Liège Airport plane au-dessus du coronavirus

Contrairement aux autres aéroports du pays, Liège Airport, ouvert 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, est épargné de la crise du Covid-19. ©Photo News

Alors que toute la Belgique parle de relancer l'activité économique, à Bierset, elle ne s'est jamais arrêtée. Le niveau d'activité est même en hausse dans ce qui est devenu un centre mondial logistique de la lutte contre le coronavirus.

Sur le tarmac de l'aéroport de Liège, autour d'un Boeing 747, des dizaines de chariots métalliques remplis de boîtes en carton se trouvent en formation carrée. L'avion ASL Airlines vient d'arriver de Shanghai. Dans la cargaison déchargée, des pièces automobiles qui se rendent à Budapest par camion.

L'avion mettra bientôt le cap sur New York. Les travailleurs poussent les chariots prêts à l'emploi, appelés "dollies", dans l'avion via un ascenseur. Une fois dans l'avion, ils sont glissés sur des rails au sol avant d'être fixés. Dans l'espace de chargement, il y a une échelle étroite le long de laquelle les pilotes rampent jusqu'à leur cockpit.

"Nous avons démontré que les aéroports avaient un rôle majeur à jouer dans ce type de crise."
Christian Delcourt
Manager communications à Liège Airport

Pour ceux qui ne sont jamais rentrés dans un avion-cargo, imaginez un avion presque complètement vide, dans lequel on organise le chargement pour maximiser l'espace. La seule chose familière dans un avion-cargo pour le commun des mortels, c'est la cabine de pilotage.

Vers midi, vingt avions-cargos sont sur le tarmac. Un appareil de Qatar Airways, deuxième client de Liège, vient de décharger des fleurs d'Amérique du Sud. À côté de l'avion se trouve un box à cheval Icelandair. Car l'aéroport transporte également 3 500 chevaux et 1 500 vaches par an.

Un aéroport épargné...

Le CEO Luc Partoune est content de ne pas être le patron d’un autre aéroport belge comme Zaventem ou Charleroi. À Liège, le trafic passager ne représente qu’un petit 10% de l’activité. Le gros de l’activité, c’est le fret, avec des acteurs de poids comme Fedex ou Qatar Airways. "Nous, en tout cas, on n’est pas du tout à l’arrêt. On est plutôt en plein rush. On est en légère croissance en termes de tonnage avec une légère augmentation du cargo. C’est principalement lié à la crise sanitaire, qui fait qu’il y a davantage de marchandises à transporter sur des avions "full cargo", du fait de l’arrêt des vols passagers." Le fret "belly" que les avions passagers transportaient aussi doit se reporter sur d’autres avions, comme ici à Liège. Alors qu'en mars, le fret était en baisse de 9% à Bruxelles, il augmentait de 6% à Liège.

Autour de chaque avion, les activités bourdonnent. Idéalement, les avions-cargos redécollent 2 heures et demie après l'atterrissage. "Tous les avions volent actuellement", explique Bert Selis, responsable du fret à l'aéroport de Liège. "Les prix sont très élevés. Auparavant, un client payait 1 euro par kilo de fret, maintenant c'est 4 à 5 euros. Si vous avez un avion maintenant, vous le pilotez. Certains gagnent actuellement très bien leur vie."

Mais n’allez pas croire que la crise glisse sur Bierset. Ici, malgré la croissance par rapport à l’année passée, Luc Partoune a dû gérer les urgences comme tout le monde. D’abord, parce que l’absentéisme a été élevé en début de crise, même si depuis, la plupart des gens en congé de maladie sont revenus. Lui-même a perdu l’odorat et le gout et a dû se mettre en isolement plusieurs jours.

Mais l’aéroport s’en sort bien. L’absentéisme est désormais autour des 10%, un taux plus ou moins classique. Un seul cas confirmé de Covid-19 a été signalé dans les équipes et la personne est depuis sortie de l’hôpital.

... pour le moment

Le CEO de l’aéroport reste néanmoins sur ses gardes, car la santé financière de certains partenaires pourrait être en péril. "On reste prudents. Les compagnies aériennes souffrent toutes. Certaines des compagnies aériennes qui travaillent chez nous transportent aussi des passagers. Pour le moment, ça tourne bien, mais nous ne sommes pas à l’abri d’une faillite ou d’un revers dans les entreprises", souligne le CEO.

"On n’est pas du tout à l’arrêt. On est plutôt en plein rush."
Luc Partoune
CEO de Liège Airport

L’autre risque, à moyen terme, est de voir l'activité de fret baisser à cause d’une récession économique. "On s’attend à un effet ciseau dans le secteur cargo. On a actuellement un phénomène de rattrapage et de récupération des marchandises. Les entreprises vont se remettre à travailler et les flux redémarrent. Mais nous craignons le ressac de l’économie mondiale, qui va affecter directement l’activité cargo. C’est sûr et certain", détaille Luc Partoune.

Alors que le fret à Zaventem stagne depuis un certain temps, Liège a connu une forte croissance pendant cinq années consécutives. Chaque semaine, l'aéroport traite 650 avions-cargos, soit quatre par heure. La flexibilité rend l'aéroport, ouvert 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, attractif.

Un business "qui a du sens"

De nombreux avions équipés de matériel médical se sont rendus à Liège ces dernières semaines. 90 millions de masques ont ainsi transité par l’aéroport. "C’est gratifiant pour ceux qui travaillent à l’aéroport de se dire que l’on est dans cette chaîne de solidarité avec le monde médical, les hôpitaux et probablement demain avec la population tout entière, car on va probablement généraliser le port du masque", dit le CEO. Ici, chaque travailleur reçoit un masque et dans une deuxième phase, il en recevra aussi pour les membres de sa famille.

Les équipes à Liège ont vu leur quotidien changer: elles sont désormais hyper sollicitées par le secteur médical qui découvre un nouveau type d'acheminement de marchandises. Et tout d'un coup, on commence à poser des questions sur la provenance du matériel ou la qualité de masques. Liège Airport essaye d'aider avec son expertise, mais le contrôle reste une compétence du gouvernement fédéral.

"Nous craignons le ressac de l’économie mondiale et elle va affecter directement l’activité cargo. C’est sûr et certain."
Luc Partoune
CEO de Liège Airport

L’aéroport a récemment été retenu par l’OMS et le World Food Program pour l'acheminement des fournitures critiques dans le cadre de la lutte contre le coronavirus. Liège sera l’un des quatre aéroports majeurs dans ce programme, une nouvelle source de fierté pour les équipes. Les opérations pourraient commencer fin de ce mois. "C’est quelque chose de très important, car au-delà de la crise en Chine, puis en Europe, il va y avoir des effets secondaires importants, avec des personnes qui vont avoir des problèmes de nourriture, de logistique, etc. Avec les connexions internationales que nous possédons, on peut agir partout", souligne Christian Delcourt, en charge de la communication de l’aéroport. "On a une tradition des vols humanitaires de longue date. On travaille avec l’OMS, la Croix-Rouge et l’Unicef. On a démontré que les aéroports avaient un rôle majeur à jouer dans ce type de crise", ajoute-t-il.

En plus de cela, l’aéroport profite de ses bonnes relations avec la Chine. Maintenant que la situation se normalise dans l’Empire du Milieu, les compagnies aériennes ont repris leurs connexions vers la Chine. "Le trafic en provenance de ce pays se déroule déjà comme avant", dit Bert Selis. 

Les aéroports wallons ont reçu la possibilité de l'Europe de reporter le paiement des redevances de concession payables en principe pour l'année 2020. Mais pour l’instant, Bierset ne fait pas appel à cette possibilité. "On monitore notre situation financière de semaine en semaine, alors que d’habitude, on le fait de mois en mois. Mais aujourd’hui, sur le plan financier, les signes ne permettent pas de crier à l’aide ou de demander des reports de ce type-là. Le gouvernement a fixé un cadre dans lequel nous ne rentrons pas aujourd’hui", indique Luc Partoune.

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