programme F-35, grand rival du Rafale construit par nos voisins du sud…

3 questions à Thibauld Jongen, CEO de la Sabca

1/ Quelle est la portée de l’accord signé avec Lockheed Martin?

Sabca est reconnue par Lockheed Martin, ainsi que par ses filiales et ses partenaires, comme étant un fournisseur capable, qualifié et compétitif. Ce qui n’est pas négligeable. Mais nous n’avons pas de commandes pour autant. Maintenant, nous faisons partie de la banque de données. Même plus que cela: nous faisons partie d’une façon proactive des sociétés qui seront systématiquement consultées dans des appels pour des systèmes d’actuation (des servo-commandes de mécanismes), pour lesquels nous sommes reconnus par Lockheed Martin comme ayant tout ce qu’il faut comme bon pedigree.

Nous ne sommes pas euphoriques, mais les choses avancent, selon le calendrier établi dans le cadre des intérêts essentiels de sécurité (ESI). Nous sommes dans le calendrier prévu. Maintenant, ce ne sont pas des retombées gigantesques, mais on le savait dès le départ. Si on le regrette, il faut peut-être alors retourner au problème originel, à savoir la question de la participation belge à ce programme il y a quinze ans.

2/ Qu’espérez-vous obtenir en matière d’actuateurs et de servo-commandes, qui sont au cœur de cet accord?

Notre stratégie dans les actuateurs, c’est de pénétrer dans des marchés à plus gros volumes. Notre problème actuel, c’est que notre marché principal, c’est le spatial européen. Or, celui-ci n’est déjà pas un marché énorme, puisque nous parlons de quinze lancers par an. Mais en plus, c’est un marché en contraction. Nous voulons donc utiliser les compétences assez pointues développées dans le spatial pour les réinjecter dans l’aviation, militaire ou civile. Actuellement, nous ne faisons plus que des petites quantités de servo-commandes pour l’aviation et nous n’avons pas le design. Alors que dans le secteur spatial, nous sommes reconnus comme centre d’excellence pour les actuateurs pour les lanceurs.

3/ Mais comment pourriez-vous prendre pied dans le programme F-35?

Il ne faut pas oublier que même si l’avion est déjà en production et qu’il y a déjà une chaîne d’approvisionnement, cette dernière peut être remise en question pour plusieurs raisons. Par exemple, parce que des fournisseurs ne sont pas performants et doivent être remplacés. Soit parce qu’il y aurait une augmentation des cadences qui fait que le fournisseur actuel n’est pas capable de tenir les cadences et qu’il faut une double source. Soit encore parce que nous parvenons à démontrer que nous sommes meilleurs qu’un fournisseur déjà présent. Il peut aussi avoir des programmes d’amélioration des performances de l’avion. Par ailleurs, cet accord n’ouvre pas la porte qu’au F-35. On peut penser à d’autres plateformes, des hélicoptères, des lanceurs, etc. On a un ticket d’entrée.

 

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