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analyse

Taxer encore le transport aérien: est-ce vraiment le bon moment?

©Airbus

Des projets européens et nationaux visent une fois de plus à taxer le transport aérien, au nom d’arguments divers. Mais les compagnies aériennes en ont-elles les moyens?

La Commission européenne va revenir à la charge avec son projet "Fit for 55" qui vise à réduire les émissions de carbone de 55% d’ici à 2030 et comparées à 1990. Dans ce projet, les transports aérien et maritime sont concernés, l’idée étant de taxer le kérosène et peut-être aussi l’électricité utilisée pour les avions à propulsion électrique (les vols de plaisance et l’aviation d’affaires n’étant pas encore concernés, on voit mal qui cela pourrait viser dans l’immédiat). "Encore des taxes!", s’insurgent les transporteurs qui n’en comprennent jamais la destination finale.

En aérien, ne seraient concernés que les avions pour passagers (pourtant les cargos sont généralement plus polluants), mais chaque État serait libre d’appliquer sa propre taxe pour ces secteurs. En plus de ce qui existe déjà aujourd’hui, apparemment, comme les ETS (Emission Trading Scheme) qui existent en Europe depuis 2012 - un dispositif qui a coûté 900 millions d’euros aux compagnies de l’Union européenne en 2019.

Mettons de côté les détails des polémiques qui ont surgi quand les transporteurs non-UE ont refusé de contribuer à ce système, sous menace de sanctions (survol interdit de la Sibérie, interdiction de vol en Chine, etc.).

"Toute nouvelle réglementation devra s’assurer qu’elle s’applique à tous les transporteurs sur un même marché."
Airlines For Europe

Résultat, seuls les Européens (les passagers des compagnies pour tout dire) payent ces taxes, dont personne ne sait à quoi elles servent. Airlines For Europe est catégorique: "Toute nouvelle réglementation devra s’assurer qu’elle s’applique à tous les transporteurs sur un même marché." Vœu pieux?

Où va le fric?

Les compagnies aériennes cherchent avant tout à réduire leur consommation en carburant, pour de simples raisons financières. Raisons pour lesquelles elles choisissent des avions moins gourmands et que les constructeurs, motoristes en tête, mettent au point des systèmes plus performants. Ce sont donc bien eux qui investissent, et pas les États. Ce qui signifie que si l’on pénalise encore les compagnies, "les taxes siphonneront l’argent de l’industrie qui pourrait soutenir les investissements", comme l’a déclaré Willie Walsh, le nouveau directeur général de l’Association du transport aérien international (290 compagnies), l’Iata.

Toutes les compagnies acceptent l’idée de carburants alternatifs (SAF: Sustainable Aviation Fuel), mais pas s’ils coûtent, comme aujourd’hui, de trois à cinq fois le prix des carburants fossiles. Et pas non plus, si, pour les produire, il faut désertifier des plaines entières au détriment de l’approvisionnement en nourriture des populations, comme le rappelle A4E.

Et pourquoi pas unifier l'espace aérien de l'UE?

En revanche, au lieu de ponctionner le transport aérien, dont on a besoin (demandez aux populations insulaires), l’UE serait peut-être bien inspirée d’unifier son espace aérien, comme les compagnies le réclament depuis le siècle dernier. "Cela réduirait de 6 à 10% les émissions de CO2 en Europe", rappelle Willie Walsh qui a été très sévère: "Les politiques européens sont rapides pour dire ce que l’industrie devrait faire pour l’environnement, mais ils demeurent muets lorsqu’il s’agit de leurs responsabilités."

Une taxe kérosène est-elle envisageable, alors que les compagnies sont exsangues? "Avec des politiques qui visent un électorat écolo, tout est possible", nous confie un consultant qui restait néanmoins dubitatif: "Même si la Belgique est pour, ce n’est peut-être pas la majorité, car Malte et Chypre ont besoin des compagnies, de même que les îles grecques, italiennes, espagnoles qui vivent du tourisme."

Or, il faut rappeler que les questions fiscales doivent être tranchées à l’unanimité au Conseil des ministres européens. Et donc, ce n’est pas gagné. C’est en tout cas ce qu’espère le transport aérien.

Le résumé

  • La Commission européenne va revenir à la charge avec son projet "Fit for 55" qui vise à réduire les émissions de carbone de 55% d’ici à 2030 et qui contient l’idée de taxer le kérosène.
  • Airlines For Europe est catégorique: "Toute nouvelle réglementation devra s’assurer qu’elle s’applique à tous les transporteurs sur un même marché." Un vœu pieux?
  • De nouvelles taxes risquent de siphonner l’argent avec lequel l’industrie pourrait soutenir les investissements selon le nouveau directeur général de l’Association du transport aérien international, l’Iata.

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