analyse

Nouvelles turbulences en vue pour Ryanair, qui ne fermera pas de bases en Belgique

©REUTERS

La fin de l’été s’annonce chaude pour la low cost qui n’a pas résolu tous ses conflits avec son personnel. Le retour des vacanciers risque de causer bien des soucis. Par ailleurs, on a appris ce mardi que la Belgique ne sera pas concernée par les fermetures de bases de la compagnie aérienne.

La compagnie irlandaise Ryanair avait connu un été 2018 chaotique en raison de nombreuses annulations de vols. Bis repetita? Ce qui est sûr est que la situation n’a pas évolué favorablement depuis le mois d’août de l’année dernière. Certes, des accords ont été signés avec des associations de pilotes et, notamment, chez nous, en Italie et au Portugal, mais cela ne représente qu’une goutte d’eau dans la problématique sociale de la compagnie, d’autant qu’il faut aussi compter avec le personnel navigant de cabine (PNC) qui s’estime toujours lésé.

C’est le cas, par exemple, du syndicat portugais du PNC qui a déposé un préavis de grève de cinq jours à partir du 21 août. Les pilotes britanniques du syndicat Balpa ont annoncé des arrêts de travail pour les 22 et 23 août, puis les 1, 3 et 4 septembre. Pas besoin de regarder un calendrier, on est en plein dans les retours de vacances. Les grévistes vont toucher là où ça fait mal. Ils seront suivis par les Irlandais (pays de la compagnie) et les Espagnols suite à l’annonce de supprimer quelque 900 postes et de fermer les bases de Gérone (Costa Brava – mais Ryanair dessert aussi Barcelone), Las Palmas et Faro (Portugal). Le personnel de cabine de Ryanair en Espagne se mettra dix jours en grève en septembre à moins que la compagnie aérienne à bas coûts ne renonce à ses projets de fermeture de plusieurs de ses bases dans le pays. Les syndicats SITCPLA et USO ont noté dans un communiquéqu'ils déposeraient formellement des préavis de grève pour les1, 2, 6, 8, 13, 15, 20, 22, 27 et 28 septembre

On a par ailleurs appris que la Belgique serait épargnée par les fermetures de bases de la compagnie aérienne. La direction de Ryanair l'a confirmé ce mardi matin de visu aux syndicats. Ryanair a annoncé son intention de fermer des bases notamment en Espagne et au Portugal, où des grèves sont prévues.

Ce ne sera pas le cas en Belgique, même si des perturbations pourront toujours survenir pour les vols gérés par les bases espagnoles et portugaises lorsqu'elles seront en grève, souligne Didier Lebbe, un permanent syndical.

Ryanair a évoqué la possible suppression de 1.500 emplois et entend fermer, au début de l'année prochaine, deux bases en Espagne, sur les Iles Canaries ainsi que celle de Gérone. Une grève devrait être organisée en septembre à une date qui reste à déterminer. Au Portugal, c'est la base de Faro qui est menacée, selon le syndicat SNPVAC qui a déjà annoncé une grève du 21 au 25 août.

La compagnie irlandaise pourrait par ailleurs être confrontée à des mouvements sociaux en Grande-Bretagne et en Irlande, où les pilotes réclament des hausses de salaires.

En Belgique, les négociations pour concrétiser le protocole d'accord sur les salaires conclu fin mai ont repris ce mardi matin entre direction et syndicats belges. Pour l'instant, pas de grève prévue, selon Didier Lebbe. "Nous sommes toujours en phase de négociations. On espère que la direction respectera l'accord signé juste avant les vacances. Il y a des avancées mais c'est très lent."

Politique de confrontation 

Le problème – pour les voyageurs – est double. Même si on exclut des actions en Belgique, ceux qui seront partis à l’étranger risquent des déconvenues dans les pays précités. En outre, le mouvement risque de prendre de l’ampleur et d’être contagieux. On serait donc reparti pour un conflit de plus grande ampleur et au plus mauvais moment. Alors qu’on avait le sentiment que le climat conflictuel s’était adouci, on a l’impression aujourd’hui, au contraire, qu’il s’alourdit. L’European Cockpit Association (ECA) qui représente les pilotes à l’échelle européenne estime que "Ryanair opte une fois de plus pour la confrontation."

Il faut dire que, pour un observateur attentif, la stratégie de Ryanair peut poser questions. Comment expliquer que la direction annonce des suppressions de postes – 300 personnes à Gérone, dont 80 pilotes, par exemple – et, dans le même temps, recrute du personnel navigant ? Des sessions sont en effet organisées à Sofia, Porto, Séville et Pise, relatent des pilotes. Est-ce pour, comme le disent certains, avoir du personnel moins cher qu’on enverra ensuite dans le nord de l’Europe? C’est peut-être un mauvais procès.

En revanche, les personnels navigants craignent beaucoup des dernières acquisitions de Ryanair au cours des douze derniers mois: Lauda, Malta Air et Ryanair Sun (Pologne). Il n’est pas du tout impossible, comme le redoutent les syndicats, que ces entités seront plus libres de pratiquer le dumping social. Et donc, engager du personnel plus " flexible " et se débarrasser de personnels plus coûteux (revendicatifs?) dans des pays où, tout compte fait, les résultats ne sont pas conformes aux prévisions.

Confusion 

Dans ce contexte, on comprend la confusion qui règne au sein du personnel. Celui-ci se fonde sur les résultats bénéficiaires de 2018 (1 milliard d’euros au bas mot) et pense qu’il pourrait en prendre une part. De l’autre, Ryanair évoque la chute des bénéfices au premier trimestre (l’année comptable commence en avril), le retard des livraisons des Boeing 737 Max (bloqués au sol suite à deux accidents) et… l’incertitude liée au Brexit. Il n’empêche que prévoir des licenciements et recruter en même temps nécessite, au moins, un chouïa d’explication. En tout cas, les associations professionnelles sont perplexes.

Dans ce contexte, l’annonce en juillet du directeur des opérations (COO) Peter Bellew de quitter la compagnie n’a pas été apprécié à Dublin. Surtout que Bellew va chez la grande rivale EasyJet, alors qu’il existe des clauses de non-concurrence – "plutôt extensives", dixit Michael O’Leary, CEO de la low cost - dans les contrats des cadres supérieurs chez Ryanair (ailleurs aussi). Ryanair ne veut pas commenter pour "des raisons légales", mais une plainte a été déposée à l’encontre de son ancien COO, bien que des discussions soient toujours en cours.

Bref, la rentrée risque d’être chaude chez Ryanair, mais le problème est qu’à la marge, ses clients risquent d’en souffrir le plus.


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