Un Belge en pole pour le virage périlleux de Brussels Airlines

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En plein plan de restructuration, Christina Foerster part pour Lufthansa, la maison mère de Brussels Airlines. Le CFO Dieter Vranckx devrait reprendre ses fonctions. Son défi est de taille.

Brussels Airlines va devoir se trouver un nouveau pilote pour faire atterrir sa restructuration. La CEO Christina Foerster partira le 1er janvier. Elle est promue au sein de la maison Lufthansa. Elle rejoint le comité exécutif de la société, qui a été élargi pour l’occasion, pour s’occuper du "Customer & Coporate Responsibility." Quant au département HR & Legal, il sera dirigé par Michael Niggemann, l’actuel CFO de Swiss International Airlines.

1. Départ après 18 mois

Ce départ est rapide. Christina Foerster n’a pris ses fonctions qu’en avril 2018, après que le CEO de l’époque, Bernard Gustin soit licencié par Lufthansa. La suite, on la connaît: une volonté affichée par le groupe allemand d’intégrer Brussels Airlines à Eurowings. Une thèse que la nouvelle CEO a défendue en son temps dans nos colonnes. Finalement, Eurowings est allée de difficulté en difficulté et a enchaîné les mauvais résultats. Au cœur de l’été, coup de théâtre, Brussels Airlines sera une filiale autonome à part entière.

Au passage, Brussels Airlines se voit affubler d’objectifs très ambitieux. Il s’agit d’obtenir une marge EBIT de 8% d’ici 2022, soit bien plus que la moyenne du secteur. Pour Christina Foerster, cette marge est pourtant indispensable, rien que pour financer l’entreprise et conserver sa taille.

2. Un Belge à la barre

Un plan de réduction des coûts avec des départs volontaires, service par service, est donc mis sur pied. Il s’appellera "Reboot". Ce plan prend bien soin d’éviter une restructuration pure et dure. Les discussions sont en cours avec les syndicats. En plein milieu de celles-ci, Christina Foerster annonce donc son départ.

Le successeur est tout désigné. Étienne Davignon nous explique que l’annonce ne l’a en tout cas pas pris de court. Un conseil d’administration devrait avoir lieu dans la semaine. Il devrait y être décidé que le numéro 2 de la société, Dieter Vranckx, prend le poste de CEO de Brussels Airlines. "Ce sera une candidature interne et quand le numéro 1 s’en va, il y a un numéro 2", nous glisse le président. Le CFO a d’ailleurs également le rang de "deputy CEO".

Au moment du licenciement de Bernard Gustin, beaucoup de Belges avaient regretté que Brussels Airlines ne soit plus dirigé par un compatriote. La nomination d’un Belge à la tête de Brussels Airlines "n’est pas pour me déplaire", nous souffle Étienne Davignon. Les syndicats étaient surpris de l’annonce du départ de la CEO. Mais le nom de Dieter Vranckx n’est pas pour déplaire à plusieurs d’entre eux. Pour Paul Buekenhout, du syndicat chrétien ACV Puls, "il semble la personne toute désignée puisqu’il connaît la maison, tant celle de Brussels Airlines que celle de Lufthansa." "Au moins, nous le connaissons, il est belge et parfaitement bilingue", complète Anita Van Hoof du BBTK/Setca.

"Elle a pris ses fonctions dans des conditions compliquées. Elle a conquis le respect des équipes."
Étienne Davignon
Président de Brussels Airlines

3. Quel bilan après 18 mois?

Mais quel bilan tirer de la période Christina Foerster. La question est compliquée, car les grandes orientations stratégiques ont été prises d’Allemagne. "Elle a pris ses fonctions dans des conditions compliquées. Elle a acquis une position de respect par rapport à l’ensemble des équipes de Brussels Airlines", souligne Étienne Davignon. Le président de citer le prix du carburant ou la faillite de Thomas Cook comme autant de difficultés auxquelles la CEO a fait face. "Elle ne s’attendait pas du tout à partir. Ce n’était pas dans ses plans, mais quand l’opportunité vient, il faut la saisir!", assure le président de Brussels Airlines.

"On sort d’une période très agitée faite de multiples réorientations. On a l’impression que tout est décidé sur un coup de tête. On sort du plan Gustin, on rentre dans un plan Eurowings. Puis on nous demande des économies et pas un balle de budget pour faire la restructuration nécessaire. On entendait encore ce matin que Lufthansa voulait refaire du low cost long courrier alors que tout le monde s’y est cassé les dents. C’est totalement contradictoire", s’insurge Didier Lebbe, permanent de la CNE.

Étienne Davignon rappelle que la décision d’intégrer Brussels Airlines à Eurowings n’était pas le choix de la patronne et que la décision de ne pas intégrer Eurowings "s’est avérée positive."

Didier Lebbe non plus n’en a pas vraiment après la patronne sur le départ, mais plutôt sur Lufthansa. "S’il faut restructurer l’entreprise, il faut pouvoir payer un plan social. Si on veut licencier 10% du personnel, il faut au minimum 30 millions d’euros. La Lufthansa doit mettre ça sur la table pour se restructurer, sinon ils ne pourront pas le faire correctement", insiste Didier Lebbe. Du côté du syndicat libéral, Filip Lemberechts espère que le cap ne va pas changer. Il estime que Dieter Vranckx est l’"architecte de ‘Reboot’" et espère donc que le nouveau patron continuera sur la voie des négociations avec les syndicats.

L’espoir chez Brussels Airlines, c’est aussi que Christina Foerster amène sa connaissance au jour le jour de la compagnie belge à la maison-mère afin que les Allemands en comprennent mieux les spécificités. "Je suis persuadé que la nomination de Christina Foerster renforcera encore les liens et les synergies entre les deux compagnies", insiste Davignon.

4. Place aux concurrents?

Pour l’instant, on parle de restructuration au sol. Le management n’exclut pas de supprimer des lignes par la suite. "Nous voulons devenir si forts que personne ne peut nous prendre de parts de marché", insistait encore Foerster début novembre à notre micro. Le risque, quoi qu’on en dise chez Brussels Airlines, est de voir la concurrence venir prendre du business à notre compagnie nationale qui va donc connaître une période sans croissance. L’aéroport de Zaventem a de son côté des ambitions de croissance.

Hasard du calendrier, Brussels Airport a annoncé ce mardi l’arrivée de 9 liaisons de Transavia à partir de fin mars/début avril. Transavia est une filiale d’Air France-KLM et donc un concurrent direct de Lufthansa. Air France avait déjà quelques avions via son autre filiale low cost, Hop. KLM aussi opère sur notre aéroport pour rejoindre Amsterdam. L’ironie veut que Transavia aille opérer sur les slots laissés libres par la faillite de Thomas Cook. Pour rappel, c’est Brussels Airlines qui opérait ces vols. Ces nouveaux vols de Transavia seront des concurrents directs de Brussels Airlines et Tui sur l’aéroport.

Mais chez Brussels Airlines, on veut d’abord restructurer avant de dépenser de l’argent pour de la croissance. Le départ de Christina Foerster "ne change rien à notre plan Reboot et à notre stratégie. Notre objectif de marge EBIT de 8% en 2022 n’est pas seulement porté par la CEO, mais par toutes les équipes", insiste Wencke Lemmes, porte-parole de Brussels Airlines. En clair, il s’agit d’économiser 160 millions d’euros par an en 2022.

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