interview

Philippe Verdonck, CEO de l'aéroport de Charleroi: "La frustration sur les règles de voyage est énorme chez les passagers"

©BELGA

Le patron de l'aéroport carolo demande une harmonisation européenne sur les règles de voyage alors que c'est son staff qui est en première ligne.

C’est un sentiment qui monte en puissance chez le CEO de l’aéroport de Charleroi. À mesure que la crise du Covid dure, l’homme est de plus en plus remonté contre les mesures disparates et qui changent tout le temps pour voyager. "On le lit, le passager en a aussi le ras-le-bol de ce système de plus en plus qualifié d’amateurisme. Quand je parle avec les passagers, c’est une frustration immense", souligne Philippe Verdonck.

"Si vous devez lire le site des affaires étrangères, vous en avez pour 20 minutes", ajoute-t-il. Beaucoup de passagers seraient donc mal informés.

Le problème pour le CEO, c’est que l’aéroport se situe en première ligne. Ce sont ses équipes qui doivent vérifier si un passager peut embarquer. "Cela devient vraiment très compliqué pour le check-in. La masse de travail en plus est considérable", regrette Philippe Verdonck. "En cas de refus, le passager se retourne d’abord contre notre staff, mais quand on refuse quelqu’un, ce n’est pas nous qui le refusons, mais les autorités."

"Il est temps que tous les pays en Europe se mettent au diapason sur les règles de voyage."
Philippe Verdonck
CEO de l'aéroport de Charleroi

Souvent la discussion monte dans les tours sur le coup de l’émotion. Le CEO donne en exemple ces dizaines de passagers pour la Grèce qui ont dû être refusés, car leur test n’avait pas été fait dans le timing demandé par la Grèce. "Ils devaient faire le test le 15 août et comme c’était fermé, ils y sont allés le 14. On a téléphoné aux autorités grecques qui nous ont répondu qu'ils ne pouvaient pas embarquer", témoigne le patron. Résultat: des passagers avec enfants et valises furieux. Autant d’expériences négatives qui desservent la cause des voyages en avion, surtout à titre récréatif.

Le CEO plaide donc pour que tous les pays se mettent au diapason quitte à choisir des mesures fortes comme un test systématique. "On lancera, avec notre association ACI qui a une voix à la Commission, un appel vers l’Union européenne pour avoir un site web unique", détaille le CEO.

Les différentes associations du secteur aérien ont écrit le 31 juillet aux Premiers ministres, aux ministres des Transports, de la Santé et des Affaires intérieures de l'espace Schengen, de l'UE et du Royaume-Uni pour exprimer "leurs profondes préoccupations quant à leur incapacité à mettre en œuvre des approches cohérentes et fondées sur la science des restrictions de voyage".

"Malgré des appels répétés pour une approche scientifique, harmonisée et coordonnée des nouvelles restrictions, des approches nationales différentes sont apparues. Certaines de ces mesures nationales unilatérales (par exemple, les quarantaines, NDLR) sont contraires aux conseils des experts et nuisent davantage à la confiance des consommateurs", se plaignaient les associations dans leur lettre.

Informer et encore informer

En attendant, les professionnels doivent informer, informer et encore informer. C’est notamment le cas à Zaventem où les guichets d’infos reçoivent énormément de questions sur les mesures à respecter. "C’est compliqué pour les passagers de suivre les mesures dans les différents pays. Avec les codes rouges qui changent tout le temps, ce n’est pas facile pour eux et ça n’encourage pas les voyages. Il est notamment très difficile pour les passagers de choisir leur destination", témoigne Ihsane Chioua Lekhli, porte-parole de Brussels Airport. L'aéroport tourne actuellement à 20.000 passagers par jour contre 90.000 à la même période l’année passée.

"Les codes rouges qui changent tout le temps ne rendent pas la tâche facile aux passagers et n’encouragent pas les voyages."
Ihsane Chioua Lekhli
Porte-parole de Brussels Airport

"Nous sommes tout de même impressionnés par le respect des mesures", souligne cependant Kim Daenen, porte-parole chez Brussels Airlines. La compagnie vient toutefois de décider, tout comme sa maison mère Lufthansa, qu'un simple mot du médecin ne suffira plus pour ne pas porter le masque à bord. Pour être dispensé de masque, l'attestation du médecin devra être accompagnée d'un test négatif réalisé dans les 48h avant le vol.

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