portrait

Luc Partoune, la chute d'Icare

Le patron de l'Aéroport de Liège semblait ou se croyait intouchable. Très (trop) proche de José Happart et des milieux liégeois, il est rattrapé par un rapport d'audit cinglant.

Il avait pourtant fait front et résisté à d'autres tempêtes, judiciaires ou économiques. Mais Luc Partoune, le directeur général de l'Aéroport de Liège, n'a pas pu atterrir sans dommage après un rapport d'audit cinglant mené au sein de la société de gestion de l'aéroport de la Cité ardente. Un rapport qualifié d'accablant pour le gestionnaire de l'aéroport.

Conséquences directes de ce rapport, le conseil d'administration, réuni en urgence mardi soir a décidé à l'unanimité de licencier Luc Partoune pour faute grave. On lui reproche en substance des violations des lois sur les marchés publics, une absence de mise en concurrence, des notes de frais sans justificatifs et des entorses à la politique interne de l'entreprise et à sa gouvernance.

Profondément ancré en terre liégeoise, (il est né à Dalhem à l'Est de la Cité ardente en 1961), licencié en droit de l'Université de Liège, il n'embrasse la carrière d'avocat que quelques mois. Il préfère les cabinets au prétoire. Un premier poste d'attaché au cabinet de l'emploi et du travail de Michel Hansenne dans les gouvernements Martens lance sa carrière politique dans les rangs du PSC. Il enchaîne ensuite avec celui des Transports avec un certain Jean-Luc Dehaene comme chef de file. Retour à l'Emploi chez Miet Smet, comme chef Cab adjoint.

Mais c'est dans les transports qu'il trouvera sa voie. Sous Dehaene, il travaille sur la réorientation de Liège vers le cargo et le fret. Lorsque le projet est mûr, il demande à en faire partir. En 1994, il accède donc à la fonction d'administrateur délégué de l'aéroport.

Profil

1984: Licence en droit ULg

1985: Attaché de Michel Hansenne (PSC) au ministère de l'emploi et du travail

1990: Conseiller de Jean-Luc Dehaene au ministère des Transports

1994: CEO de Liège Airport

2009: Impliqué dans une affaire de détournement et d'abus de biens sociaux

L'outil logistique ne manque pas d'arguments et Partoune sait les faire valoir. L'aéroport est au cœur d'un des poumons économiques européens, très connecté au réseau routier. Mais surtout, Bierset est ouvert 24h/24, au contraire de ses voisins de Bruxelles ou Maastricht notamment.

Et quand 4 ans plus tard, TNT Aiways apporte à Liège le hub européen de la compagnie néerlandaise sur un plateau, c'est le véritable décollage de Bierset comme centre logistique international. "Mais si l'aéroport s'est aussi bien positionné c'est d'abord aux décisions politiques qu'il le doit, plus qu'au gestionnaire de l'infrastructure", tempère un observateur, qui aligne au passif du directeur l'échec du trafic passager, malgré les promesses chinoises, et surtout de ne pas avoir anticipé le départ de TNT repris par Fedex.

Mais Partoune en récolte les fruits et se sent pousser des ailes. Il devient un acteur majeur dans le bassin mosan. Opportuniste, il adopte l'étiquette PS reniant ses origines sociales-chrétiennes. Et devient copain comme cochon avec un certain José Happart, qui fut longtemps le président de l'Aéroport.

C'est "avec" le Hérisson fouronnais, en 2009, qu'il sera impliqué dans une affaire d'abus de biens sociaux, abus de confiance et détournement. Partoune s'en sort par une transaction pénale évaluée, dit-on, à 120.000 euros. Mais il reste en place à la tête de l'aéroport. Même si les milieux économiques liégeois commencent à lui trouver une vilaine odeur de soufre, Partoune reste incontournable dans le Landerneau politique ardent. À tel point qu'il se croit en droit de contester devant les tribunaux l'alignement de son salaire sur le nouveau décret de gouvernance wallon. Il ne s'y résoudra que forcé et contraint il y a quelques mois seulement.

Le voilà aujourd'hui rattrapé par des pratiques décriées chez Nethys notamment. À force de vouloir se rapprocher du Soleil, Icare s'est brûlé les ailes.

Golfeur épicurien

Les mauvaises langues diront qu'il passe presque autant de temps sur les terrains de golf et dans les restaurants que dans son bureau. Membre actif du club du Sart-Tilman, Luc Partoune affiche tout de même un handicap de 21 et reconnaît effectuer un parcours hebdomadaire, des séances de "practice" le midi et quelques voyages golfiques entre amis chaque année. Épicurien, il aime la bonne chère, les cigares et le bon vin.

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