Quelle place pour Brussels Airlines si Lufthansa est nationalisée?

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Etienne Davignon certifie que Lufthansa jouera la carte de la solidarité. Pour d'autres, Brussels Airlines, déjà en difficulté avant la crise, est mal armée pour y faire face.

En cas de (semi-)nationalisation de Lufthansa, quelle place aura Brussels Airlines dans les plans de l’État allemand? "L’aide allemande sera importante et elle va impliquer le groupe Lufthansa. Mais croire que les Allemands ne donnent qu’aux Allemands est une erreur. Ils restent solidaires avec leurs autres participations", assure Étienne Davignon, président de Brussels Airlines. "Lufthansa restera une société internationale et pas une société allemande", insiste celui qui a presque tout connu dans l’aérien belge.

"Lufthansa restera solidaire avec ses autres participations."
Etienne Davignon
Président de Brussels Airlines

Mais pour d’autres, la vraie question pour Brussels Airlines est ailleurs. "Le futur de Brussels Airlines n’était pas du tout assuré même sans la crise. À mon avis, le problème de fond et stratégique est toujours là. Il n’a jamais disparu et n’a jamais été réglé. Il y a un grand doute sur la viabilité d’une compagnie coincée entre les grands comme Iberia ou British Airways et les sociétés à bas prix. En plus, la crise actuelle touche la compagnie à un moment délicat, car le futur de la compagnie n’était pas clair au sein de Lufthansa. Bruxelles n’est pas un hub principal dans le paysage mondial. Ce n’est pas évident de trouver une place à long terme viable pour une société pareille, la tâche est d'autant plus ardue dans les conditions actuelles", insiste Paul Verdin, professeur en stratégie à Solvay.

Évidemment, s’il s’agit de sauver Lufthansa, l’Allemagne devrait tout de même être tentée de regarder d’abord à ses intérêts nationaux. C’est justement ce que la Commission européenne et la Présidence européenne devraient à tout prix éviter, estime Paul Verdin pour ne pas reproduire les erreurs commises lors du sauvetage des banques.

"Le problème du positionnement stratégique de Brussels Airlines n’a jamais disparu et n’a jamais été réglé."
Paul Verdin
Professeur en stratégie à la Solvay Business School

 "Dans l’absolu, si la stratégie de Lufthansa est plus influencée par des décisions politiques de Berlin dans un contexte de crise où le trafic est plus rare, on peut imaginer qu’une partie du trafic de Brussels qui serait redondant lui soit enlevé", pointe pour sa part Frédéric Dobruszkes, spécialiste en géographie du transport.

Si Lufthansa décidait tout de même de jouer la carte nationale, il faudra voir quelle serait l’attitude de la Belgique dans ce dossier. Pour rappel, Brussels Airlines a aussi demandé de l’aide à l'État belge. Ce dernier devrait, s'il l'accorde, demander de solides contreparties. Mais là aussi, le timing est compliqué. Veut-on vraiment aider massivement un secteur comme l’aviation qui est dans l’œil du cyclone face au réchauffement climatique? La question sera certainement soulevée.

©Dieter Telemans

Etienne Davignon est formel, ces discussions sur la forme des aides sont prématurées. "Nous n'avons pas besoin de l'argent demain, mais après-demain", sourit-il.

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