Peter Gerber: "Brussels Airlines restera le pilier africain de Lufthansa"

Peter Gerber veut se pencher sur la durabilité du transport aérien.

Le nouveau patron de Brussels Airlines a du pain sur la planche. La pandémie est loin d'être finie. "L'été sera crucial pour les compagnies aériennes", dit-il.

Les phrases clés

"J’étais au comité exécutif de Lufthansa et je connais déjà bien Brussels Airlines. Mais je ne connais pas encore bien les personnes. Mon premier devoir sera de regarder et écouter."

"90 à 95% des grosses restructurations ont abouti. Mais nous avons encore une centaine de projets à discuter."

"Il n’y a pas de plan pour une nouvelle réduction d’effectifs. Mais par les temps qui courent, tout peut changer du jour au lendemain."

"L’été sera crucial pour toutes les compagnies aériennes. Je reste optimiste. Quand le redémarrage sera là, il sera très fort."

"Tout le monde peut dire: 'Nous serons plus forts qu’avant la crise.' C’est facile. Mais cela dépendra surtout si on a bien fait ses devoirs."

Peter Gerber enchaîne les réunions Zoom depuis qu’il a pris ses fonctions à la tête de Brussels Airlines ce lundi 1ᵉʳ mars, jour de son anniversaire. Hasard du calendrier, cet Allemand est rentré dans le groupe Lufthansa aussi un 1ᵉʳ mars, en 1992. Au sein du groupe, il a accumulé les expériences, que ce soit dans les RH, l’IT ou les plans d’économies. Jusqu’au 28 février, il était à la tête de Lufthansa Cargo, poste qu’il occupait depuis près de sept ans.

Se rediriger vers le trafic passager à l'heure de souffler ses 57 bougies est un défi de taille. Le cargo, contrairement aux vols de passagers, se porte plutôt bien. Au plus fort de la pandémie, les images de ces avions passagers remplis de fret ont fort circulé. Mais ne pensez pas pour autant que c’est ce qui attend la flotte de Brussels Airlines. D’abord parce que la plupart des avions cloués au sol sont à fuselage étroit, ce qui n’est pas adapté au transport de fret, mais surtout "parce que vous n’avez que 25% des capacités par rapport à du cargo classique pour 100% du coût", dit Peter Gerber. Évidemment, cela pourrait arriver une fois ou l’autre pour des produits à haute valeur ajoutée, comme pour des vaccins, mais cela s’arrêtera là.

La longue expérience du nouveau CEO dans le cargo lui servira cependant pour le cargo en soute, notamment vers l’Afrique. Là-dessus, le CEO dit avoir "quelques idées".

Mais Peter Gerger amène bien plus que son expérience cargo sur la table. Il aura les affaires européennes du groupe Lufthansa également dans ses compétences. Il va notamment essayer de pousser à l’harmonisation des autorisations de voyages en Europe. Interview.

Vous entrez en fonction ce 1ᵉʳ mars, alors que votre prédécesseur Dieter Vranckx est déjà chez Swissair. Avez-vous eu le temps de vous former?

"La culture d’une compagnie ne change pas avec l’arrivée d’une seule personne."
Peter Gerber
CEO de Brussels Airlines

J’ai eu l’avantage d’être membre du comité exécutif du groupe Lufthansa et à ce titre, je connais déjà bien Brussels Airlines (SN), ses défis et sa stratégie. Mais je ne connais pas encore bien les personnes. Ce matin (lundi, NDLR), j’ai déjà eu des premiers contacts pour informer le personnel de la situation (qui sera détaillé publiquement ce jeudi), mais il est clair que mon premier devoir aujourd’hui est de regarder et d’écouter. Il faut bien se dire que la culture d’une compagnie ne change pas avec l’arrivée d’une seule personne.

Il y a eu beaucoup de changements de postes au sein du groupe Lufthansa et dans la compagnie belge en particulier, sans compter la nouvelle donne que représente le Covid-19. Pouvez-vous confirmer que, dans l’esprit du groupe Lufthansa, Brussels demeure le pilier principal des vols africains?

Non seulement, je vous le confirme, mais j’ajoute que tous les responsables Afrique des compagnies du groupe sont stationnés à Bruxelles. Bien sûr, nous n’avons pas les mêmes fréquences qu’en 2019 et nos lignes d’apport en Europe posent des difficultés, mais le marché est là, y compris – et peut-être surtout – en cargo.

CV Express

1992 : Peter Gerber rentre chez Lufhansa.

2009 : Il entre au comité exécutif de la compagnie (Finances et HR).

2012 : Il rejoint le conseil d’administration de Lufthansa German Airline.

2014 : Il devient CEO de Lufthansa Cargo.

2021 : Il prend la tête de Brussels Airlines et des affaires européennes.

Vous évoquiez la restructuration de la compagnie. Où en êtes-vous?

On peut dire que 90 à 95% des grosses restructurations ont abouti. Mais nous sommes loin du compte et il y aura encore du boulot pour les années qui viennent en fonction des évolutions du trafic liées à la pandémie. Mais en matière de restructuration, pour ne pas le cacher, nous avons encore une centaine de projets à discuter pour aboutir à nos objectifs.

Lesquels?

Ils sont connus: atteindre une marge bénéficiaire de 8% et, c’est entendu, rembourser l’État belge qui nous a bien aidé dans cette période difficile. Ensuite, il faudra donner des perspectives au personnel.

Justement, si les choses ne se passent pas bien dans les mois qui viennent, une nouvelle réduction des effectifs est-elle envisageable? Via un nouveau plan de départs volontaires, par exemple?

Il n’y a pas de plan en ce sens actuellement. Évidemment, dans cette industrie, par les temps qui courent, tout peut changer du jour au lendemain.

Koen Van Loo, du SFPI, a dit à la Chambre qu’il faudra attendre l’été pour savoir si Brussels Airlines a besoin d'une nouvelle aide. Vous confirmez?

"On ne doit pas se dire que tout sera comme avant dans l'aviation. Il y a un problème sur la durabilité de l'activité."
Peter Gerber

Nous n’avons jamais dit que nous demanderions une nouvelle aide. Mais il est clair que l’été sera crucial pour toutes les compagnies aériennes. Faire des prévisions à l’heure actuelle serait une pure spéculation.

Vous avez du pain sur la planche à Bruxelles donc?

Oui, mais c’est la même chose pour tout le monde. Nous traversons la plus grande crise dans l’histoire de l’aviation civile. Malgré tout, je reste optimiste. Quand ça recommencera, ça recommencera fort.

Michael O’Leary, de Ryanair, dit à qui veut l’entendre que sa compagnie sortira plus forte que jamais de la crise. Dans le même temps, Lufthansa et Brussels Airlines diminuent de taille. Où se situera Brussels Airlines après cette crise?

Nous avons une bonne chance. Tout le monde peut dire: "Nous serons plus forts qu’avant." C’est facile. Mais cela dépendra si on a bien fait ses devoirs.

Dans l’avenir, il faut que l’on reste avec notre compétence africaine et nous réorganiser sur le continent. On doit coopérer avec toutes les parties prenantes: les aéroports, les contrôleurs aériens, les gouvernements, etc. On ne doit pas se dire que tout sera comme avant. Tout est devenu un peu plus petit avec cette crise, dans l’aviation. Il y a aussi un problème sur la durabilité de l’activité. Il faut se pencher dessus et voir comment voler à l’avenir et comment le faire de la bonne façon.

Quel est votre avis sur l’interdiction belge de voyager, l’une des plus strictes d’Europe?

C’est un problème pour toutes les compagnies aériennes européennes. Il faut comprendre les gouvernements. C’est difficile de prévoir. Nous avons besoin d’une stratégie qui monte en puissance. Un système avec une bonne stratégie de test qui permettrait de rouvrir. Peut-être que le pire est derrière nous. Il faut absolument faire cela en même temps tous ensemble en Europe, car l’aviation est un business international.

Bert Van Rompaey quittera Brussels Airlines fin mars

C’est un nom connu du secteur bancaire. Bert Van Rompaey, qui a été actif 16 ans chez BNP Paribas Fortis, dont 8 ans en tant que DRH, va quitter Brussels Airlines fin mars, a-t-on appris. Une information que la compagnie nous confirme. À l’époque de son départ de BNPPF, il nous expliquait qu’il voulait "se spécialiser dans la transformation des entreprises et des organisations".

C’est exactement ce qu’il a fait chez Brussels Airlines, où en plus du titre de DRH, il a aussi la casquette de "Head of Change". Arrivé en janvier 2019 dans la galaxie Lufthansa (Eurowings) puis en janvier 2020 dans la compagnie belge, il a aidé le CEO Dieter Vranckx à mener le plan Reboot à bien, puis sa version accélérée et amplifiée par la pandémie, le plan Reboot+. Un plan qui s’est soldé par la réduction des effectifs de 25% (1.000 personnes) dont à peine 60 licenciements secs, mais aussi par une flexibilité accrue du personnel et une réduction des coûts unitaires du travail. "Son successeur est belge et parfaitement bilingue", assure-t-on chez Brussels Airlines. B.E.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés