interview

Michael O’Leary (Ryanair): "Les tarifs seront tirés vers le bas"

Le CEO de Ryanair, MOL pour les intimes, dénonce les subsides octroyés aux grandes compagnies aériennes. ©BELGA

Depuis ce mercredi, Ryanair a relancé ses vols un peu partout en Europe, dont de Bruxelles et Charleroi. Les conditions sanitaires sont strictes, mais les réservations prometteuses, nous explique son CEO, Michael O’Leary.

Ryanair redécolle. Après trois mois et demi d’arrêt des activités, ce sont plus de mille vols quotidiens que la low cost va assurer. Cela ne représente toujours que 40% de la capacité normale pour un mois de juillet, mais 4,5 millions de passagers tout de même. Pour "booster" un peu la demande, Ryanair propose des tarifs d’appel à 20 euros pour des vols fin août et septembre. De Zaventem et Charleroi, plus de 90 lignes redémarrent, en particulier vers les zones touristiques (Espagne, Italie, Portugal…), mais attention, les conditions sanitaires sont strictes: port du masque obligatoire, réduction du nombre de bagages enregistrés, service à bord sans argent liquide, etc.

"Les grandes compagnies sont toutes subsidiées, c’est clairement de la concurrence déloyale et c’est pourquoi nous portons systématiquement plainte auprès de la Commission européenne."
Michael O'Leary
CEO de Ryanair

Dans un entretien qu’il nous a accordé, Michael O’Leary – MOL pour les intimes – déclare qu’à ce stade, les réservations sont satisfaisantes: "Elles atteignent un taux de remplissage de l’ordre de 60%, ce qui nous approche déjà de l’équilibre." Il n’empêche que la concurrence sera sévère: "Avec leurs coûts de production, les grandes compagnies ne sont pas rentables avec un tel taux si elles pratiquent les mêmes tarifs que nous. Mais, évidemment, comme elles sont toutes subsidiées, c’est clairement de la concurrence déloyale et c’est pourquoi nous portons systématiquement plainte auprès de la Commission européenne. De notre côté, nous finançons seuls nos prêts."

Inquiétudes sociales

Il reste que pour comprimer les coûts, il faut s’entendre avec les syndicats.  Et en Belgique, ce n’est pas gagné, bien que MOL nous dise qu’"on progresse". Ce n’est pas ce que dit Didier Lebbe (CNE): "Les déclarations de l’employeur pour bénéficier du chômage économique ne sont toujours pas en ordre et ils veulent réduire les salaires du personnel de cabine de 10%, alors qu’ils sont déjà au minimum légal!".

"Les propositions de Ryanair sont imbuvables."
Alain Vanalderweireldt
Président de la BeCA

Même sentiment du côté des pilotes, comme l’exprime Alain Vanalderweireldt, président de la BeCA (Belgian Cockpit Association): "Les propositions de Ryanair sont imbuvables. Ils veulent nous faire signer des contrats sur cinq ans sans index des salaires, mais 44 licenciements sont quand même à craindre, en particulier du côté des faux indépendants qui représentent la moitié des effectifs."

Cela dit, la situation est compliquée pour tout le monde. Quand nous demandons au boss de la low cost s’il craint que les habitudes prises pendant le confinement se retourneront contre le transport aérien, il est dubitatif: "Vous avez déjà suivi des réunions en vidéo-conférences? Vous avez trouvé ça pratique?" Le face-à-face demeure toujours la meilleure relation.

Mais poussons la question plus loin: dans de nombreux pays, certains estiment indispensable de lier des subsides à des améliorations environnementales, est-ce pertinent? "Je ne veux pas les défendre plus que ça, mais il faut noter que chez Air France-KLM, ils changent d’avions régulièrement pour des appareils moins gourmands et donc plus écologiques. Et beaucoup de compagnies sont dans le même cas, alors c’est un peu enfoncer des portes ouvertes à des fins électorales."

Mais tiens, à propos, au moment même où nous nous entretenons, le Boeing 737 MAX a ré-entamé son programme de certification en vol: à quand la livraison des premiers 737 MAX 200 spécialement conçus pour Ryanair? "Nous devrions obtenir les premiers à partir du mois de septembre et quarante appareils devraient être livrés au cours de l’année 2021." Bigre! Cela fait presque un par semaine. On peut effectivement parler de redécollage! Pour autant que les voyageurs acceptent de monter à bord, bien entendu.

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