Skeyes espère laisser le douloureux chapitre des grèves derrière elle

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Un accord a été conclu sur le mécanisme des horaires des contrôleurs aériens de skeyes. Le CEO Johan Decuyper espère pouvoir redémarrer un nouveau chapitre avec ses employés et les aéroports.

La contestation sociale est-elle finie chez skeyes? C’est ce qu’espère son CEO Johan Decuyper après avoir obtenu un accord sur l’épineuse question des horaires des contrôleurs aériens. Les travailleurs de skeyes pourront continuer d’utiliser une sorte de "marché interne" pour échanger leurs gardes.

La différence, c’est que désormais le système prendra en compte toutes les règles européennes, par exemple en ce qui concerne la gestion de la fatigue. C’était une obligation légale pour 2020. "La priorité reste que les remplacements sont réglés par ce marché en interne sans intervention de notre part. Seulement, il faut être sûr que tout le planning est conforme à la réglementation. Il y a des mécanismes en plus qui permettent au management de faire le nécessaire quand il y a des trous dans le planning", nous explique le CEO Johan Decuyper.

100
Skeyes engage 100 personnes cette année. Avec les départs, cela fera un engagement net de 50 personnes pour un total de 950 employés.

Dans le détail, les représentants de la CGSP ont voté pour le planning tout comme les libéraux. Ces derniers avaient pourtant voté contre l’accord de mai dernier. Finalement, seul l’ACV Transcom, le pendant flamand de la CSC Transcom, n’a pas voté le texte et s’est juste abstenu. Ce dernier syndicat est puissant au sein de l’entreprise. "Je ne vais pas commenter leur décision, mais une abstention c’est autre chose qu’un vote négatif. Le fait que les libéraux ont voté favorablement prouve que l’on a démarré un processus où l’on a associé tout le monde pour moderniser l’entreprise", estime ainsi Johan Decuyper.

"Quelques modifications importantes ont été apportées au texte d’origine, sur lesquelles nous avions insisté. Par exemple, chaque contrôleur aérien devait être de garde deux fois par an, indépendamment de son shift. Cette disposition a été retirée du texte", justifie Kurt Callaerts, secrétaire permanent de l’ACV Transcom. Selon l’organisation syndicale, il est toujours problématique que les contrôleurs aériens reçoivent leurs horaires deux semaines à l’avance, contre deux mois auparavant. "Le texte original a été fondamentalement modifié", ajoute Kurt Callaerts. "De nouvelles actions ne sont pas à l’ordre du jour."

Grogne des aéroports

Les grèves à répétition au printemps ont laissé des traces dans les aéroports et auprès des compagnies aériennes. À l’aéroport de Zaventem par exemple, les grèves du printemps dernier ont coûté des millions d’euros avec 313 vols passagers annulés et un peu moins de 100 vols cargos annulés.

Certains vols cargos ont été déviés de manière définitive de l’aéroport de Zaventem, qui a perdu quelques clients, en plus de l’impact négatif sur l’image. Chez Brussels Airlines, on a aussi dû gérer cette crise au jour le jour. On se félicite aujourd’hui d’un accord qui constitue "un pas dans la bonne direction".

À l’aéroport de Liège, les mouvements de grève nocturnes avaient été qualifiés de "catastrophe économique" pour l’aéroport, qui est principalement actif la nuit pour l’activité cargo.

Si plusieurs procédures sont en cours contre skeyes, le CEO Johan Decuyper rappelle qu’il n’a encore rien dû payer. "Les procédures peuvent encore durer longtemps. À court terme, toutes ces procédures sont finies. Je pense que les accords conclus avec le personnel nous permettent de démarrer un nouveau chapitre avec les aéroports. Nous sommes un partenaire fiable pour les aéroports wallons", dit-il.

L’homme veut maintenant attaquer de front les autres chapitres de l’avenir de skeyes. Le contrôle aérien pour les drones en est un important. La semaine passée, skeyes présentait une nouvelle version de Droneguide, qui va devenir le point central pour autoriser les vols de drone professionnels en Belgique.

L’autre volet important est celui de la digitalisation des activités avec la création de tours de contrôle digitales qui permettent d’étendre le périmètre de contrôle et les capacités de contrôle.

Avec ces tours digitales, une tour basée à Munich, par exemple, pourrait très bien servir à contrôler l’espace aérien belge. Il ne s’agit donc pas pour skeyes de se laisser dépasser sur ce volet technologique.

Projet wallon

"Le cercle vicieux de méfiance avec les travailleurs est cassé et j’espère qu’il est derrière nous."
Johan Decuyper
CEO de skeyes

À l’inverse, si skeyes se positionne bien sur ce créneau, la société pourra peut-être attaquer les marchés où l’activité est libéralisée. "Nous avons un projet avec la Région wallonne pour réaliser des tours digitales en 2023 à Charleroi et à Liège", ajoute Decuyper.

Skeyes emploie 900 personnes. Après avoir connu une période de gel des effectifs de 2007 à 2014, elle engage constamment depuis 2015 pour faire face au manque de contrôleurs aériens. Rien que cette année, 100 personnes seront engagées. Avec les départs, le personnel de skeyes sera ainsi porté à 950 personnes.

De quoi garantir une longue vie à skeyes dans le futur. "Le cercle vicieux de méfiance avec les travailleurs est cassé et j’espère qu’il est derrière nous. On peut redémarrer positivement. Jusqu’à présent, nous avons un monopole. Si nous donnons service de qualité et moderne, l’envie de libéraliser sera moindre que quand le service n’est pas livré", conclut le patron.

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