Ryanair avance unilatéralement face aux syndicats

©BELGA

Ryanair veut passer à la phase 2 de la loi Renault et licencier 172 personnes. Les syndicats, furieux, demandent au politique d'interdire les licenciements pour les "chômeurs temporaires".

Le bras de fer entre syndicalistes et travailleurs bat son plein chez Ryanair. Selon la CNE et ACV PULS, le dialogue social est rompu et Ryanair veut passer à la phase 2 de la procédure Renault unilatéralement. 172 emplois parmi le personnel de cabine sont sur la sellette à Charleroi et Zaventem. Les pilotes seront épargnés, car ils auraient accepté une réduction de salaire.

Pour rappel, Ryanair a décidé en pleine phase d'information de la procédure Renault de revoir deux fois à la hausse le nombre de personnes à licencier. "Dès le départ de la crise, ils ont indiqué qu’ils voulaient réduire les salaires. On leur a dit non, car nous sommes déjà au salaire minimum. Comme s’ils voulaient se venger, ils licencient", tacle Didier Lebbe, permanent syndical CNE.

"Comme s’ils voulaient se venger, ils licencient."
Didier Lebbe
Permanent syndical CNE

"Ryanair nous explique qu’ils ne peuvent pas nous donner les informations économiques et financières concernant la Belgique en se cachant derrière un règlement de la Bourse de Dublin. Ryanair refuse également de nous communiquer ce que coûteraient les indemnités des 172 licenciements ainsi que le coût du maintien sous contrat de ces travailleurs durant cette période de chômage temporaire", dénoncent les syndicalistes dans un courrier envoyé au ministre de l'Emploi Pierre-Yves Dermagne.

Le 2 novembre dernier, la compagnie a indiqué lors des résultats semestriels de son exercice décalé que sa position de cash était encore de 4,5 milliards d’euros malgré une perte nette de 197 millions sur 6 mois jusqu’au 30 septembre. Certes, la compagnie s’attend à des pertes encore plus importantes au deuxième semestre, mais quand elle se projette "au-delà de la crise de Covid-19 et de l'émergence de vaccins efficaces au début de 2021", le groupe Ryanair "s'attend à avoir une base de coûts plus faibles, un bilan plus solide, ce qui nous permettra de financer des tarifs plus bas et d'ajouter de nouveaux avions avec des coûts plus bas pour profiter des nombreuses opportunités de croissance qui seront disponibles sur tous les marchés à travers l'Europe, en particulier là où les compagnies aériennes concurrentes ont considérablement réduit leur capacité ou ont fait faillite."

"Interdire le licenciement des chômeurs temporaires"

Du côté des travailleurs, on comprend donc que Ryanair aura besoin de bras après la crise. "Les travailleurs ne sont pas bien traités dans cette procédure Renault et il semble que Ryanair cherche les failles dans le système. Alors qu'elle licencie en Belgique, elle publie en même temps des offres d’emploi ailleurs", regrette Cécile Cornet députée écologiste qui a interpellé le ministre Dermagne sur le dossier Ryanair fin octobre.

"Alors qu'elle [l'entreprise Ryanair] licencie en Belgique, elle publie en même temps des offres d’emploi ailleurs."
Cécile Cornet
Députée écologiste

La députée se réjouit donc que ce dernier ait envoyé l’inspection sociale pour vérifier que Ryanair joue bien le jeu et respecte les lois.  

Les syndicats demandent purement et simplement que les licenciements soient interdits pendant le chômage temporaire. Pour Didier Lebbe, les licenciements de Ryanair sont avant tout une question d'ego de la direction. "Ils veulent un totem", dit-il. Cécile Cornet craint pour sa part une "tentative de dumping social de Ryanair sous couvert du Covid".

Le ministre Pierre-Yves Dermagne ne veut pas se positionner sur la question de l'interdiction de licenciement des chômeurs temporaires.

Le ministre Pierre-Yves Dermagne ne veut pas se positionner sur la question de l'interdiction de licenciement des chômeurs temporaires. Un conciliateur social a été désigné, a cependant rappelé le cabinet du ministre. "Les procédures prévoient des droits et garanties pour les travailleurs, notamment le fait qu'on ne peut licencier. Le ministre est attentif aux conditions de la loi et le répercute auprès de Ryanair", a ajouté le cabinet.

En réponse à Cécile Cornet, le ministre Dermagne a d'ailleurs évoqué une possible évaluation de la loi Renault pour s'assurer que les travailleurs soient "correctement informés, consultés et qu'aucune information incomplète ou trompeuse ne soit fournie".

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