Ryanair-O'Leary. O'Leary-Ryanair. Et si l'histoire avait une fin?

©REUTERS

Les mensonges du patron irlandais en pleine crise des annulations de vols nous ramènent 23 ans en arrière, quand les passagers n’avaient aucun droit. Michael O’Leary sait-il que le monde évolue?

Il y a plus de dix ans, Michael O’Leary avait annoncé à la presse qu’il quitterait Ryanair cinq ans plus tard. Les cinq années passées, jour pour jour, nous n’avons pas résisté à la tentation en lui rappelant cette déclaration et en lui demandant ses intentions. Il nous avait répondu: "Je vous avais dit dans cinq ans; je maintiens: ce sera dans cinq ans." Et il est toujours là… À se demander si le patron de la low cost la plus connue en Europe est inamovible, voire irremplaçable. Dans l’immédiat, c’est sûr, les actionnaires lui ont renouvelé sa confiance. Mais n’a-t-il pas fait son temps?

Poudre aux yeux

Depuis quinze jours, on n’arrête pas de parler de Ryanair. En mal. En deux vagues successives, un total de 715.000 passagers est affecté par des annulations de vols supposées prendre fin en mars 2018. Les associations de consommateurs se mobilisent. Les cabinets d’avocats spécialisés sont fort sollicités. Et, en arrière-plan, les pilotes s’organisent car ils ne sont pas mieux traités que les passagers, tant s’en faut!

Quant aux actionnaires, ils attendent de voir. Quand Michael O’Leary leur dit que la croissance du trafic sera réduite de 9% par mois à 4% et que le nombre de passagers transportés cette année sera de 129 millions plutôt que 131 millions (+ 7,5% par rapport à l’exercice précédent qui se termine en mars), ils ne font pas la fine bouche. Le bénéfice et les dividendes devront continuer à être substantiels. Mais ça, c’est O’Leary qui le dit! Il sera intéressant de voir l’état des réservations dans quelques semaines. Car, entre-temps, une chose est évidente pour le voyageur, le doute s’est installé.

Quand on compte sur un vol car on "doit" être à l’étranger à une certaine date, peu importe le prix (c’est mieux si c’est moins cher, évidemment), ce qui compte, c’est la certitude d’être sur place à temps. Et s’il y a un pépin, on compte sur la compagnie pour qu’elle vous assiste. D’ailleurs, c’est la loi en Europe. Et quand Ryanair met beaucoup de mauvaise volonté à réserver sur d’autres compagnies, non seulement, elle est en infraction, mais elle instille dans l’esprit du passager le sentiment durable qu’elle n’est pas fiable. Et qu’en définitive, sa campagne "Always Getting Better" était de la poudre aux yeux. La clientèle d’affaires, en tout cas, saura s’en souvenir.

Fake news

De toute évidence, un qui ne laissera pas faire Ryanair à sa guise, c’est Andrew Haine, CEO de la Civil Aviation Authority britannique. Dans une lettre adressée à Juliusz Komorek, responsable juridique de Ryanair, et dont nous avons pris connaissance, il rappelle à Ryanair ses obligations dans des termes assez sévères.

La compagnie doit aider les passagers en détresse des vols de et vers le Royaume-Uni à trouver les solutions de remplacement aussi vite que possible; elle doit même assister les passagers qui ont pris de mauvaises décisions "en raison des mauvaises informations de Ryanair"; elle doit rembourser toutes les dépenses résultant des annulations. Ouille!

Le problème d’O’Leary est qu’il a toujours incarné Ryanair. Côté face, ce génie des affaires a réussi à comprimer les coûts d’une compagnie aérienne jusqu’aux bouts des chandelles, sans rogner sur la sécurité, rappelons-le quand même. Il a inspiré bien des transporteurs et, incontestablement, tourné une page de l’aviation. Les écologistes (qui volent quand même) s’en plaignent, mais il est vrai que ceux qui prenaient autocars ou trains dans le temps s’envolent plus facilement pour le même prix.

Dans le même temps, O’Leary a favorisé l’essor de régions et d’aéroports, Charleroi en tête. Et le besoin est là. La preuve, l’Écosse s’est plainte d’être la plus lésée par les annulations de vols. La compagnie irlandaise a bien créé un besoin!

Mais à côté de cela, il y a eu tous les excès: les pubs incendiaires contre la Sabena, les "suggestions" style taxe d’obésité, faire piloter les hôtesses, faire payer les toilettes, les vols sans enfants (dommage…), voyager debout ou les billets à zéro euro (on attend toujours).

À chaque coup, la presse embrayait en complice bienveillante, pour le plus grand bonheur de Michael O’Leary. Et pourtant, la presse n’a pas été épargnée par ses critiques. Tout comme les grandes compagnies, les grands aéroports, les syndicats, les contrôleurs aériens, la Commission européenne, les agents de voyages et nous en passons.

Bad Michael vs good O’Leary

Pour nous qui l’avons connu en coulisses, dans des salons feutrés, pour discuter sérieusement, le contraste était grand entre la perception intelligente du transport aérien et les grands shows médiatiques où l’homme s’emporte facilement pour faire un bon mot ou lancer une pique désagréable vers un adversaire du moment. On avait cru un moment que le "bon Michael" avait pris le pas sur le mauvais en voulant attirer une nouvelle clientèle, mais le côté obscur de la Force a pris le dessus depuis quinze jours.

Si O’Leary est viré ou s’il part par lassitude pour s’occuper de ses chevaux, on risque de trouver, avec des Kenny Jacobs ou Eddie Wilson, des dirigeants qui ont le même bagout qu’O’Leary. Mais si le modèle Ryanair doit changer pour faire place à plus d’humanité – et peut-être moins de croissance –, rien n’interdira à Michael de rester à la barre. Les paris sont ouverts.

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