Ryanair et ses travailleurs belges enterrent la hache de guerre

Avec son programme de vols intra-européenns, Ryanair semble bien positionnée pour sortir vite de la crise sanitaire. ©BELGAIMAGE

Fumée blanche chez Ryanair. Une baisse salariale de 8% a été négociée avec les syndicats contre de nombreuses concessions. Il n'y aura pas de licenciements.

Un protocole d’accord a été trouvé entre les syndicats et Ryanair après de longs mois de discussions houleuses sur des diminutions de salaire. On se souviendra qu'au plus fort des discussions, Ryanair avait annoncé vouloir licencier 176 personnes (sur environ 500) dans le personnel de cabine basé en Belgique.

Un accord avait déjà trouvé avec les pilotes qui avaient accepté une baisse de salaire, mais avaient néanmoins continué à soutenir le personnel de cabine par la suite. Les syndicats avaient décidé d’aller en justice contre Ryanair via un dossier de contestation collective et une procédure pour non-respect de la loi Renault.

-8%
de salaire
Les travailleurs basés en Belgique acceptent jusqu'à 8% de réduction de salaire, contre 19 jours de repos compensatoires.

Les discussions sont également montées dans les tours avec les politiques belges. Ryanair ayant même menacé de supprimer des avions basés en Belgique et demandé des diminutions de tarifs aéroportuaires. Sans oublier que la firme irlandaise est en justice contre les aides d’États aux compagnies nationales partout en Europe.

Les discussions s'étaient faites plus discrètes depuis quelques semaines, ce qui laissait entendre qu’elles avançaient. De fait, un protocole d’accord a été trouvé entre les travailleurs et Ryanair.

Que contient l'accord?

En vertu de cet accord, plus aucun licenciement n’est prévu. Les travailleurs acceptent une baisse de salaire allant jusqu'à 8% en échange de 19 jours de repos compensatoires (RTT). Les 50 contrats de travail à durée déterminée (CDD) actuels seront transformés en contrats à durée indéterminée (CDI).

Détail qui a son importance: les 8% de réduction salariale ne s’appliqueront qu’à ceux pour qui cela ne les fera pas passer sous le minimum légal. On parle donc, en particulier, des chefs de cabine. Enfin, Ryanair s’engage à appliquer les augmentations de salaires sectorielles de 1,1% en 2019 et de 2% en 2020, les 8% de réduction s’appliquant sur le solde.

"Notre principale victoire, c’est que, dans ce protocole d'accord, Ryanair doit d’abord respecter les législations et les accords précédents."
Didier Lebbe
Permanent CNE

La possibilité est également donnée aux travailleurs basés en Belgique d’accéder à des congés sans solde, ce qui pourrait intéresser ceux qui souhaiteraient rentrer dans leur famille à l’étranger. Ryanair s’engage aussi à faciliter la mobilité du personnel entre les différentes bases en Europe. Enfin, la CNE-ACV Puls a réussi à faire accepter par Ryanair le principe du temps partiel, auquel elle était opposée jusqu’ici.

Le protocole d'accord a été validé par 95% du personnel.

Pas de package de départ

Pas question pour les syndicats de signer directement une nouvelle convention collective de travail. "Cet accord-ci dépendra de la capacité de Ryanair à respecter les accords précédents. Le passif doit être soldé. Notre principale victoire, c’est qu’ils doivent d’abord respecter les législations. Et après cela on discute des revendications de chacun", insiste Didier Lebbe de la CNE. "Force est de constater que les législations et les États dans toute l’Europe n’ont pas pu s’adapter pour faire en sorte que Ryanair respecte les règles", estime-t-il en laissant, de facto, la patate chaude aux travailleurs.

"10 ou 20 nationalisations ne seront jamais aussi fortes que Ryanair."
Didier Lebbe
Permanent CNE

Les syndicats n’ont pas gagné sur toute la ligne. Ryanair, qui ne va finalement licencier personne, n'appliquera donc pas de plan de départs volontaires avec des packages de départs. Si certains veulent partir, ils devront démissionner. "Un tel accord est préférable pour le personnel plutôt que des démarches judiciaires beaucoup trop longues", juge Didier Lebbe.

"Européaniser les règles"

"Il serait temps que les États se questionnent sur l’argent public qu’ils mettent dans leurs compagnies aériennes qui n’arrivent pas à être concurrentielles avec Ryanair. Il faut européaniser les règles et qu’elles soient les mêmes pour tout le monde", insiste Didier Lebbe. Il ne trouve pas normal que ce soit aux syndicats de se mobiliser depuis la base pour obliger Ryanair à respecter les règles.

Selon les termes de l’accord, les nouveaux salaires sont négociés jusque juin 2025.

"Si toutes les compagnies 'nationales' poursuivent sur la voie du modèle low cost, il nous faut aussi dénoncer l’utilisation de moyens publics pour les y aider. D’autant que, malgré cet argent public, elles ne pourront pas concurrencer une boîte comme Ryanair. 10 ou 20 nationalisations ne seront jamais aussi fortes que Ryanair", estime le syndicaliste qui affute déjà ses armes pour ses prochaines batailles.

Vers une relance de l'activité

Pour Ryanair, devenue première compagnie européenne en nombre de passagers, cet accord est l’occasion de sortir de cette crise sans mettre en péril sa reprise. La crainte de la société serait de manquer de personnel quand l’activité reprendra, surtout que de nombreux travailleurs souhaitent retourner dans leur pays en ces temps incertains. Selon les termes de l’accord, les nouveaux salaires sont négociés jusque juin 2025 (hors conventions sectorielles et index).

Ryanair devrait être l’une des compagnies qui sortira le mieux et le plus vite de la crise sanitaire. Avec son programme de vols intra-européenns, elle est mieux positionnée pour la relance que les compagnies qui basent leurs activités autour du long courrier.

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