Sabena et l'État belge rachètent la Sabca, le titre s'est envolé

©BELGA

L'annonce est tombée ce matin. Sabena Aerospace et la SFPI rachètent la société aéronautique belge Sabca au groupe Dassault. Montant de la transaction: 74,6 millions d'euros. À l'issue de la transaction, l'action Sabca quittera la cote. En attendant, elle a pris 25% à la clôture de la Bourse.

La nouvelle est tombée jeudi soir: oui, la Sabca a trouvé un repreneur qui lui permet de redevenir un acteur 100% belge. En fait, il s'agit d'un duo: Sabena Aerospace et la SFPI, le bras financier de l'État belge.

"Dassault Belgique Aviation SA, Sabena Aerospace SA et Société Fédérale de Participations et Investissements annoncent avoir conclu un accord le 5 février 2020, en vertu duquel Dassault s’est engagée à vendre la totalité de sa participation de 96,85% dans Société Anonyme Belge de Constructions Aéronautiques à une nouvelle joint-venture qui sera constituée par Sabena et la SFPI/FPIM, pour un montant total de 74.571.676,67 d’euros, soit 32,0833 euros par action", lit-on dans un communiqué.

En quoi consiste l'opération?

"La Belgique a été un pionnier de l'aérospatiale et de l'aviation et nous sommes donc très fiers d'acquérir Sabca et de l'ancrer en Belgique, ce qui permettra de sauvegarder et de renforcer l'écosystème aéronautique local et l'emploi", explique Koen Van Loo de la SFPI .

Concrètement, à l'issue de la transaction, la nouvelle joint-venture détiendra donc 96,85% des actions Sabca. Une offre publique d'acquisition obligatoire sera lancée dans un second temps sur les actions restantes. Elle se fera au prix de 32,0833 euros, soit une prime de 54,10% par rapport au cours moyen des 30 derniers jours de l'action.  

La nouvelle constellation crée un véritable leader de l’aéronautique en Belgique, avec une forte présence dans l’aviation civile, la défense et l’espace.
Thibaut Jongen
Sabca

Après la clôture de la période initiale d'acceptation de l'offre obligatoire, celle-ci sera rouverte sous la forme d'une offre publique de retrait en vue du delisting de l'action Sabca d'Euronext Bruxelles.

"La nouvelle constellation crée un véritable leader de l’aéronautique en Belgique, avec une forte présence dans l’aviation civile, la défense et l’espace. Le partage des connaissances techniques, l’expertise et la position sur le marché renforceront sans aucun doute nos activités, car les sociétés bénéficieront de fortes synergies commerciales et financières", indique Thibaut Jongen, président et CEO du groupe Sabca.

 

Belle plus-value pour Dassault

Il y a onze mois, Dassault avait racheté les 43,57% détenus par Fokker dans la Sabca. Le groupe français avait alors déboursé 7,5 millions d'euros pour ce paquet de titres: il avait donc payé un prix de 7,17 euros par action.

La vente à Sabena Aerospace et la SFPI se fera au prix de 32,0833 euros par action. Le calcul est facile à faire. Sur le bloc de 43%, hérité de Fokker, Dassault va engranger une plus-value de 24,91 euros par titre. Soit un bonus global de quelque 26 millions sur cette partie-là de la transaction. Joli coup!

Qui est Sabena Aerospace?

Dirigée par Stéphane Burton, Sabena Aerospace est une ex-filiale belge de Sabena Technics. L'entreprise avait retrouvé son indépendance lors d'un management buy out (MBO) en 2014. 

54,10
%
L'offre sur la table représente une prime de 54,10% par rapport au cours moyen des 30 derniers jours de l'action Sabca.

Avec ses filiales à l'étranger, la société Aerospace a réalisé en 2018 un chiffre d'affaires de 55 millions d'euros et emploie 400 salariés.

Lors du dernier salon du Bourget, Sabena Aerospace s’est vu accorder par l’américain Lockheed Martin la prolongation de son agrément comme centre de services agréé de l'avion de transport militaire C-130 Hercules jusqu’en 2032.

Sabena Aerospace a par ailleurs créé il y a deux ans, avec la Sonaca, une coentreprise 50-50, baptisée Ignition!, qui vise la maintenance des avions de combat. À ce jour, elle n'a toutefois pas encore décroché de contrats. 

50 ans d'histoire

La Société anonyme belge de constructions aéronautiques qui a soufflé ses 100 bougies était dans les mains du groupe Dassault depuis 50 ans. Elle avait été mise en vente au printemps dernier. La cotation de l'action suspendue depuis jeudi matin a repris à 16h30 et a bondi de 25% à 27 euros en clôture de la séance boursière, soit un gain de 5,40 euros pour prendre la direction des 32,0833 euros par action promis par Sabena Aerospace et la SFPI. 

La SFPI, premier soutien de l'aéronautique belge

En signant une nouvelle coentreprise avec Sabena Aerospace en vue de racheter la Sabca, la SFPI, le bras financier de l'État belge, ajoute une nouvelle plume à son chapeau. 

Selon toute vraisemblance, Sabena Aerospace devrait prendre 50 % plus une action de cette nouvelle coentreprise. Néanmoins, rappelons également la présence de la SFPI au capital de Sabena.

L'aéronautique est en effet bien représenté au sein du portefeuille puisque la SFPI est présente dans Sabena Aerospace à hauteur de 7,58%. Elle détient aussi 7,39% de la Sonaca et encore 1,38% de Safran Aero Booster.

On retrouve aussi par ailleurs la SFPI dans Brussels Airport (25%) et Air Belgium (12,50%).   

La SFPI se targue de gérer un portefeuille de 16 milliards d'euros d'actifs pour le compte de l'État fédéral.

 

 

©MEDIAFIN

Les travailleurs soulagés

Les travailleurs de la Sabca sont soulagés que leur entreprise soit reprise par des acteurs belges, selon les échos de la CNE et de la FGTB. Les syndicats chrétien et socialiste se disent également satisfaits que l'annonce n'ait aucun impact sur l'emploi, ni maintenant ni dans les mois à venir.

Patrick Vercauteren, délégué principal CNE à la Sabca à Haren, en retient surtout que c'est un repreneur industriel qui s'est manifesté "et non un fonds vautour". Il pointe très positivement le caractère belge des repreneurs et se dit à présent dans l'attente de la mise en place de la nouvelle structure et des projets aéronautiques à venir.

Son collègue Jan Baetens, permanent CSC pour les ouvriers sur le site de Haren, abonde dans son sens. "Cela apporte une sécurité aux travailleurs sur le lieu de travail", relève-t-il. "Les gens sont donc plus rassurés qu'inquiets par cette annonce."

"Nous n'avons pas peur pour l'emploi après cette annonce car l'activité tourne bien", confie d'ailleurs Romeo Bordenga, permanent FGTB. Il y a de belles perspectives pour la Sabca, le carnet de commandes se remplit bien et du personnel a été et est engagé, illustre-t-il.

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés