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Si Brussels Airlines réduit l'allure, ils seront nombreux à souffrir

Brussels Airlines, dont les avions sont cloués au sol, avait en moyenne 224 départs et arrivées par jour (sur 600 au total) à l'aéroport de Zaventem. ©Photo News

Brussels Airlines a annoncé reprendre une partie de ses vols le 15 juin. Avec 40% du trafic à Brussels Airport, la compagnie est un moteur essentiel du trafic aérien. Toute perte d’emploi en son sein risque d’avoir un effet multiplicateur.

Bien qu’on s’y attendît, l’annonce, mardi dernier, d’une réduction de la voilure de Brussels Airlines (SN) a eu l’effet d’une douche froide. Réduction de la flotte de 30% (8 moyen-courriers sur 38; 2 long-courriers sur 10); réduction de la capacité – et des effectifs (1.000 unités sur 4.200) – de 25%; suppressions d’escales (certaines déjà connues, d’autres à déterminer), l’addition est lourde.

Et même plus qu’on le croit car, en transport aérien, il est communément admis qu’un emploi direct en génère deux indirects. Jeudi encore, la Chambre de commerce de Bruxelles (Beci) et l’organisation patronale flamande Voka rappelaient que l’aéroport de Bruxelles représente 24.000 emplois directs et 40.000 emplois indirects.

Quand les passagers reviendront-ils?

La réduction de l’offre est une chose, mais quelle sera la demande des passagers? Jeudi, SN a annoncé une reprise des vols le 15 juin. Reste à savoir vers où. Il est question de supprimer 24 escales. On verra surtout quelles seront, à cette date, les réglementations dans les pays de destination. Il y a très peu de chance aujourd’hui que, si on ouvre Malaga à la réservation, les touristes se précipitent: ils risquent une quarantaine pour leurs vacances.

"On passe notre temps à gérer des annulations et tenter de récupérer des avances déjà payées aux compagnies aériennes qui font la sourde oreille."
Jean-Philippe Cuvelier
Ancien président de l’Upav

Le pire est qu’avec les déconfinements, on a bien été avertis qu’on pouvait revenir en arrière. Pendant qu’on est à l’étranger? Nous avons des connaissances bloquées en Thaïlande depuis mars. Et prendrait-on le risque de réserver un vol qu’il faudra annuler et de se voir alors octroyer un "bon à valoir" dont on ne saurait que faire?

Jean-Philippe Cuvelier, ancien président de l’Union professionnelle des agences de voyage (Upav), nous confiait être heureux que les agences de voyages puissent recommencer à travailler, mais il s’interrogeait: "Mais pour envoyer les touristes où ça? Nous n’avons rien à vendre! À l’inverse, on passe notre temps à gérer des annulations et tenter de récupérer des avances déjà payées aux compagnies aériennes qui font la sourde oreille. Tout ça sans plus recevoir un euro de recette!"

©Mediafin

Tout le monde y perd

Mais qui sera impacté par une diminution des activités de Brussels Airlines?

• Brussels Airport, en premier lieu, bien entendu. Le calcul est rapide. Si on diminue la capacité de 25%, mais en n’autorisant en cabine que des coefficients de remplissages plus "coronacompatibles", le nombre de passagers va diminuer. De moitié? Brussels Airlines représente 40% du trafic à Zaventem. Déjà une diminution d’un quart représente une baisse de 10% du trafic total de Brussels Airport, soit 2,5 millions de passagers au bas mot et à 22,16 euros de redevance par départ. SN avait en moyenne 224 départs et arrivées par jour (sur 600 au total). L’an dernier, SN a versé 150 millions d’euros à Brussels Airport.

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• Autre conséquence pour Brussels Airport: l’attrait amoindri de la plateforme si SN perd de son importance en Afrique. Arnaud Feist, CEO de l’aéroport l’a bien rappelé: les compagnies membres de Star Alliance, dont fait partie Brussels, savent que l’aéroport est le carrefour des vols vers l’Afrique. Ce qui a attiré Thai, Air Canada, United ou All Nippon. Singapore Airlines devait venir en octobre, mais a temporairement supprimé les réservations sur son site. À suivre...

• Toujours dans l’enceinte de l’aéroport, tous les commerces ont été impactés et, malgré une reprise attendue de SN pour la mi-juin – après près de cent jours (96) d’inactivité – et celle, progressive, d’autres transporteurs, qu’en sera-t-il des bars et restaurants?

• Une perte d’activité chez Interparking est également à craindre, de même qu’auprès des chauffeurs de taxi qui sont, pour la plupart, des indépendants. Diminution aussi de la clientèle à la SNCB et dans les bus.

• Swissport est la société de handling (nettoyage des avions, assistance au sol, traitement des bagages…) de Brussels Airlines, qui représente à peu près la moitié de son chiffre et encore, avec des marges réduites. La société avait déjà des difficultés avant la crise du Covid-19. Elle a annoncé lors d’un conseil d’entreprise extraordinaire, ce vendredi, que ses activités avaient connu une chute vertigineuse en mars et avril, et étaient pratiquement nulles ces dernières semaines en ce qui concerne les services au sol pour les avions passagers. Elle table sur 40% d’activités d’ici la fin de l’année, et "envisage tous les scénarios afin d’examiner si assurer un avenir durable à ses activités est possible."

Notons que Brussels Airlines travaille aussi avec sa concurrente Aviapartner, mais dans certaines escales à l’étranger. Si celles-ci sont supprimées, voire à fréquences réduites, il y aura un impact.

40%
du trafic
Brussels Airlines représente 40% du trafic à Zaventem. Une diminution d’un quart des vols représenterait une baisse de 10% du trafic total de Brussels Airport, soit 2,5 millions de passagers.

• LSG SkyChefs, filiale à 100% de Lufthansa, est en charge du catering et occupe de l’ordre de 600 personnes à Bruxelles. La réduction des vols et des capacités aura des conséquences sur la société, surtout si, pour cause de crise, on modifiera le principe même de la restauration à bord. Ceci impactera aussi d’autres fournisseurs tels Palais du Vin, Neuhaus, Spa ou certains brasseurs.

 A priori, il ne devrait pas y avoir d’effets sur le personnel Skeyes qui est en charge du contrôle aérien, puisque le service doit être assuré 24 heures sur 24 et que les vols full cargo fonctionnent à plein rendement (+52,1% du volume en avril). En revanche, il est clair que, tout en devant assurer ses services comme en temps normal, mais avec beaucoup moins de recettes, Skeyes se trouve dans une situation problématique.

 Au niveau de la maintenance, la diminution de la flotte aura des conséquences à la fois pour Lufthansa Technik et pour Sabena Aerospace. Pour les loueurs d’avions, il y aura sans doute des discussions pour revoir les locations mensuelles, mais une série d’avions retournera évidemment chez leurs propriétaires (mais SN ne communique pas les noms).

• Enfin, la diminution de la capacité chez Brussels aura un impact sur le tourisme réceptif. On considère généralement qu’un couple de touristes dépense en moyenne 650 euros pour un weekend dans une ville d’art en restaurants, hôtels, location de voitures, loisirs divers. La limitation du tourisme "incoming" risque aussi d’être douloureuse.

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