Ryanair veut réduire les salaires jusqu'à 20%

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Le syndicat CNE se prépare à contrer une stratégie de Ryanair visant à mettre les travailleurs des différents pays en concurrence, alors que la compagnie aérienne veut également licencier 3.000 personnes au minimum.

La compagnie aérienne low cost Ryanair ne demande pas d'aide d'État à strictement parler, mais cela ne signifie pas que la compagnie n'entend pas réduire ses coûts en ces temps de crise. La société a annoncé sa volonté de réduire les salaires de 10% pour les équipages et de 20% pour les pilotes.

Le syndicat CNE a été contactée par la direction qui lui laisse le week-end pour la réflexion. "Il peut sembler que les réductions de salaire soient préférables aux pertes d'emplois, mais Ryanair ne garantit en aucun cas qu'il s'agit d'un choix", indique la CNE.

"Ces annonces de réductions salariales lors de conférences téléphoniques soulèvent plus de questions que de clarifications. Outre ce qui se passera si nous n'acceptons pas, la question la plus importante est de savoir combien de temps ces réductions dureront. Nous devons également considérer qu'avec des opérations réduites à 40/50% pour les mois de juillet et août (voire plus), ces réductions seront finalement bien supérieures à seulement 10%. D'autant plus que nous ne savons pas encore si ces réductions porteront sur notre rémunération fixe (de base), variable (en heures) ou sur les deux", détaille-t-on encore au syndicat chrétien.

Coupes inéluctables

Ryanair a annoncé vouloir supprimer au minimum 3.000 emplois sans préciser dans le détail où ces coupes auraient lieu. Dans un message interne, Eddie Wilson, le CEO de Ryanair DAC a indiqué que 100 millions d'euros seront perdus en mai et juin et que la compagnie perdrait encore de l’argent en juillet, août et septembre, "les trois mois où nous réalisons normalement la plus grosse partie de nos bénéfices".

"Il n’y a pas de solution facile. C’est une crise et ne laissez personne vous convaincre du contraire. Nous devons réduire les coûts partout."
Eddie Wilson
CEO de Ryanair DAC

Les coupes dans les avions et le personnel sont donc inéluctables, a indiqué Wilson. "Il n’y a pas de solution facile. C’est une crise et ne laissez personne vous convaincre du contraire. Nous devons réduire les coûts partout: avions, aéroports, fournisseurs et le coût du personnel, navigant, mais aussi à Dublin. Ne rien faire n’est pas une option!", a assuré le CEO à son personnel.

Concurrence entre les pays?

Mais, du côté syndical, on soupçonne surtout Ryanair de vouloir faire jouer la concurrence entre les travailleurs des différents pays. On craint que si des travailleurs de certains pays sont plus réticents que d'autres à accepter des coupes salariales, ce soient ceux-là qui soient licenciés en priorité. 

Mais les syndicats de Ryanair ont déjà démontré leurs capacités à se mettre ensemble par le passé. "On s’organise au niveau européen pour faire une réponse commune avec les pays avec lesquels on a fait la grève en 2018. Ça ne sert à rien de nous mettre en concurrence", insiste Didier Lebbe, permanent de la CNE à Zaventem. 

Il s'agit donc pour les syndicalistes de d'abord annoncer la couleur en termes d'emplois. Dans un entretien accordé à nos confrères de La Libre, le grand patron du groupe Ryanair, Michael O'Leary, indique que des centaines d'emplois sont menacés à Bruxelles et à Charleroi alors que cette crise va coûter des milliards à Ryanair. Si le plan est en effet de licencier du personnel par centaines, il faudra "d’abord l'annoncer et puis on va demander au management de lancer une procédure Renault", insiste Didier Lebbe.

Ryanair mène un autre combat contre les aides d'État aux compagnies nationales. "Ces compagnies qui auraient dû réduire leurs capacités vont avoir un avantage injuste contre Ryanair", a indiqué Eddie Wilson dans son message interne. Michael O'Leary promet dans La Libre d'attaquer une aide belge à Brussels Airlines si elle est accordée, comme il l'a fait ailleurs. 

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