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interview

Yves Delatte, CEO de la Sonaca: "L’émergence d’un géant belge serait un plus incontestable"

Yves Delatte est ingénieur en mécanique et détenteur d'un MBA en finance et management. ©Tim Dirven

Pour Yves Delatte, la Sonaca doit être au centre de la consolidation qui s'annonce dans l'aérostructure. Et si cela se fait avec d'autres belges, ce serait encore mieux.

La Sonaca est très dépendante de quelques produits. Allez-vous vous diversifier davantage ?

Tout à fait. Sous le leadership  de Bernard Delvaux, la Sonaca s’est métamorphosée, passant d’une société de 200 millions de chiffre d'affaires à un groupe de taille internationale de 800 millions. Une société qui est le dixième acteur mondial dans l’aérostructure. Mon ambition est d’aller plus loin et de faire de la Sonaca pour 2025 un des leaders mondiaux dans ce secteur.

Comment ?  

Nous allons continuer à faire croître notre cœur de métier dans l’aérostructure.  Cela va passer d'une part par l’obtention de nouveaux contrats et par des investissements continus dans les nouvelles technologies, notamment pour la réduction de l’empreinte environnementale et l’électrification des avions. Cela passera également par des acquisitions. Aujourd’hui, il y a une centaine d’acteurs qui constituent le cœur du secteur. Ailleurs, dans les moteurs, l’avionique, les cabines, il y a 4 ou 5 grands acteurs. Tous les experts disent que l’aérostructure va devoir se consolider. Nos clients demandent que Sonaca ait un rôle proactif dans cette consolidation. La société est reconnue pour sa capacité à livrer à temps, sa capacité d’innovation. Ils aimeraient qu’on puisse acquérir d’autres entreprises pour augmenter la performance moyenne de l’industrie, qui est relativement faible. Dans ce scénario, pour Sonaca, ce sera donc "être acquis ou consolider". Et avec nos actionnaires, nous avons validé la stratégie d’être un consolidateur dans les années futures.

"Tous les experts disent que l’aérostructure va devoir se consolider."

Est-ce que vous tendez une perche à Sabca et à Asco, qui est d'ailleurs à nouveau à vendre?

Tout le secteur européen se parle. À partir du moment où on a cette volonté stratégique avec nos actionnaires d’être proactifs dans la consolidation, ce serait stupide de ne regarder qu’à l’extérieur de nos frontières. Il n’y a rien de concret au niveau de la Sonaca; mais on va évaluer toutes les opportunités possibles.

La construction d’un grand acteur belge serait-elle possible ?

Il y a des acteurs privés ou partiellement privés. Je ne peux pas répondre à la place  de leurs actionnaires. L’émergence d’un géant belge serait un plus incontestable pour l’industrie aéronautique du pays. Est-ce que c’est possible ? Il n’y a pas de tabou du côté de la Sonaca, mais nous n’avons pas de discussions pour l’instant. En tout cas, après la reprise de LMI, on s’oriente clairement plus vers une consolidation européenne que vers de nouveaux investissements de taille aux USA.

Mais pour cela, il faut des moyens. Vous ne les avez pas….

Tout à fait. Mais on a la chance d’avoir le support des actionnaires, qui sont publics. C’est un atout car on ne fait pas face à une pression trimestrielle de rentabilité. Ce qui n’est pas toujours compatible avec les cycles de l’aéronautique. Ils nous ont soutenu dans le rachat de LMI et dans la crise. La Sonaca n’a pas de tabou non plus là-dessus, à condition de respecter nos objectifs. Il y a déjà eu plusieurs tentatives par le passé (le groupe Albert Frère avait montré son intérêt, ndlr). Un modèle hybride, avec un actionnariat public et un actionnariat privé, pourrait être favorable pour la Sonaca.

"Il ne faut pas laisser les autres grandir trop vite, sinon il sera impossible de jouer un rôle dans la consolidation et de maintenir le centre de décision."

Encore faut-il que les actionnaires publics soient d’accord...

Évidemment. Mais je pense que c’est dans leur intérêt. Devenir un leader mondial, ce n’est pas quelque chose qui va pouvoir être financé par la société. Nos finances ont été très largement diminuées par la crise. Cela ne pourra se faire que par apport de capital, qu’il s’agisse de nos actionnaires historiques ou d’un mix.

Est-ce qu’il est préférable de se consolider d’abord en Belgique avant de regarder en Europe ?

Il n’y a pas de séquence particulière. Il est important d’éviter d’être acquis. Et il ne faut pas laisser les autres grandir trop vite, sinon il sera impossible de jouer un rôle dans la consolidation et de maintenir le centre de décision.

Concernant la diversification, vous pouvez détailler?

On veut aller dans des niches avec une plus forte valeur ajoutée, car les marges sont faibles dans l’aérostructure, où il n’y a pas de propriété intellectuelle. La Sonaca envisage une diversification dans les systèmes, en les intégrant dans nos structures, alors que nous fournissons actuellement des composants "nus". L’objectif serait de les livrer avec des systèmes intégrés, avec des moteurs électriques, des systèmes d’actuation, des lignes de commandes de vol, des capteurs. Des éléments que l’on développerait avec différents partenaires. Le deuxième axe, c’est la défense, afin d’être contra-cyclique. Les entreprises qui avaient une répartition de leur activité entre le commercial et la défense ont beaucoup mieux résisté.

Que faites-vous actuellement dans le militaire ?

Nous ne faisons que 5% de notre chiffre d’affaires dans la défense, avec l’A400M et l'Embraer KC390. On vient de signer un très gros contrat avec Sabca et Asco pour fournir la dérive horizontale arrière du F-35. Ce sont des investissements importants en termes d’équipements. Nous avons bénéficié de support au niveau fédéral, on discute avec le régional et nous allons recevoir des compétences de Lockheed et de BAE pour acquérir des technologies que nous ne maîtrisons pas aujourd’hui. C’est un tremplin pour notre stratégie de diversification dans la défense. Avec ce nouveau know-how, on sera capable d’aller chercher d’autres contrats.

"Cela reste une ambition de pouvoir un jour électrifier le Sonaca 200, en lien avec le développement des compétences dans le groupe."

Sonaca Aircraft est aussi un exemple de diversification ?

Oui, c’est une diversification que nous avons déjà réalisée. J’ajoute qu’à côté des systèmes et de la défense, on regarde aussi l’évolution de la mobilité, qui est en lien avec la nécessité de réduire l’empreinte environnementale. En matière de mobilité, nous voulons développer nos compétences technologiques. Il y a aujourd’hui une cinquantaine d’acteurs qui veulent se lancer sur le marché des taxis volants électriques. Les avions vont devenir hybrides et s’électrifier, en particulier les petits avions. Mais on ne sait même pas si le modèle va fonctionner. Notre stratégie n’est pas de rentrer dans ce marché en pariant sur un des acteurs, mais de développer des compétences sous-jacentes : gestion thermique et des connexions électriques, intégration des batteries dans la structure... On veut avoir un pôle de compétences qui seraient applicables à n’importe quel gagnant de cette course à l’innovation, mais aussi au bénéfice de l’aviation générale et commerciale dans le futur. On peut faire cela en lien avec Sonaca Aircraft.

Dont le projet initial prévoyait d’ailleurs un appareil électrique…

Oui. Cela reste une ambition de pouvoir un jour électrifier le Sonaca 200, en lien avec le développement des compétences dans le groupe. Le projet n’est pas lancé, mais la vision est concrète. Il y a un potentiel.  Nous travaillons aussi sur des solutions de dégivrage électriques des ailes, ainsi que sur des ailes plus performantes. J’ajoute qu’en matière de réduction de l’empreinte environnementale, la Sonaca a déjà fait beaucoup d’efforts à Gosselies.

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