Michael O'Leary s'éloigne (un peu) de Ryanair

©BELGA

Le turbulent CEO de Ryanair quitte ses fonctions exécutives dans la low cost, mais va garder la mainmise sur le groupe. Le diplomatique Eddie Wilson va le remplacer.

Il nous l’avait confié le 10 juillet dernier dans un ascenseur d’Airlines For Europe: "Maintenant, je veux m’occuper de ma famille; je pense même vendre mes chevaux de course." Et, pour une fois, Michael O’Leary nous avait paru sincère. C’était la dernière fois qu’on le rencontrait comme CEO de Ryanair.

Eddie Wilson, le vétéran diplomate

Dans sa lettre de ce vendredi au personnel, Michael O’Leary rappelle qu’Eddie Wilson est arrivé dans la boîte en 1997 et qu’il a donc 22 ans d’ancienneté. Et MOL d’ajouter: "Durant cette période, le nombre de passagers annuel est passé de 3 millions à 150 millions." Et puis, estimant que Wilson a largement contribué à cette progression, il ajoute: "Cela ne lui a pas fait perdre son accent du sud, son charme juvénile et ses formulations du Nord."

Une chose est sûre, Wilson est nettement plus diplomate que son prédécesseur. C’est pour cette raison qu’il avait été envoyé au front dès l’été 2018 lorsqu’il y avait le feu au lac: les syndicats se mobilisaient un peu partout en Europe. C’est à cette époque que nous l’avions rencontré, en découvrant un homme affable, très à l’écoute et peu enclin à des déclarations à l’emporte-pièce. Tout le contraire de son prédécesseur, on l’aura compris.

Ce qui ne veut pas dire qu’il ne peut pas se montrer dur, voire intransigeant, lors de négociations. Toujours est-il que le grand conflit entre Ryanair et son personnel – loin d’être terminé – s’est un peu estompé au cours des derniers mois. Est-ce à dire que Wilson aura la tâche facile? Oh que non! Il a des actionnaires qui ont toujours eu des dividendes records (et qui en espèrent d’autres), un président de groupe qui garde une autorité difficilement contestable et des écueils commerciaux devant lui, tels les livraisons de Boeing 737 MAX 200, le Brexit et l’absorption des nouvelles entités Lauda et Malta Air. C’est du lourd.

"MOL", pour les intimes (et pas seulement) va rester président du groupe, dans lequel on trouve Ryanair DAC, l’entité de base en Irlande, Ryanair UK (dont l’avenir dépendra du Brexit), mais aussi Buzz (Ryanair Poland en quelque sorte), Laudamotion et Malta Air, deux compagnies récemment acquises. Et, toutes les semaines, il réunira ses chefs de divisions, dont Eddie Wilson (voir ci-dessous), qui prendra les rênes de la principale compagnie.

Échéance? Demain! C’est ce dimanche que Wilson remplacera O’Leary et qu’il présidera le fameux "4M" (Monday Morning Management Meeting) avec les redoutables "Z level managers", épaulé quand même par MOL pendant trois mois.

Cela fait des années que MOL disait qu’"il ne la ferait pas longue". Au point qu’un jour, nous lui avions posé la question: "Il y a cinq ans, vous annonciez que vous partiez dans cinq ans. Et alors?" Et il nous avait répondu: "C’est bien cela, je pars dans cinq ans!". "Demain, on rase gratis", en quelque sorte. Là, il part, mais pas tout à fait quand même, puisqu’il reste à la tête du groupe.

Et il serait douteux qu’on ne le voie plus dans les grandes rencontres internationales pour dénoncer certains abus (contrôleurs aériens, grèves, taxes, etc.)

Procès

O’Leary avait envisagé Peter Bellew (directeur des Opérations) pour lui succéder, mais celui-ci a préféré rejoindre easyJet, ce qui fera sans doute l’objet d’un procès en raison de clauses contractuelles de non-concurrence. Wilson, lui, est du sérail depuis 1997, et un homme adorable, raison pour laquelle il a conduit les négociations avec les navigants en Europe.

S’il peut freiner les revendications syndicales, ce qui n’est pas gagné, il lui faudra aussi relever pas mal de défis, dont Michael O’Leary a fait l’inventaire dans sa lettre au personnel, qui évoquait les conséquences du Brexit fin octobre, mais surtout le report de livraison des Boeing 737 MAX 200. O’Leary explique: "Nous aurons trente avions de moins que prévu en hiver et probablement autant, si pas plus, en été."

Une page se tourne, c’est sûr. Mais Michael O’Leary étant ce qu’il est, prendra-t-il du recul dans les médias? C’est douteux.

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